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Cinéma en fête à Carthage : cinq films arabes à voir absolument

Pour sa 28e édition, jusqu'au 11 novembre, le festival des Journées cinématographiques de Carthage propose près de 180 films. En voici cinq, cinq coups de cœur de MEE
Affiche de L'Insulte, le film de Ziad Doueiri

TUNIS – Comme chaque année, le festival des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) attire au centre-ville de Tunis étudiants, cinéphiles et simples curieux. Pendant une semaine, les salles de cinéma d’habitude désaffectées reprennent vie. Entre la bataille pour les tickets et les séances complètes quelques heures avant le début de la projection, les vendeurs de mlaouis (sorte de sandwich-crêpe tunisien) et Charlie Chaplin qui orne l’écran géant de l’avenue Habib Bourguiba pendant que la pluie tombe drue sur les pavés, les JCC donnent à Tunis une aura particulière, tout comme les films de la sélection. Cette année, ils interrogent l’actualité et la société du monde arabe et du Maghreb. Middle East Eye vous présente cinq films à ne pas rater.

Tikitat A'Soulima, sur la désertion des cinémas au Maghreb

Tikitat A'Soulima (le ticket de cinéma), film marocain d’Ayoub Layoussifi, raconte les pérégrinations de Hassan, un garçon de 11 ans qui veut absolument voir le film Spiderman 3, dernière projection avant la fermeture définitive du seul cinéma de sa ville, le cinéma al-Marhaba.

Drôle et touchant, le film aborde à travers un scénario simple la question des mères célibataires au Maroc, le jeune Hassan vivant seul avec sa mère et subissant l’autorité surprotectrice maternelle exacerbée par le rejet social. Mais le réalisateur parle aussi d’un sujet d’actualité au Maghreb, la fermeture croissante des salles de cinéma et leur désertion. En moins de trente ans, le nombre de salles au Maroc est passé de 300 à une trentaine.

 

Mustafa Z, l’antihéros

Dans cette comédie noire et grinçante du réalisateur tunisien Nidhal Chatta, Mustafa, un journaliste et père de famille vit une journée et une nuit de galères. L’histoire illustre les absurdités du système et dénonce le formalisme de certains Tunisiens qui n’hésitent pas à recourir à la loi quand cela sert leurs intérêts. Mustafa est un antihéros, méprisé par sa femme et son fils, à qui son employeuse reproche son manque d’ambition.

Le film se déroule dans le centre-ville de Tunis, les sons cacophoniques contrastent avec le calme apparent du personnage principal, frustré par une situation qu’il ne peut pas contrôler. Le film interroge aussi l’état du pays, les conséquences de la révolution et ses inachèvements. L’histoire se déroule à la veille des élections présidentielles de 2014 mais reste très actuelle dans sa critique viscérale du système qui détruit l’humain.

 

Volubilis ou l’apartheid social marocain

Pas loin de la ville de Meknès, se trouve le site archéologique de Volubilis, une ville antique dont les ruines ont été préservées. Le film du même nom du réalisateur Faouzi Bensaidi a des allures de drame théâtral. Une femme de ménage, Malika, et un vigile de centre commercial, Abdelkader, s’aiment et se sont mariés. Malgré leur quotidien fait d’humiliation et de pauvreté, ils tentent d’être heureux.

Jusqu’au jour où un incident qui fait perdre son travail et sa dignité à Abdelkader crée le chaos dans le couple et renvoie la société marocaine à ses démons. Les deux tourtereaux reviennent d’ailleurs sans arrêt sur le site berbère, pour tenter d’échapper à leur quotidien mais aussi de trouver une certaine intimité, absente dans la maison qu’ils partagent avec la famille d’Abdelkader. Malgré un regard très manichéen et une réalisation classique, le film a le mérite d’interroger les maux de la société marocaine et son matérialisme.

 

L’Insulte, retour sur la guerre civile au Liban

Avant même sa projection au Colisée, à Tunis, le film, récompensé à la Mostra de Venise par un prix d'interprétation masculine, fait déjà parler de lui. Des manifestants, opposés à la normalisation avec Israël, se sont rassemblés pour critiquer le réalisateur du film de Ziad Doueiri.

Le film revient sur l’histoire libanaise et ses problèmes identitaires notamment causés par la guerre civile de 1975 à 1990. Toni, chrétien et garagiste, ne supporte pas que Yasser, un réfugié palestinien qui travaille à la rénovation du quartier, s’occupe de sa gouttière, mal conçue et qui laisse l’eau tomber sur les passants. Après une bagarre, Toni poursuit Yasser en justice, exigeant des excuses. S’ensuit un procès qui va mobiliser le pays et faire ressurgir les souvenirs et les tabous de la guerre civile. En partie filmé au tribunal à la façon des grands procès, L'Insulte est resté en tête du box-office à sa sortie au Liban et a suscité débats et polémique. Mais son histoire et sa dynamique, centrée autour du conflit entre les deux hommes en font un drame historique passionnant.

La Belle et la Meute, une histoire vraie trop bien connue des Tunisiens 

Le film avait déjà été présenté en France mais pas en Tunisie, où il a fait sa première lors des JCC le 8 novembre au cinéma du Colisée. Le film s'inspire d’une histoire trop bien connue des Tunisiens, celle du viol d’une jeune femme, Meriem, par des policiers en 2013. Il raconte à travers des plans-séquences, les différentes étapes que traverse la jeune femme pour aller porter plainte et l’indifférence des docteurs et des policiers qui passent le reste de la nuit à vouloir la dissuader de porter plainte. « Le pays est dans la tourmente et toi tu veux porter plainte ? », « Tu t’étonnes d’avoir été violée avec une tenue pareille ? ». Les phrases reviennent inlassablement dans le film et témoignent des dysfonctionnements de l’institution sécuritaire mais aussi médicale.

Depuis l’affaire, une loi a été votée contre les violences faites aux femmes, avec plusieurs articles spécifiques en cas de viol et de plainte lorsque la victime vient dans un poste de police. Après l’affaire du bisou et d'autres faits divers impliquant des policiers, le film interroge de façon très actuelle sur la relation policier et citoyen en Tunisie.