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Sahel : cinquante « cibles » recherchées par les forces françaises de Barkhane

La France a revu sa stratégie militaire au Sahel. Selon des informations recueillies par MEE, elle aurait dressé une liste de 50 chefs et combattants de groupes armés à éliminer
Emmanuel Macron rencontre des militaires de la force Barkhane à la base française de Port-Bouet en Côte d’Ivoire, le 20 décembre 2019 (AFP)
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Selon des informations recueillies par Middle East Eye, les forces françaises de Barkhane, opération militaire lancée en 2014 dans la région du Sahel, ont dressé une liste de 50 « cibles » prioritaires pour tenter de décapiter les différentes organisations armées actives au Sahel.

En plus de cette liste de 50 chefs de groupes armés et de certains de leurs subordonnés directs, les forces françaises auraient aussi listé plusieurs camps d’entraînement

« Depuis deux ans, les Français ont compris que les opérations militaires classiques ou massives contre des groupes de guérilla ne sont pas pertinentes », précise une source sécuritaire dans la région.

Selon les données de notre interlocuteur, en plus de cette liste de 50 chefs de groupes armés et de certains de leurs subordonnés directs, les forces françaises auraient aussi listé plusieurs camps d’entraînement ainsi que les caches les plus importantes dans la région des Ifoghas (massif montagneux au nord du Mali qui a donné son nom à une tribu locale), sans oublier les stocks d’armes.

« Depuis deux ans, les Français ont multiplié le travail de collecte de renseignements techniques et humains ciblant les leaders d’al-Qaïda au Maghreb islamique [AQMI], le groupe al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM] de Iyad Ag Ghali, les chefs des branches sahéliennes du groupe État islamique [EI] ainsi que les anciens membres importants d’Ansar Dine ».

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Ce genre de ciblage précis a permis notamment l’élimination de Djamel Okacha, alias Yahia Abou al-Hammam, en février 2019, ancien « émir » du Sahara pour AQMI et co-fondateur du GSIM.

L’armée française avait annoncé à l’époque que cette organisation avait déjà perdu trois de ses principaux chefs en moins d’un an. 

En octobre 2019, c’est le Marocain Abou Abderrahmane al-Sanhadji, « juge » (officier juridique) d’AQMI au Sahara et au Sahel, qui est tué par les forces de Barkhane, en coordination avec les forces maliennes et un soutien américain. 

Sur les 50 têtes « wanted » de la force Barkhane, notre source cite notamment le Saoudien Abou Doujana al-Qassimi, émir des « étrangers » d’AQMI ; al-Hassan al-Ansari, émir d’al-Mourabitoune ; Amadou Koufa, chef des katibas (unités) du Macina ; Rezzik Djamaleddine, alias Abou al-Aliaa al-Djazaeri, une des têtes d’AQMI pourtant très peu connu, ou encore Abou Walid al-Sahraoui qui est à la tête du groupe se revendiquant de l’EI le plus important en Afrique du Nord. 

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Le Marocain Abou Abderrahmane al-Sanhadji, « juge » d’AQMI au Sahara et au Sahel (Twitter)

Mercredi 22 janvier, le chef d’état-major français des armées, François Lecointre, a annoncé que l’opération Barkhane allait recevoir des « moyens supplémentaires » en plus des 220 soldats déjà récemment envoyés en renfort, pour tenter de mettre un coup d’arrêt à la spirale des violences, tout en doutant « pouvoir crier victoire à la fin de l’année ».

Nouveaux renforts

Les nouveaux renforts seront accompagnés de « moyens logistiques et de renseignement supplémentaires », a ajouté François Lecointre. De source proche du dossier, des annonces devraient avoir lieu à ce sujet le 29 janvier, selon l’AFP.

« Nous allons accentuer nos efforts dans la zone du Liptako-Gourma, dans la zone ‘’des trois frontières’’ [entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger], en y concentrant des moyens supplémentaires », a rappelé le chef d’état-major français des armées. « Aujourd’hui, dans cette zone extrêmement vaste, les moyens qui sont mis à disposition de l’opération Barkhane ne sont pas suffisants pour qu’on puisse avoir des soldats déployés H24, sept jours sur sept. »

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Trois jours auparavant, la ministre française des Armées, Florence Parly, annonçait aussi à Bamako de nouvelles opérations militaires à venir dans la zone dite des trois frontières : « De nouvelles opérations vont se développer dans les prochaines semaines dans cette zone très particulière des trois frontières », a-t-elle confié à des journalistes après avoir été reçue avec ses homologues suédois, estonien et portugais par le président Ibrahim Boubacar Keïta.

La force française Barkhane a mis « hors de combat » plus d’une trentaine de combattants extrémistes dans le centre du Mali depuis début janvier, d’après une annonce de l’état-major français. Selon l’AFP, cinq autres ont été tués dimanche dans une frappe de drone, non loin de la frontière nigérienne.

L’armée française refuse de donner un décompte précis des éléments qu’elle tue, blesse ou capture, et regroupe ces trois catégories sous les termes génériques de « neutralisation » ou « mise hors de combat ».

Dans la région de Mopti, au centre du pays, « une opération des commandos de Barkhane a permis de mettre hors de combat trois terroristes » le 10 janvier, dont un cadre en charge de la logistique, selon le porte-parole de l’état-major, le colonel Frédéric Barbry.

L’armée française refuse de donner un décompte précis des éléments qu’elle tue, blesse ou capture

Par ailleurs, « entre le 14 et 15 janvier, dans la même région, c’est un groupe de combat complet qui a été neutralisé au cours d’une opération héliportée » menée par des commandos, « appuyés par des hélicoptères de combat ainsi que par une frappe aérienne ».

Lors de cette intervention, « une trentaine de djihadistes ont été mis hors de combat, une vingtaine de motos détruites et une grande quantité de matériel de téléphonie a été saisie ». Ces opérations visaient la katiba Macina de Amadou Koufa.

L’état-major a par ailleurs annoncé la « neutralisation de cinq terroristes armés » par « une frappe de drone » dans la région du Liptako, au nord-est, près de la frontière avec le Niger où sévit le groupe État islamique au Grand Sahara (EIGS).