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Imran Khan : au Cachemire, l’Inde s’inspire d’Israël

Le Premier ministre pakistanais affirme à Middle East Eye que la menace d’un conflit portant sur le territoire contesté du Cachemire représente le « point de tension nucléaire » le plus dangereux au monde
Imran Khan s’adresse à MEE à Islamabad, la semaine dernière (MEE/Huthifa Fayyad)
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ISLAMABAD, Pakistan

Au sein de la communauté internationale, l’Inde jouit de la même impunité pour ses tentatives d’altération de l’équilibre démographique du Cachemire que celle dont profite Israël dans les territoires palestiniens occupés, déclare le Premier ministre pakistanais Imran Khan à Middle East Eye.

Il accuse son homologue Narendra Modi, le Premier ministre indien, de copier la stratégie d’Israël en permettant aux colons d’acquérir des terres dans le territoire contesté, revendiqué par le Pakistan comme par l’Inde depuis 1947, ce qui a donné lieu à plusieurs guerres.

« Une fois que deux pays dotés de l’arme nucléaire se retrouvent dans une situation comme la nôtre, les choses peuvent aller dans tous les sens »

– Imran Khan, Premier ministre pakistanais

Imran Khan décrit le Cachemire, administré par l’Inde, comme une prison à ciel ouvert. Il accuse l’Inde de violer la Convention de Genève en modifiant la Constitution indienne pour mettre fin à l’autonomie du Cachemire.

En août 2019, Narendra Modi a envoyé des dizaines de milliers de soldats supplémentaires dans cet État à majorité musulmane, imposé un couvre-feu et annoncé l’abolition de l’article 370 de la Constitution indienne – qui garantissait l’autonomie du Cachemire depuis plus de 70 ans.

De nombreux Cachemiris craignent que l’intention ultime du gouvernement Modi ne soit d’altérer fondamentalement la démographie de la région en permettant à des personnes extérieures à l’État d’acheter des terres.

Imran Khan explique à Middle East Eye que l’Inde n’a pas rencontré de contestation plus vigoureuse sur la scène internationale dans la mesure où ses alliés occidentaux la considèrent comme un rempart contre la Chine.

Néanmoins, ajoute-t-il, l’Inde bénéficie également d’une relation stratégique et militaire approfondie avec Israël, forgée par la visite de Modi dans le pays en juillet 2017, suivie l’année suivante d’une visite en Inde du Premier ministre israélien de l’époque Benyamin Netanyahou, après plusieurs décennies d’éloignement diplomatique.

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Dans le cadre de ces relations, Israël Aerospace Industries et des entrepreneurs indiens ont développé conjointement le système de défense aérienne Barak-8 destiné aux forces armées des deux pays. Le mois dernier, le ministre indien de la Défense Rajnath Singh l’a qualifié de « révolutionnaire ».

Selon Imran Khan, l’Inde s’est également inspirée de l’occupation illégale et brutale des territoires palestiniens par Israël et de l’impunité dont jouit ce pays du fait de son alliance avec les États-Unis pour étouffer l’opposition et les critiques à l’égard de ses agissements au Cachemire.

« [Les Israéliens] ont bâti un appareil de sécurité tellement puissant et ils écrasent tout. Ils envoient des gens qui tuent, qui assassinent. Et ils jouissent d’une immunité totale », soutient-il.

« Quoi que dise l’Assemblée générale des Nations unies, ils font entièrement confiance au droit de veto dont les États-Unis disposent au Conseil de sécurité. Ils s’en sortent donc dans n’importe quelle situation. Et j’ai l’impression que l’Inde [se sent immunisée] parce qu’elle est utilisée […] comme un rempart contre la Chine. »

Le principal « point de tension nucléaire » mondial

Malgré un cessez-le-feu généralement respecté le long de la ligne de contrôle au Cachemire depuis un accord conclu en février, les tensions restent fortes et des échanges de tirs ont été signalés ces dernières semaines.

Les deux pays se sont opposés lors de trois guerres depuis leur indépendance en 1947. La dernière flambée majeure observée en 2019 a été désamorcée après que le Pakistan a libéré un pilote indien dont l’avion avait été abattu dans l’espace aérien pakistanais.

Cet épisode faisait suite à une attaque lancée par un groupe militant basé au Pakistan contre des soldats indiens dans le Cachemire administré par l’Inde : plus de 40 soldats paramilitaires ont ainsi perdu la vie lors d’un attentat à la voiture piégée.

Des membres des forces de sécurité indiennes montent la garde sur une route déserte lors du couvre-feu imposé à Srinagar, en août 2019 (AFP)
Des membres des forces de sécurité indiennes montent la garde sur une route déserte lors du couvre-feu imposé à Srinagar, en août 2019 (AFP)

« Si vous observez les points de tension, à l’heure actuelle, le principal point de tension nucléaire est probablement formé par le Pakistan et l’Inde, car c’est le seul endroit où l’on se retrouve avec deux pays dotés de l’arme nucléaire qui ont connu trois guerres avant de l’acquérir », a décrit Imran Khan à MEE.

« Nous n’avons pas eu de guerre depuis lors en raison de cet outil de dissuasion », précise-t-il.

Il reconnaît toutefois que les premiers mois de son mandat de Premier ministre en 2019, au cours desquels il a dû faire face à la flambée des tensions, ont été éprouvants et périlleux : « Une fois que deux pays dotés de l’arme nucléaire se retrouvent dans une situation comme la nôtre, les choses peuvent aller dans tous les sens. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.