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Le « Superman » maigre de Gaza qui tire des camions à la force de ses dents

Inspiré par le héros de films d’action Jason Statham, Mohammad Barakah, originaire de Gaza, étonne les gens avec ses exploits de casse-cou
Mohammad Barakah, originaire de Gaza, rencontre un succès populaire grâce à ses exploits de casse-cou (MEE/Mohammed Asad)

Mohammad Barakah est fin et mince. Il ne ressemble en rien à Superman, mais il est tout de même capable de tirer le poids d’un gros camion ou d’un bulldozer, à l’aide d’une corde attachée autour de son ventre ou même tenue entre ses dents.

Personne n’est capable de comprendre le secret de la force extraordinaire de cet homme, même si l’on comprend les lois de la physique se rapportant à l’élan, ce qui lui a valu le titre de « Casse-cou de Gaza ».

Les enfants se rassemblent autour de Barakah, chez lui, dans la petite ville côtière de Deir al-Balah, alors que la caméra de MEE immortalise une scène où, devant sa maison, il annonce qu’il va tirer le camion, puis un bulldozer, uniquement à l’aide d’une corde tenue entre ses dents. Tout le monde pense qu’il est fou – mais la curiosité fascine la foule tandis qu’il se prépare à effectuer son exploit.

En présence de MEE, il défie le propriétaire d’un camion-citerne à eau passant dans les environs, affirmant qu’il pourrait tirer son véhicule lourd à la force de ses dents. Le chauffeur rit aux éclats avec dédain et lui rétorque : « Va-t’en. »

Mais suite à l’insistance de Mohammed Barakah, le chauffeur laisse son camion au milieu de la route – où Barakah l’accroche à une corde et commence à le tirer avec ses dents.

Barakah, âgé de 20 ans, n’est pas un hercule professionnel. En réalité, la force qui se cache derrière son corps maigre déconcerte les spectateurs qui le regardent tirer des camions et des autobus souvent remplis d’élèves.

Mais son corps mince peut également endurer d’autres exploits inattendus, comme celui de se coucher au sol et de recevoir sur le ventre des couteaux aiguisés que son père laisse tomber, sans que cela ne cause des saignements ou des signes de blessure.

Ce héros local au corps maigre s’est forgé une réputation croissante et les vidéos de ses cascades sont très populaires à Gaza, même s’il n’est pas – encore – connu dans toute la région.

Lorsqu’il ne s’amuse pas à tirer des véhicules lourds à la force de ses dents ou à parer des coups de poignard, Barakah étudie le tourisme et de gestion hôtelière dans une université locale de Deir al-Balah.

Samson – ou Jason – de Gaza

Barakah a d’autres surnoms, comme celui de « Samson de Gaza », d’après le héros biblique qui s’est vu donner une force surnaturelle par Dieu pour combattre et remporter diverses guerres contre ses ennemis, dont la guerre où il a enlevé les portes de la ville de Gaza.

Barakah préfère toutefois être comparé à l’acteur britannique Guy Ritchie et aux héros de films d’action incarnés par Jason Statham, ou être connu comme le « Jason de Gaza ».

Le public local est stupéfait de voir ce jeune homme faire bouger le camion, dont les réservoirs d’eau transportent suffisamment d’eau pour approvisionner 50 habitations du quartier. Amjad, un spectateur de 13 ans, n’en croit pas ses yeux.

« C’est un miracle qui se passe devant mes yeux et je suis content de l’avoir filmé sur le téléphone de ma mère, pour prouver ce que je vois », affirme-t-il en riant bruyamment.

Tout le public est ébahi, tandis que les sceptiques qui le croyaient fou se taisent et apprécient la performance.

Pour présenter une autre de ses cascades, Barakah enlève son maillot jaune, révélant un corps mince, pour se préparer à recevoir des couteaux que son père s’apprête à laisser tomber sur son corps, sans qu’aucune plaie ouverte ou trace de perforation n’apparaisse.

Le public local est étonné de voir que Barakah est capable de réaliser de tels exploits de casse-cou, étant donné qu’il ressemble davantage à Clark Kent, l’alter ego de l’Homme d’acier, qu’à Superman.

