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Comment le coronavirus est en train de détruire la présidence de Donald Trump

Il semble que Trump soit sur le point de se retrouver avec une dépression sur les bras en plus d’une pandémie – et ses partisans en ressentiront les effets
Le président américain Donald Trump, le 6 avril (AFP)

La pandémie de coronavirus est sur le point d’anéantir la présidence de Donald Trump, avec des conséquences retentissantes non seulement pour les États-Unis mais également pour le monde.
 
Par chance, Trump lui-même a été testé négatif au virus. Sa façon de gouverner s’est toutefois avérée catastrophique, et l’opinion publique se retourne contre lui. 

Un récent sondage de CNN a montré que son opposant démocrate, Joe Biden, le devançait, remportant 53 % des intentions de vote des électeurs inscrits sur les listes électorales contre 42 % pour Trump. En fait, Biden domine chaque sondage au coude à coude ces six dernières semaines. 

Biden domine chaque sondage au coude à coude ces six dernières semaines

Un autre sondage auprès de tous les électeurs a également accordé un puissant avantage à Biden ; un sondage RealClearPolitics donne à l’ancien vice-président jusqu’à 6,4 points d’avance sur Trump. 

Certes, lors des élections de 2016, Trump a démontré qu’il n’avait pas besoin de remporter la majorité du scrutin populaire pour gagner. Cependant, Biden devance déjà le président dans les États jugés décisifs pour la présidentielle (swing states) tels que l’Arizona, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Il est au coude-à-coude avec Trump dans le Michigan, l’un des États du Rust Belt (« ceinture de la rouille ») qui ont donné la victoire à Trump en 2016 – un État que les républicains doivent remporter pour avoir la moindre chance cette année.

Biden l’emporte de 6 points sur Trump en Floride, selon un récent sondage mené par l’University of North Florida. Si des résultats semblables sont obtenus en novembre, Biden gagnera haut la main.

La meilleure preuve que Trump est sous pression a été fournie le 14 avril dernier lors de son briefing à la Maison-Blanche.

Celui-ci a quasiment sombré dans le chaos lorsque le président s’est disputé avec des journalistes et affirmé bizarrement qu’il avait l’« autorité totale » en matière de règles de santé publique en ce qui concerne le virus.

Et n’oubliez pas. Aux États-Unis, contrairement à l’Europe, les pires effets de la pandémie de coronavirus sont encore à venir. 

Le pire reste à venir

On dénombre plus de 47 000 morts jusqu’ici. Même si chacune d’entre elles est une horrible tragédie, d’un point de vue statistique, ce nombre n’est rien ramené à une population de 330 millions d’habitants. 

Selon les projections, les choses vont empirer nettement [...] Il est raisonnable de supposer que parmi les plus touchés figureront certains des plus fidèles partisans de Trump

Selon les projections, les choses vont empirer nettement, même s’il est impossible de prédire à quel point. Il est raisonnable de supposer que parmi les plus touchés figureront certains des plus fidèles partisans de Trump, qui lui sont restés loyaux jusqu’à présent. 

Les gens de la classe moyenne sans accès à des services de soin décents – ou au moindre service de soin – se rappelleront le slogan de campagne de Trump et décideront s’il a rendu leur vie meilleure ou non.

Ceux qui ont été attirés par la promesse de Donald Trump de force et de réussite auront remarqué son visage effrayé et confus lors de ses briefings, un commandant en chef qui n’a plus le contrôle de lui-même et encore moins celui de préserver et protéger les États-Unis.

Le président s’est déjà montré terriblement complaisant dans la gestion du problème. Selon les derniers sondages de CBS, seuls 47 % des répondants estiment que Trump gère bien la crise – pour la première fois, la majorité des américains estime qu’il ne fait pas un bon travail. Les principales inquiétudes concernent le manque de test et d’équipement médical et la lenteur à agir pour prévenir la propagation du virus. 

Et cela, avant même que nous n’abordions la promotion irresponsable par Trump d’un médicament antipaludique dont l’efficacité n’a pas été prouvée dans la lutte contre le coronavirus face au scepticisme de son propre expert médical, le Dr Anthony Fauci. 

Pas étonnant que Trump s’effondre dans les sondages. Le 23 mars s’est produit un moment symbolique : trois réseaux d’information majeurs – ABC, CBS et NBC – ont coupé le briefing du président sans y revenir. Quelle volte-face ! 

Sanctions politiques

Jusqu’à ces dernières semaines, Donald Trump était absolument certain de remporter l’élection présidentielle de novembre 2020. Face à lui se trouvait un parti démocratique divisé dont le candidat probable, Joe Biden, avait de sérieux handicaps : son âge, sa confusion apparente, son image de politicien de la vieille école rejetée par les anciens électeurs en colère tout comme par les jeunes idéalistes.

Le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden (AFP)
Le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden (AFP)

Trump avait en sa faveur une économie florissante, un taux d’emploi record et des centaines de millions de financement de campagne de la part de gros soutiens financiers milliardaires. Ajoutez à cela Fox News et une exubérance de campagne qui a fait ses preuves et l’élection de cette année ressemblait à une simple formalité pour les républicains. 

Il semble que ce ne soit plus le cas.

