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Un ministre saoudien encense Israël pour avoir autorisé ses citoyens musulmans à faire le hadj

Les remarques d’Abdullatif al-Sheikh témoignent de la normalisation des relations entre les deux pays et de la tension persistante avec le voisin qatari
Abdullatif al-Sheikh, ministre saoudien des dotations religieuses (capture d’écran)

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Le ministre saoudien des dotations religieuses (Awqaf), Abdullatif al-Sheikh, a félicité Israël d’avoir « autorisé » ses citoyens musulmans à participer au pèlerinage du hadj, a révélé mardi une vidéo largement diffusée en ligne.

Ces remarques interviennent à un moment où l’Arabie saoudite se rapprocherait de plus en plus d’Israël, aidée par l’inquiétude croissante des deux pays concernant l’activité de l’Iran dans la région.

Al-Sheikh semble en outre avoir lancé une pique indirecte au rival de son pays, le Qatar, dont les ressortissants sont dans l’incapacité de se rendre à La Mecque et à Médine pour le pèlerinage le plus saint de l’islam en raison des tensions entre les deux pays du Golfe.

« Ce qui a quelque peu surpris, c’est que l’État d’Israël, dont nous savons beaucoup de choses, n’a pas empêché les pèlerins musulmans de venir en Arabie saoudite pour effectuer le pèlerinage », a déclaré al-Sheikh dans la vidéo, qui a rapidement été partagée par le compte Twitter en arabe du ministère israélien des Affaires étrangères.

Traduction : « Dieu soit loué, Israël a facilité le voyage en terre sainte de plus de 4 000 de ses citoyens musulmans venus effectuer le pèlerinage du hadj. »

On peut également entendre le ministre réprimander un « certain pays » pour avoir empêché ses pèlerins de se rendre en Arabie saoudite.

Bien qu’al-Sheikh n’ait pas précisé le pays, pour les internautes, ses propos visaient le Qatar, qui fait l’objet d’un siège depuis un an par un quatuor d’États dirigé par les Saoudiens.

« Je considère que c’est vraiment une très grosse erreur de la part de quiconque en est responsable », a affirmé al-Sheikh.

« Personne ne peut être privé de hadj et personne ne peut se voir interdire de vénérer Dieu. Quiconque est responsable de cet acte mérite d’être puni par Dieu et le plus tôt sera le mieux. »

Plus tôt ce mois-ci, un responsable saoudien a accusé le Qatar de bloquer les liens d’inscription pour les pèlerins qataris souhaitant se rendre à La Mecque.

Cependant, le Comité national des droits de l’homme du Qatar a déclaré que le royaume saoudien avait fermé un système électronique utilisé pour obtenir des visas pour les pèlerins venant du Qatar.

À LIRE ► La politique des quotas du hadj : « qu’en penserait Allah ? »

« Les citoyens et les résidents du Qatar n’ont aucune chance de se rendre au hadj cette année », a déclaré le chef du comité, Abdullah al-Kaabi, à Reuters.

« L’enregistrement des pèlerins de l’État du Qatar reste fermé et les résidents du Qatar ne peuvent pas obtenir de visa car il n’y a aucune mission diplomatique. »

L’Arabie saoudite a assuré que les pèlerins qataris étaient invités à se rendre dans le royaume pour effectuer le hadj, à condition de voyager sur une autre compagnie aérienne que Qatar Airways. La frontière terrestre entre les deux pays est restée fermée pour la saison du hadj de cette année, et Riyad prévoit de creuser un canal le long de cette frontière, détachant ainsi le Qatar de la péninsule arabique.

La crise du Golfe, qui dure depuis quatorze mois, oppose l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et Bahreïn au Qatar. Le quatuor a rompu ses relations avec Doha en juin dernier, l’accusant de soutenir l’Iran et des groupes terroristes – ce que nie le Qatar.

Au début du mois, l’Arabie saoudite a annoncé qu’elle fournirait des visas pour le hadj aux ressortissants qataris à leur arrivée, selon le quotidien émirati, The National.

Les citoyens qataris pourront obtenir des permis à l’aéroport Roi Abdelaziz de Djeddah, en dépit du conflit diplomatique entre Riyad et Doha, a indiqué le journal.

L’Arabie saoudite a affirmé que le gouvernement du Qatar utilisait le problème à des fins politiques et qu’il « reje[tait] tout effort visant à politiser le hadj ou à traîner des divergences politiques » dans le pèlerinage, a déclaré un responsable sous couvert d’anonymat.

Toutefois, trois agences de voyages à Doha ont déclaré à Reuters qu’elles avaient cessé d’essayer de vendre des forfaits pour le hadj, qui peuvent coûter jusqu’à 33 000 dollars.

L’Arabie saoudite et l’Iran sont impliqués dans des guerres par procuration, notamment au Yémen et en Syrie, et des tensions concernant le hadj ont déjà opposé les deux pays par le passé.

Traduit de l’anglais (original).