Barakah se prépare pour un autre exploit en plaçant deux lourdes briques de béton sur son ventre ; un jeune homme s’approche ensuite avec une masse et fracasse les briques qui reposent sur son abdomen. Calmement, Barakah se lève et retire la poussière et les débris, comme si de rien n’était. Le public ébahi rit et applaudit, tout en essayant de comprendre si sa cascade comporte un subterfuge et si c’est quelque chose qu’ils pourraient faire eux-mêmes.

Le jeune casse-cou explique qu’il aime divertir les enfants locaux de son quartier lorsqu’ils éprouvent de la tristesse et du désespoir en raison des conditions économiques difficiles sous le blocus de Gaza, déchirée par la guerre. « Ils ont besoin de quelque chose pour retrouver le sourire. »

« Je ferai pour eux tout ce qui me vient à l’esprit, même si c’est une idée folle », affirme-t-il alors qu’un large sourire illumine son petit visage.

À seulement 16 ans, Barakah savait qu’il avait des capacités inhabituelles qui le démarquaient de ses camarades de classe. Il se produisait à l’école en sautant à travers du feu et en réussissant à tirer une moto lourde à la force de ses dents.

Après quelques années de repos, il a recommencé à s’entraîner à déplacer des objets lourds, en tirant des petites voitures, un bulldozer puis un gros camion – des choses dangereuses et impossibles aux yeux du public qui a assisté à ses cascades.

Il se souvient de la première fois qu’il a tiré un bulldozer de 13 tonnes à la force de ses bras ; quelques mois plus tard, il a marché sur des clous en fer et d’autres objets tranchants assortis.

Kamal Barakah, son père, qui travaille dans une école locale, l’a toujours soutenu en préparant les outils pour ses exploits, en ajustant les cordes sur les bulldozers et les autobus et en laissant tomber les couteaux sur le ventre de son fils.

« Nous remercions Dieu d’avoir donné à mon fils une peau forte – il a un talent qui doit être cultivé », explique son père en ramassant les couteaux tranchants.

Des rêves de records du monde

Les exploits de casse-cou de Barakah continuent d’inspirer ceux qui se rassemblent dans le quartier pour l’admirer. Il affirme que si ses compétences peuvent ne pas être comparables aux exploits d’autres hommes forts dans le monde entier, il nourrit toujours l’ambition d’être reconnu.

« Mon ambition est de figurer un jour dans le Livre Guinness des records : il y a des records que je veux battre pour la première fois dans le monde. »

Selon son père, Barakah devrait être invité à participer à des compétitions internationales pour représenter Gaza avec un nouveau talent qui soit source de fierté et sans lien avec les guerres et pour rendre les Gazaouis fiers.

Barakah affirme que les exploits présentés aujourd’hui ne sont qu’une petite partie de ce qu’il s’est entraîné à faire. Il a également développé des défis impliquant de l’eau, qu’il n’a pas vus ailleurs et qu’il prévoit de révéler.

Ne pouvant pas travailler régulièrement, il aime regarder des vidéos sur YouTube, notamment des scènes de films avec Jason Statham. Il rêve de rencontrer son héros de cinéma d’action, bien que les portes de Gaza soient verrouillées suite au blocus israélo-égyptien. « Si Samson peut enlever les portes de Gaza, peut-être que je peux faire la même chose avec mes dents et faire entrer Jason », dit-il en riant.

Cela compromet le rêve de Barakah de voyager dans le monde entier pour participer à des compétitions mondiales, tant qu’il n’y aura pas la volonté politique de lui accorder comme à tous les Gazaouis leur liberté de mouvement, qui fait partie de leurs droits inaliénables comme le stipule le droit international.

Barakah vit dans une région où le chômage touche 45 % de la population, principalement les jeunes, d’après les Nations Unies.

Son ami Mohammed al-Faleet est fier de lui et heureux de gérer sa page sur Facebook.

« Mohammed est capable d’élever haut dans le ciel le nom et la réputation de Gaza et de la Palestine », affirme-t-il en souriant, avant de poursuivre : « Mais nous avons besoin de liberté de mouvement pour être fiers de notre génération et exporter nos talents dans le monde. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.