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Algérie : fin de cavale pour un ancien PDG de Sonatrach proche de Bouteflika

C’est menotté qu’Abdelmoumen Ould Kaddour est arrivé mercredi soir en Algérie après son extradition par les Émirats arabes unis. Il est poursuivi dans deux affaires de corruption
Abdelmoumen Ould Kaddour est poursuivi pour deux affaires de corruption (Ryad Kramdi/AFP)
Abdelmoumen Ould Kaddour est poursuivi pour deux affaires de corruption (AFP/Ryad Kramdi)
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« Après plus de quatre mois de va-et-vient des représentants du ministère de la Justice pour plaider son extradition, en vertu de l’entraide judiciaire signée entre les deux pays en 2007 », l’ancien PDG du groupe pétrolier algérien Sonatrach Abdelmoumen Ould Kaddour, recherché dans son pays pour des affaires de corruption et interpellé à Dubaï, a été extradé vers l’Algérie où il est arrivé mercredi, selon des images diffusées par la télévision nationale.

Le quotidien algérien francophone El Watan livre ce matin les détails de cette extradition surprise : « L’Algérie avait obtenu, il y a un peu plus de deux mois, l’accord de principe. » Une dizaine d’autres personnes faisant l’objet de mandats d’arrêt internationaux pour des affaires de justice seraient concernées par l’accord, précise le journal sans citer de nom.

Menotté et escorté par des policiers, Ould Kaddour, proche du président déchu Abdelaziz Bouteflika, est donc arrivé en fin d’après-midi à l’aéroport international Houari Boumédiène d’Alger, en provenance de Dubaï, où il avait été arrêté en mars à la suite d’un mandat d’arrêt international émis un mois plus tôt par la justice algérienne.

L’ancien PDG du groupe pétrolier public devait être présenté dans la journée à un juge d’un tribunal d’Alger, a précisé la télévision. 

Deux affaires de corruption

Abdelmoumen Ould Kaddour est poursuivi pour deux affaires de corruption.

La première est liée au rachat par la Sonatrach en 2018 de la raffinerie d’Augusta et de différentes infrastructures dans le sud de l’Italie auprès d’Esso Italie, une filiale de l’Américain ExxonMobil.

Le montant de la cession n’avait pas alors été précisé mais selon les médias algériens, le groupe pétrolier aurait déboursé 720 millions de dollars, un montant jugé excessif pour une vieille raffinerie entrée en production en 1950.

La deuxième est liée aux nombreux marchés de gré à gré octroyés dans des conditions « suspicieuses » à la société d’ingénierie pétrolière Brown and Root Condor (BRC), filiale de la Sonatrach et de la compagnie américaine de services pétroliers Halliburton, que dirigeait Ould Kaddour.

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Selon El Watan, à la suite de l’audition de plusieurs hauts responsables des institutions ayant contracté des marchés avec BRC, l’instruction judiciaire révélera des « opérations de surfacturation » avec les ministères algériens de l’Énergie, de la Défense nationale, de l’Hydraulique, ou encore des Travaux publics.

BRC avait été dissoute en 2007 après des soupçons de corruption dans des contrats obtenus en violation de la réglementation.

Le géant public des hydrocarbures a été secoué ces dernières années par une série de scandales financiers qui ont fait l’objet d’enquêtes en Algérie et à l’étranger.

Abdelmoumen Ould Kaddour avait été condamné en novembre 2007 par le tribunal militaire de Blida à 30 mois de prison pour divulgation d’informations « secret défense » et emprisonné. Mais il avait été libéré en 2009 sur intervention de la présidence.

« Il n’a jamais été réhabilité par la justice. Des soupçons de corruption planaient sur lui depuis qu’il était à la tête de BRC, sur la base de signes extérieurs de richesse non justifiés, à l’image d’une résidence à Neuilly-sur-Seine, quartier le plus cher d’Île-de-France », rappelle un article publié dans Middle East Eye en octobre 2019.

Nommé à la tête de la Sonatrach en mars 2017, Ould Kaddour a été limogé trois semaines après la chute d’Abdelaziz Bouteflika début avril 2019, poussé à la démission par un mouvement populaire de contestation inédit, le hirak, après vingt ans de pouvoir.

« Les discussions [pour son extradition] étaient, nous dit-on, ‘’très serrées’’ surtout grâce aux soutiens et protections qataris et omanais dont bénéficiait Ould Kaddour, en raison de son statut de conseiller auprès des monarchies », précise El Watan.