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Les liens de Tony Blair avec l’Égypte et les Émirats arabes unis

L’ancien Premier ministre britannique a appelé à plusieurs reprises la communauté internationale à soutenir le président Sissi suite à l’éviction de Mohamed Morsi en juillet 2013
Tony Blair, l’envoyé spécial du Quartet pour le Moyen-Orient au siège de l’ONU, New York, en 2011

Selon les derniers enregistrements divulgués dimanche par la chaîne satellitaire Mekameleen, basée en Turquie, les proches alliés du président égyptien Abdel Fattah el-Sissi aurait fait allusion à l’implication de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair dans les affaires intérieures de l’Egypte.

Un extrait des enregistrements révélerait une conversation entre le lieutenant Abbas Kamel, responsable du cabinet de Sissi, et Sobhy Sedky, le ministre de la Défense égyptien. « La délégation émiratie vient mardi avec Tony Blair », aurait dit Abbas Kamel. Blair rencontrera le président mercredi. Mais c’est [la visite] officieux ; ils insistent à ce que ce soit officieux ».

« Il [Tony Blair] rencontrera aussi Mahmoud Hegazy [ancien chef des services de renseignement aujourd’hui à la tête de l’armée]. Il veut également rencontrer Nabil Fahmy [le ministre des Affaires étrangères égyptien]. Pouvez-vous arranger ça pour mercredi ?, » demande Kamel.

Ces enregistrements, qui ne peuvent être vérifiés de manière indépendante, dateraient de début 2014.

La chaîne Mekameleen, connue pour son soutien aux Frères musulmans, a accompagné la divulgation de ces conversations privées de la diffusion d’un discours prononcé par Tony Blair lors d’une conférence du groupe financier Bloomberg. L’ancien Premier ministre britannique y invitait les dirigeants du monde à soutenir le coup militaire ayant porté le maréchal Sissi au pouvoir suite à l’éviction du premier président islamiste élu d’Egypte, Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013.

Lors d’une interview télévisée, le 30 janvier 2014, Tony Blair a réitéré cet appel, affirmant que Mohamed Morsi avait dérobé la révolution et que l’armée avait remis le pays sur la voie de la démocratie.

« C’est ce que je dis à mes collègues à l’ouest », a indiqué Blair lors d’une visite en Egypte en tant qu’envoyé spécial du Quartet pour le Moyen-Orient. « Le fait est que les Frères musulmans ont essayé d’arracher le pays à ses valeurs essentielles d’espoir et de progrès. L’armée est intervenue, à la demande du peuple, afin de conduire la nation vers sa prochaine phase de développement, qui devrait être démocratique. Nous devrions soutenir le nouveau gouvernement dans cette tâche », a déclaré Tony Blair selon le Guardian.

Les mêmes enregistrements audio indiqueraient que Tamarod, un mouvement établi pour rassembler le soutien populaire contre Mohamed Morsi, était financé par les Emirats arabes unis. C’est peut-être ce mouvement que Blair avait à l’esprit lorsqu’il a évoqué « la volonté du peuple ».

Le rôle de Tony Blair au Moyen-Orient en sa qualité de représentant des Nations unies, des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la Russie (le Quartet) a fait l’objet de vives critiques pour avoir mêlé politique et « opportunités d’affaires lucratives en Egypte et dans le Golfe », selon des communications issues du bureau de Blair révélées par le Guardian.

Le bureau de Tony Blair a toutefois nié une telle allégation. « Nous ne sommes pas à la recherche d’opportunités d’affaires en Egypte », a déclaré au Guardian son porte-parole, ajoutant en une autre occasion : « Ni Monsieur Blair ni ses organisations ne font de profits en Egypte, ni ne souhaitent le faire. »

Selon le Guardian, en juin 2014, l’envoyé pour la paix au Moyen-Orient se préparait à conseiller le président Sissi sur des « réformes économiques » visant à attirer les investisseurs en Egypte, en collaboration avec un groupe de travail du Caire financé par les EAU et dirigé par la société de conseil en gestion Strategy&, anciennement Booz & Company, qui fait maintenant partie du groupe PricewaterhouseCoopers.

Des assistants de l’ancien Premier ministre ont confirmé qu’il considérait activement la possibilité d’ouvrir un bureau à Abou Dhabi pour soutenir son travail dans la région, selon un article du Financial Times datant de juin 2014.

Tony Blair aurait visité l’Egypte au moins deux fois en 2014.

Ces visites auraient eu lieu en préparation d’une conférence des donateurs en Egypte sponsorisée par les riches Etats pétroliers que sont les Emirats arabes unis, le Koweït et l’Arabie saoudite. Celle-ci doit se tenir à Charm el-Cheikh en mars 2015.

Les activités commerciales et de consultance de Tony Blair sont obscurcies par un réseau de sociétés et de partenariats qui lui permettent d’éviter d’avoir à publier la totalité de ses comptes. Cependant, toujours selon le Guardian, ses revenus s’élèveraient en 2013 à plus de 20 millions de livres sterling (près de 28 millions d’euros).

Une analyse des comptes professionnels de Tony Blair montre que l’ancien Premier ministre et ses conseillers et consultants ont eu pour approximativement 57 millions de livres sterling (près de 79 millions d’euros) de dépenses et de salaires en seulement quatre ans – ce qui équivaut à 350 000 livres sterling (environ 485 000 millions d’euros) par an pour chaque membre de son équipe, selon un rapport du Telegraph publié il y a quelques semaines.

Dans une interview exclusive pour Vanity Fair publiée en janvier, Tony Blair mentionne l’Egypte et l’avènement au pouvoir des Frères musulmans en ces termes : « Les gens disaient, ‘’ils seront peut-être bien.’’ Moi je disais, non ils ne seront pas bien. Dès le départ je savais que les Frères musulmans seraient un désastre. J’ai soutenu le mouvement de la rue visant à destituer [Morsi] et mettre Sissi à sa place. Cela ne veut pas dire que je ne les critique pas pour certaines des choses qui se sont passées en Egypte ».

Tony Blair ajoute au sujet de son soutien au président Sissi: « Je l’ai aidé. Et j’ai été très heureux de le faire. Mais je ne suis pas une sorte de conseiller de Sissi. Les Emirats le soutiennent et l’aident dans ses rapports avec des personnes. »

Le cabinet de Tony Blair a catégoriquement démenti les allégations selon lesquelles il officierait en tant que conseiller du président Sissi dans un communiqué publié en juillet 2014 : « Tony Blair n’est pas un conseiller formel de Sissi, il a simplement déclaré qu’il était vital pour l’Egypte, pour la région et pour le monde que le nouveau président et son gouvernement parviennent à reformer leur pays. »