Traduction : « Retour sur la séance questions-réponses avec la presse. Trump, acculé au pied du mur, a un accès de colère majeur. »

D’un point de vue purement pratique, la crise provoquée par le coronavirus pourrait aider Trump. Chaque État américain va devoir prendre de nouveaux arrangements à la hâte pour permettre aux électeurs de voter par courrier ou en ligne. Ces États contrôlés par les républicains auront ainsi de nouvelles occasions de faire passer à la trappe certains électeurs – privant ceux qui auraient probablement opté pour les démocrates de la moindre chance de voter. Ce fut un facteur des victoires de George W. Bush en 2000 et 2004.

Cependant, les sanctions politiques de cette crise surpassent cela de loin. Le coronavirus est sur le point de frapper Trump là où ça fait le plus mal. Au portefeuille.

Crise économique  

Les statistiques économiques ne sont pas juste horribles, elles sont terrifiantes. Le marché de l’emploi est pire que tout. Beaucoup de ceux touchés sont les partisans de Trump. Ils ont cru en lui car il leur apportait prospérité et emplois.

En 1932, le président républicain sortant Herbert Hoover perdit face à Franklin Roosevelt à cause de la dépression. Plus récemment, en 1992, une récession bien moins grave a porté un coup fatal au candidat républicain sortant George H. W. Bush, le faisant perdre face à un concurrent à peine connu à l’époque, Bill Clinton. Il semble que Trump soit sur le point de se retrouver avec une dépression sur les bras en plus d’une pandémie.

Les statistiques économiques ne sont pas juste horribles, elles sont terrifiantes

De nombreux commentateurs intelligents ont fait valoir que le coronavirus mettait en valeur les points forts de Trump – surtout son hostilité envers la mondialisation et sa haine de la Chine. Trump joue déjà la carte chinoise et continuera de le faire. Pas étonnant, accuser la Chine est le dernier espoir de Trump.

Cela l’a aidé à remporter la présidentielle mais cette tactique malhonnête et au ras des pâquerettes ne l’assurera pas de la sauver. 

Tandis que le coronavirus frappera plus durement les partisans républicains dans les semaines à venir, la vie sera plus compliquée pour Trump. Il découvrira tôt ou tard que même ses amis lui tourneront le dos.

Trump ressemblera bientôt à un président sur la voie de la sortie. Dans le même temps, son état de santé politique sera surveillé étroitement par ses alliés au Moyen-Orient, des leaders avec lesquels le clan Trump a établi des relations personnelles.

L’impact au Moyen-Orient 

Paradoxalement, le plus proche allié des États-Unis dans la région est tellement bien intégré à la politique et au Congrès américains que la disparition de Trump n’aura que peu d’effet. Israël peut sans problème retourner sa veste et se rapprocher de Biden, qui le soutient maintenant que la menace posée par l’ancien candidat à la présidentielle Bernie Sanders a été éradiquée.

L’arrivée imminente de Biden pourrait hâter le projet d’annexion de la vallée du Jourdain, projet sur lequel s’accordent à la fois le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le dirigeant de la coalition Bleu Blanc Benny Gantz. 

La perspective de Trump comme président d’un seul mandat aurait en outre un effet galvanisant sur les plans bien établis du prince héritier Mohammed ben Salmane pour s’emparer du trône d’Arabie saoudite.

Ivre de pouvoir, Trump est en train de détruire le Moyen-Orient
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Il a déjà procédé à deux purges dans sa famille pour éliminer tous les obstacles s’opposant à ce qu’il devienne roi. La dernière a été lancée le mois dernier avec l’arrestation de son oncle, le prince Ahmed ben Abdelaziz, lequel avait un plan pour bloquer le chemin de son neveu vers le pouvoir via le mécanisme constitutionnel du Conseil d’allégeance.

Mais comme l’a rapporté Middle East Eye, Mohammed ben Salmane projette de devenir roi d’ici le sommet du G20 de novembre, qui se tiendra en Arabie saoudite. Son plan consisterait à contraindre son père, le roi Salmane, à abdiquer. Quel meilleur moyen à cette fin que d’envoyer son père vivre dans une île reculée pour le protéger du coronavirus ?

La disparition de Trump menacerait également le pouvoir du mentor de ben Salmane, le prince héritier d’Abou Dabi Mohammed ben Zayed, à travers la région.

Le clan Trump a été particulièrement bien accueilli dans le Golfe car il se conduit comme ces princes avec des contrats et des politiques plein les poches.

Le retour à Joe Biden signifiera un retour de l’État profond américain sous la forme de la CIA et du département d’État – des bêtes blessées ayant beaucoup à dire sur les alliés de Trump dans la région. 

Qui sait – nous pourrions même obtenir la vérité sur le commanditaire de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

- Peter Oborne a été élu meilleur commentateur/bloggeur en 2017 et désigné journaliste indépendant de l’année 2016 à l’occasion des Online Media Awards pour un article qu’il a rédigé pour Middle East Eye. Il a reçu le prix de Chroniqueur britannique de l’année lors des British Press Awards de 2013. En 2015, il a démissionné de son poste de chroniqueur politique du quotidien The Daily Telegraph. Parmi ses ouvrages figurent Le triomphe de la classe politique anglaise, The Rise of Political Lying et Why the West is Wrong about Nuclear Iran

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Peter Oborne
Peter Oborne won best commentary/blogging in 2017 and was named freelancer of the year in 2016 at the Online Media Awards for articles he wrote for Middle East Eye. He also was British Press Awards Columnist of the Year 2013. He resigned as chief political columnist of the Daily Telegraph in 2015. His books include The Triumph of the Political Class, The Rise of Political Lying, and Why the West is Wrong about Nuclear Iran.