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Au Liban, un supermarché gratuit s’invite sur le palier des retraités précaires

Au Liban comme partout, les personnes âgées sont les plus vulnérables face à l’épidémie de coronavirus. Mais dans un pays où le système de retraite est quasi inexistant, nombre d’entre elles sont en situation de grande précarité
Des bénéficiaires attendent devant l’entrée du supermarché gratuit de l’association Beit El Baraka à Beyrouth, peu avant le début des mesures de confinement au Liban (avec l’aimable autorisation de Beit El Baraka)
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BEYROUTH, Liban

Dans les rues beyrouthines désertées depuis le confinement, deux jeunes hommes en combinaisons blanches s’activent à déposer des colis de nourriture sur les paliers d’un immeuble délabré. Ces volontaires font partie de l’association Beit El Baraka, qui gère un supermarché gratuit niché dans le quartier de Karm al-Zeitoun.

Destiné aux retraités en situation de précarité, ceux-ci viennent parfois de très loin pour s’y approvisionner. Avec les limitations de déplacements et l’obligation pour les personnes âgées de rester confinées, le supermarché s’organise pour venir directement à elles.

Une solidarité essentielle face au déficit d’État

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, les initiatives de solidarité se multiplient au Liban, un pays où plus d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. À l’instar de l’association Beit El Baraka, qui a dû s’organiser pour continuer son travail malgré le contexte.

« Nous avons mis en place un service de livraisons à domicile. Ceux qui habitent à l’extérieur de Beyrouth sont livrés aussi une fois par mois, jusqu’à la fin de la pandémie », explique à Middle East Eye Maya Chams Ibrahimchah, directrice de Beit El Baraka. Elle a fondé son association en 2017 dans le but de combler les lacunes de l’État.

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Sur sa page Facebook, Beit El Baraka poste les vidéos de ses actions. On peut y voir des cartons, floqués au nom de l’association, qui contiennent des œufs, du pain, du riz, du sucre, de la farine, mais aussi des produits d’hygiène et d’entretien pour la maison. Coronavirus oblige, un masque et du gel hydro-alcoolique sont également inclus.

Les colis sont transportés par des camions de location, puis sont déposés par les volontaires sur le palier des bénéficiaires.   

Beit El Baraka prend en charge plus de 1 000 personnes, dont 30 % vivent dans le nord-est du Liban, la région la plus pauvre.

« Les grandes difficultés actuelles sont le système bancaire et l’impossibilité d’obtenir un permis pour acheter des camions alors que cela est essentiel. Les deux gros problèmes qu’on a viennent donc du gouvernement, c’est incroyable », se désole la directrice de Beit El Baraka.

Face à l’urgence de la situation actuelle, l’association a lancé avec la Lebanese Food Bank, une banque alimentaire, une campagne de dons inaugurée par un clip de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki. Le but est de pouvoir distribuer 50 000 colis alimentaires pendant la pandémie.

« La diaspora libanaise est très solidaire. C’est le seul argent qu’on peut retirer, le reste est bloqué dans les banques, ce n’est pas normal pour une ONG », souligne Maya Chams Ibrahimchah.

Les retraités, des laissés pour compte au Liban

Depuis octobre 2019, le Liban est touché de plein fouet par une crise économique qui affecte particulièrement les retraités. Ayant travaillé toute leur vie, ils n’ont plus aujourd’hui les moyens de subvenir à leurs besoins. Leurs maigres indemnités de fin de service ont rapidement fondu.

« Avant, au Liban, les retraités vieillissaient et mourraient chez eux, leurs enfants s’en occupaient. Mais les temps ont changé car les enfants n’ont plus économiquement les moyens de subvenir aux besoins de leurs parents et de leurs propres enfants »

- Maya Chams Ibrahimchah, directrice de Beit El Baraka

Il n’existe en outre pas de véritable protection sociale au Liban, où la retraite est un système par capitalisation. Même issus des classes moyennes, de nombreux Libanais chutent dans la pauvreté en atteignant l’âge de la retraite.

La majorité des retraites dépendent de la Caisse nationale de sécurité sociale, calculées sur la base du dernier salaire multiplié par le nombre d’années de cotisation des vingt premières années. La somme est perçue en une fois et le retraité perd sa couverture médicale dès lors qu’il touche son indemnité.

« En général, la somme offerte à 64 ans [l’âge de la retraite au Liban] ne dure pas plus de huit à dix ans », détaille Maya Chams Ibrahimchah. Les associations caritatives apparaissent alors comme le dernier recours.

« Avant, au Liban, les retraités vieillissaient et mourraient chez eux, leurs enfants s’en occupaient. Mais les temps ont changé car les enfants n’ont plus économiquement les moyens de subvenir aux besoins de leurs parents et de leurs propres enfants », conclut la directrice de Beit El Baraka.

Alors que le confinement strict au Liban est prévu jusqu’au 26 avril, les retraités libanais risquent d’être toujours plus nombreux à dépendre entièrement des distributions de colis de nourriture.