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La Croatie lance un avertissement après l’arrivée de 6 000 réfugiés en 24 heures

Quelque 20 000 réfugiés supplémentaires sont attendus d’ici deux semaines, et la Croatie déclare qu’elle ne peut en accueillir que quelques milliers
Des migrants attendent un train dans une gare non loin de la frontière officielle entre la Serbie et la Croatie, près de la petite ville croate de Tovarnik (AFP)

La Croatie se démène pour faire face à l’arrivée de plus de 6 200 réfugiés et migrants dans le pays en seulement 24 heures, ont rapporté les médias locaux.

Le pays déclare maintenant s’attendre à plus de 20 000 réfugiés et migrants supplémentaires au cours des deux prochaines semaines, tandis que ces personnes s’empressent de trouver des itinéraires de remplacement après que la Hongrie a fermé sa frontière avec la Serbie tôt ce mardi, et que des conflits avec la police ont éclaté mercredi.

« Nous nous attendons à un pic au cours des deux prochaines semaines… plus de 20 000 migrants », a déclaré le ministre de la Santé Siniša Varga, dont les propos ont été rapportés par l’agence nationale de presse HINA.

La situation a suscité l’inquiétude générale et la présidente Kolinda Grabar-Kitarović a déclaré que le pays se démenait pour faire face à l’afflux de migrants.

« Certes, la Croatie a fait preuve d’humanité, mais je voudrais souligner le fait qu’il nous faut penser en priorité à la sécurité de la frontière croate et à la stabilité du pays. À mon avis, le premier jour où nous avons levé le contrôle [aux frontières], une quantité trop importante de réfugiés est entrée sur le territoire », a-t-elle déclaré, en ajoutant qu’il n’était pas nécessaire que ces personnes entrent dans le pays en quantité si élevée.

On rapporte que près d’un millier de personnes attendent actuellement dans une petite gare frontalière située à Tovarnik, à seulement quelques kilomètres de la frontière serbe. Selon les médias locaux, la situation est de plus en plus tendue, et des migrants menacent de forcer les barrages policiers si des trains n’arrivent pas bientôt pour les emmener vers des camps d’accueil pour migrants.

La Croatie « ne peut tout simplement pas répondre aux besoins de ces personnes et s’en occuper », a déclaré Kolinda Grabar-Kitarović.

« C’est vraiment terrible qu’ils passent par les champs de maïs. La frontière ne remplit pas le rôle qui est le sien, et je fais mon possible pour que nous assurions la mise en place d’un contrôle renforcé de la frontière nationale afin que [les réfugiés] entrent uniquement par les postes-frontières officiels. »

L’inquiétude est grande également face à la possibilité que les réfugiés qui traversent clandestinement se retrouvent dans les champs de mines frontaliers, qui sont un reliquat de la guerre d’ex-Yougoslavie des années 90.

Mercredi, le gouvernement de Kolinda Grabar-Kitarović a annoncé qu’il autoriserait les réfugiés à entrer sans leur restreindre l’accès, ajoutant cependant que le pays n’était en mesure d’accueillir que quelques milliers de nouveaux arrivants.

Selon les lois régissant l’asile dans l’UE, les empreintes digitales des demandeurs doivent être prises dans leur pays d’arrivée, et leur demande doit être traitée par ce pays, ce qui pousse de nombreux demandeurs d’asile potentiels à tenter d’éviter les contrôles dans des endroits comme la Hongrie ou la Grèce, afin de ne pas amoindrir leurs chances d’atteindre des pays dont le système d’asile est plus favorable, à l’instar de l’Allemagne.

Le site d’informations serbe Blic a rapporté que de nombreux réfugiés arrivés en Croatie poursuivaient toujours leur chemin vers le nord en direction de la Hongrie.

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a déclaré qu’il demanderait la construction d’une nouvelle barrière frontalière avec la Croatie quand seraient achevés les travaux de mise en place de la clôture barbelée devant séparer le pays de la Serbie et de la Roumanie.

« Il est clair que l’itinéraire ne traverse plus la frontière hongro-serbe », a déclaré Viktor Orbán au journal autrichien Die Presse. « En conséquence, nous avons décidé de construire un mur à la frontière avec la Roumanie, ainsi qu’à d’autres endroits spécifiques le long de la frontière croate. »

La crise a débuté lorsque la Hongrie a fermé tôt ce mardi sa frontière avec la Serbie, entravant effectivement ce qu’on a appelé la route migratoire des Balkans occidentaux. Cette fermeture a poussé les réfugiés déjà présents en Serbie — qui n’est pas un État membre de l’UE — à tenter de trouver de nouveaux itinéraires pour atteindre l’UE.

Le gouvernement serbe a appelé la Hongrie à rouvrir sa frontière. Il a aussi enjoint l’UE à clarifier sa politique jusqu’ici discordante à l’égard des migrants.

Les projets d’accord sur des quotas à l’échelle de l’UE ont échoué cette semaine, mais une nouvelle réunion est prévue pour mardi prochain.

Le commissaire européen aux Affaires intérieures, Dimítris Avramópoulos, a déclaré dans des commentaires publiés jeudi qu’il était « assez optimiste » quant à la conclusion d’un accord cette fois-ci, en dépit du fait que certains États membres, en particulier la Hongrie et la Pologne, ont fermement rejeté les précédents appels à accueillir des réfugiés.

La Commission européenne a proposé que les États de l’UE se répartissent collégialement 160 000 réfugiés sur la base d’un système de quotas qui prendrait en compte la population et la capacité économique de chaque pays.

Seule l’Allemagne pense pouvoir recevoir, d’ici la fin de l’année, jusqu’à un million de ces personnes qui ont fui leur pays.

Traduction de l’anglais (original) par Mathieu Vigouroux.