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Quand la « crise des F-35 » se pose sur l’accord Israël-Émirats

L’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis connaît un premier couac : la vente possible de F-35 américains à Abou Dabi pourrait mettre à mal la supériorité technologique d’Israël au Moyen-Orient
Le F-35 américain est un avion de combat convoité aussi par d’autres puissances du Golfe dont les Émirats arabes unis (AFP)
Le F-35 américain est un avion de combat convoité aussi par d’autres puissances du Golfe dont les Émirats arabes unis (AFP)
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L’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis connaît un premier couac : la vente possible de F-35 américains à Abou Dabi pourrait mettre à mal la supériorité technologique d’Israël au Moyen-Orient.

Lundi 24 août, Jérusalem. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou accueille dans son bureau le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, au premier matin d’une tournée régionale pour tenter de convaincre d’autres pays arabes de marcher dans les pas des Émirats et de normaliser leurs relations, parfois déjà officieuses, avec Israël.

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Benyamin Netanyahou salue son « remarquable ami » Mike Pompeo, qualifie à nouveau « d’historique » l’accord du 13 août avec les Émirats, tance au passage l’Iran comme il en a l’habitude, puis lance sèchement : « Je dois dire simplement que cet accord ne comprend pas l’acceptation par Israël d’un quelconque accord sur des armes ».

De quoi s’agit-il ? Depuis les années 1960, les États-Unis maintiennent une politique du « Qualitative military edge » (QME), ou « avantage militaire qualitatif », selon laquelle Washington s’assure qu’Israël dispose du meilleur équipement militaire dans la région.

À l’issue d’une démarche du Congrès, cet avantage est devenu il y a deux ans une loi américaine en vertu de laquelle les États-Unis doivent s’assurer, lorsqu’ils vendent des armes à un pays du Moyen-Orient autre qu’Israël, que ce dernier reste en mesure de se défendre si jamais ces armes tombaient entre de mauvaises mains.

« Notre requête est légitime » 

Israël a reçu ces dernières années des premières livraisons de F-35 américains, un avion de combat convoité aussi par d’autres puissances du Golfe dont les Émirats arabes unis. 

« Les Émirats arabes unis ont déjà indiqué qu’ils voulaient le F-35. Je crois que c’était il y a six ans. C’est donc quelque chose qui est sur la table. Notre requête est légitime. Nous devons les avoir », a déclaré la semaine dernière le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash.

« C’est le grand obstacle à la mise en œuvre de cet accord »

- Yoel Guzansky, analyste

Pour Yoel Guzansky, analyste senior à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, point de doute : « Je suis absolument certain que sans la possibilité d’acheter les F-35, ils [les Émirats] n’auraient pas signé l’accord ».« Maintenant que l’état de belligérance ou de guerre avec Israël n’est plus en vigueur, je crois que ce devrait être plus facile », a-t-il ajouté.

« C’est le grand obstacle à la mise en œuvre de cet accord », souligne-t-il à l’AFP, alors qu’en Israël, la presse fait les gros titres et la classe politique se déchire sur la vente possible par l’allié américain de cette technologie de pointe à un autre pays de la région.

« Même si les Émirats ne sont pas hostiles, il y a une crainte que [cette technologie] tombe entre de mauvaises mains », soit par un changement de régime futur ou d’orientation politique aux Émirats, soit aussi par l’espionnage d’Iraniens vivant dans ce pays, souligne Yoel Guzansky.

Hypersensible

Les experts, eux, glosent sur la manière de satisfaire à la fois Israël et les Émirats, voire à terme l’Arabie saoudite, client historique de l’armement américain au Moyen-Orient.  

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« Il y a des arrangements qui peuvent être réalisés pour satisfaire Israël », explique à l’AFP Joshua Teitelbaum, spécialiste du Golfe à l’Université israélienne Bar-Ilan, évoquant par le passé des accords en coulisses pour faciliter la vente de F-15 à Riyad et à Israël.

Aux côtés de Benyamin Netanyahou, lundi à Jérusalem, Mike Pompeo a cherché à ménager ses deux partenaires : « Nous allons continuer de maintenir cet avantage militaire qualitatif [à Israël] mais nous allons aussi pouvoir fournir [aux Émirats] l’équipement dont ils ont besoin pour protéger leur population. »

Preuve de la sensibilité du sujet, en Jordanie, le caricaturiste Emad Hajjaj a été arrêté et encourt jusqu’à cinq ans de prison pour un dessin sur Facebook du prince héritier d’Abou Dabi, Mohamed ben Zayed (MBZ), portant dans ses mains une colombe frappée du drapeau israélien, qui lui crache au visage.

Motif de l’arrestation : « offense » aux Émirats, un pays ami.