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Iran : explosion de la chirurgie esthétique pendant la pandémie

Le COVID-19 n’a pas étouffé l’attrait de la chirurgie esthétique auprès des Iraniens, malgré les difficultés économiques que connaît la République islamique et les conséquences potentiellement mortelles de telles opérations
Une patiente attend une visite de contrôle dans le bureau de son chirurgien dans la capitale iranienne, Téhéran, trois semaines après son opération, en 2007 (Reuters)
Une patiente attend une visite de contrôle dans le bureau de son chirurgien dans la capitale iranienne, Téhéran, trois semaines après son opération, en 2007 (Reuters)
Par
TÉHÉRAN, Iran

Assal (21 ans) est obsédée depuis longtemps par son nez, mais récemment encore, elle était trop gênée par le jugement d’autrui pour y remédier.

« Je voulais retirer la bosse sur mon nez depuis un certain temps, mais j’ai toujours craint la chirurgie, notamment parce que je ne voulais pas que mes collègues au travail le sachent », confie-t-elle à Middle East Eye, un bandage sur le nez en question.

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« Avec les mesures dues à la pandémie, on travaillait de chez soi. C’est pourquoi j’ai décidé de saisir l’occasion et de régler ça. Bien qu’il soit trop tôt pour le dire, je pense que mon nez est plus beau qu’avant. »

Assal est l’une des nombreuses personnes en Iran ayant subi une opération de chirurgie plastique depuis le début de la pandémie de COVID-19 ; un certain nombre d’articles au cours de l’année passée évoquent en effet une vague improbable de recours à la chirurgie esthétique.

Cette dernière est extrêmement populaire auprès des jeunes Iraniens depuis des décennies. Cependant, cette tendance a pris de la vitesse depuis l’apparition du coronavirus, et un nombre croissant d’Iraniens témoignent leur intérêt pour changer leur apparence, malgré les risques réels.

Un intérêt accru

« Avec l’éclosion de la pandémie, beaucoup de fonctionnaires n’avaient plus d’obligation de présence sur leur lieu de travail, les universités et écoles étaient fermées, et beaucoup de gens avaient plus de temps libre ; tout cela a conduit à une envie plus forte de chirurgie esthétique », déclarait Mohammad Alipour, médecin spécialisé en chirurgie plastique et esthétique, à l’agence de presse ISNA au mois de mars.

Mais six mois plus tard, les médecins rapportent que les chiffres augmentent encore.

« Ces derniers temps, le nombre de patients venus nous consulter mes collègues et moi pour demander une chirurgie esthétique s’est considérablement accru », indique à MEE Ali Ataei, un ORL.

« Dans les premiers mois de la pandémie, lorsque de nombreuses cliniques de chirurgie esthétique étaient fermées, nous ne faisions pas d’opération, mais certains confrères ont opéré secrètement dans leurs cliniques », ajoute le médecin.

L’opération esthétique la plus répandue en Iran est la rhinoplastie. Cependant, d’autres opérations gagnent en popularité, notamment les augmentations mammaires, les liftings des paupières et les chirurgies reconstructrices telles que les procédures de body contouring.

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Le body contouring est un type de chirurgie plastique qui vise à remodeler certaines parties du corps. Cela peut englober la liposuccion, la réinjection de graisses dans d’autres parties du corps et l’ostéotomie.  

Elnaz (26 ans) a récemment effectué une augmentation mammaire. « Je n’avais jamais été satisfaite de la taille de mes seins et à cause de leur petite taille, de nombreuses robes de soirée ne m’allaient pas », confie-t-elle à MEE

Cette secrétaire dans une entreprise a décidé de se faire opérer pendant la pandémie.

« À cause du télétravail, je n’avais pas grand-chose à faire hormis préparer des lettres et envoyer quelques emails. C’est pourquoi j’ai décidé de le faire », témoigne-t-elle.

Un chirurgien esthétique, qui souhaite rester anonyme, explique à MEE pourquoi la chirurgie esthétique est si attrayante en Iran.

« L’attention de la société à l’égard de l’apparence physique est de plus en plus marquée et ce problème n’a fait qu’empirer pendant la pandémie », estime le chirurgien.

« Peut-être que les principales causes devraient être étudiées par les psychologues. Cependant, je pense que l’ennui résultant de longues périodes d’isolement chez soi ainsi que l’envie de longue date d’améliorer son apparence peuvent avoir avivé l’intérêt de certains pour ces chirurgies. »

Des risques parfois mortels

Il y a un revers à cette explosion de la chirurgie plastique.

« Le nombre de chirurgies esthétiques en Iran semble être plus élevé que la moyenne mondiale », signalait le 27 octobre Babak Salahshour, responsable de l’organisation iranienne de médecine légale.

« Cela a même conduit à une multiplication du nombre de plaintes dans le domaine de la beauté récemment, et de nombreuses personnes sont mécontentes des résultats de leur chirurgie et ont déposé plainte contre leurs médecins. »

Si Salahshour n’a pas donné plus d’informations sur le nombre de plaintes déposées contre des chirurgiens plastiques, l’accroissement de la demande s’accompagne d’une augmentation des procédures bon marché réalisées par des individus qui n’ont pas l’expertise chirurgicale ou les qualifications nécessaires.

« Si la personne qui pratique l’opération n’a pas d’expertise, le patient peut en mourir »

- Un chirurgien plastique à Téhéran

« Malheureusement, de nombreux non-spécialistes dupent les gens avec des publicités Instagram et les attirent dans leurs structures en leur offrant des réductions, bien que cela puisse mettre en danger leur santé », déplore auprès de MEE un chirurgien plastique de Téhéran, qui a lui aussi souhaité rester anonyme.

« Le problème de la qualification des cliniques et des anesthésistes est sérieux », ajoute ce chirurgien. « Si la personne qui pratique l’opération n’a pas d’expertise, le patient peut en mourir. »

La hausse du nombre de chirurgies plastiques est également une surprise pour beaucoup dans la mesure où l’économie iranienne ploie sous les sanctions étrangères et que beaucoup dans le pays ont du mal à joindre les deux bouts.

Le rial iranien continue de perdre de sa valeur face au dollar américain et l’inflation bat de nouveaux records chaque mois. Pour ceux qui sont encore tentés par la chirurgie esthétique, l’attrait des procédures bon marché est vif – mais potentiellement fatal.

Niloufar (31 ans) raconte avoir planifié une liposuccion, mais avoir changé d’avis après avoir vu ce qui était arrivé à l’une de ses proches. 

« Ma cousine qui a 40 ans et deux enfants a décidé de subir une opération pour retendre son abdomen », indique-t-elle à MEE. « Bien qu’elle se soit adressée à une clinique spécialisée et professionnelle, elle n’a jamais repris connaissance après l’opération à cause d’un problème d’anesthésie. »

« Quatre mois plus tard, ma cousine est toujours dans le coma », poursuit Niloufar. « Elle n’est ni morte ni vivante. D’après les médecins, elle ne se réveillera jamais. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.