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Polémique autour du dernier dessin de Charlie Hebdo

Sa représentation d’Alan Kurdi, un enfant réfugié mort noyé, comme un homme lubrique pelotant des Européennes a suscité des réactions mitigées
Des copies d’une édition de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, le 24 février 2015 à Villabé, au sud de Paris (AFP)
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Le magazine satirique français Charlie Hebdo a une fois de plus été descendu par la critique pour son dernier dessin sur les réfugiés et les migrants en Europe.

Ce dessin dépeint une version adulte d’Alan Kurdi, un Syrien de trois ans qui s’est noyé au large des côtes turques l’été dernier et dont l’image a galvanisé la sympathie internationale envers les réfugiés, courant après des Européennes.

La caricature est une réponse aux allégations de harcèlement sexuel de masse dans la ville allemande de Cologne, lors du réveillon du Nouvel An. Les femmes qui ont rapporté ces agressions ont décrit la plupart de leurs agresseurs comme semblant être du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Sur le dessin, deux hommes courent après deux femmes qui crient. Au-dessus, on voit un rappel de l’image emblématique de Kurdi, noyé, le visage dans le sable. À côté, la question : « Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ? ». La réponse apparaît en bas du dessin : « tripoteur de fesses en Allemagne ».

Ce n’est pas la première fois que Charlie Hebdo représente Alan Kurdi. Dans une bande dessinée publiée en septembre dernier, l’image du petit garçon avait déjà été utilisée. L’en-tête du dessin indiquait « Si près du but » tandis qu’un panneau publicitaire McDonald’s à côté de lui annonçait « 2 menus enfant pour le prix d’un ».

Le magazine controversé a récemment commémoré l’attaque terroriste mortelle sur ses bureaux à Paris l’année dernière, laquelle a suscité une vague de soutien public résumée dans le slogan « Je suis Charlie », qui a résonné dans le monde entier.

Dans la foulée, le magazine a connu une recrudescence de ses ventes et une grande notoriété.

La journaliste Myriam François-Cerrah a récemment écrit pour Middle East Eye un article sur la notoriété mondiale de Charlie Hebdo :

« Après l’assaut sur son bureau, Charlie Hebdo est passé de niche à symbole mondial, augmentant son tirage d’un maigre 60 000 exemplaires à un million et quadruplant ses abonnements. L’hebdomadaire, qui avait des difficultés à rester à flot, a désormais beaucoup d’argent, recevant plus de 4 millions d’euros de dons, dont près d’un million d’euros du gouvernement français. »

Cependant, depuis l’attaque dans laquelle dix employés dont le rédacteur en chef, Stéphane Charbonnier, ont été abattus par deux hommes affiliés à al-Qaïda, l’empathie envers le magazine au sujet de ses publications ultérieures sur la religion et la crise des réfugiés a considérablement diminué. Certains commentateurs ont accusé le magazine d’utiliser le vernis de la liberté d’expression pour agiter les drapeaux de l’islamophobie et du racisme.

Les réactions suscitées par le dernier dessin d’Alan Kurdi exprimaient pour la plupart de l’indignation et condamnaient ce qui est considéré comme du « racisme » flagrant.

Traduction : C’est du racisme pur et simple. Je le redis : je ne suis pas Charlie. Charlie Hebdo se moque de la mort d’un enfant syrien. – @ProfessorKumar

D’autres, cependant, ont souligné que ce dessin était la satire de la réponse de la droite européenne et du mouvement anti-réfugiés à la crise des migrants.

Traduction : Vous voulez dire que des gens ont pris la critique du racisme français par Charlie Hebdo pour l’approbation du racisme ? Encore une fois ? – @disgraceofgod

Traduction : Ce que je retire du dernier Charlie Hebdo, c’est qu’ils se moquent de tous ceux qui pensent vraiment que tous les réfugiés sont des violeurs potentiels. – @kalpj

Le journaliste Max Fisher du site d’information Vox a fait la critique de cette caricature controversée, la décrivant comme « de mauvais goût » et laissant beaucoup de place à une interprétation erronée.

« Dépeindre Aylan Kurdi [sic] comme un jeune homme avec un nez de cochon qui agresse sexuellement des Allemandes, même ironiquement, est de mauvais goût », a écrit Fisher. « Même si on admet fondamentalement que l’objectif politique visé par le magazine est juste, les moyens d’y parvenir ne sont pas pour autant acceptables. »

« Ce dessin laisse le champ libre à une mauvaise interprétation et il serait facile de mal l’interpréter comme approuvant l’idée qu’Alan Kurdi aurait fini en grandissant par agresser sexuellement des Européennes plutôt que comme faisant la satire de cette idée. »

Traduction : Charlie Hebdo continue de faire la satire du racisme par des dessins racistes. – @mehdirhasan

 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.