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Incendies en Algérie : l’héroïque bataille des volontaires de Khenchela

Armés de simples pelles, mobilisant leurs propres camions-citernes et dormant à la belle étoile, les volontaires engagés pour combattre les incendies de l’Est algérien ont ému tout un pays
Jeunes volontaires dans la région de Khenchela mobilisés contre les énormes incendies de forêts (Facebook/Djalel Marzoug)
Jeunes volontaires dans la région de Khenchela mobilisés contre les énormes incendies de forêts (Facebook/Djalel Marzoug)
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C’est un cataclysme qui a profondément choqué l’opinion algérienne et qui a mobilisé de manière inédite un vaste élan de solidarité.

 

Début juillet, un immense feu de forêt s’est déclenché dans les montagnes boisées de Khenchela, dans l’est du pays, qui a pris de l’ampleur jour après jour formant, comme le rapporte El Watan, « une ligne de feu de dix-huit kilomètres de longueur et neuf kilomètres de largeur. Des foyers qui vont de la ville de Kaïs jusqu’à celle de Bouhmama en passant par Tamza et Aïn Mimoun ».

Face à l’ampleur des incendies, pompiers et éléments de l’armée peinaient à venir à bout. Selon le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, ces feux de forêts ont été « volontaires et provoqués par des groupes criminels ».

Selon ce responsable, 2 500 hectares sont partis en fumée. Trois personnes ont d’ailleurs été arrêtées, d’après les autorités.

Un photographe naturaliste, Yacoub Aïb, a documenté cette catastrophe et, surtout, suivi l’impressionnante mobilisation des habitants face à ce qu’il qualifie d’« apocalypse environnementale ».  

Traduction : « Entre le passé et le présent. »

Des centaines de volontaires ont accouru sur les lieux du sinistre.

« Les gens ont accouru de toutes parts, parfois d’aussi loin que Oued Souf ou Constantine […] Les plus armés avaient une pelle entre les mains. Les autres, une simple branche arrachée à un arbre rescapé et un inépuisable courage », témoigne le reporter d’El Watan.

Traduction : « Les yeux des Aurès [montagnes de l’Est algérien] au milieu des cendres. »

 « ‘’Ils éteignaient le feu y compris avec les bouteilles d’eau qu’on leur donnait pour boire’’, dit un pompier. Certains pleuraient sans retenue de voir leurs forêts partir en fumée. Et il fallait retenir d’autres pour qu’ils ne finissent pas asphyxiés par la fumée ou carbonisés dans l’enfer des tourbillons des flammes qui s’élevaient très haut dans le ciel », poursuit El Watan

« Nous venons chaque jour pour contribuer à l’extinction des feux qui ravagent nos forêts. Nous devons nous entraider davantage et ce n’est pas seulement l’affaire des autorités », déclare Mohamed, un chômeur de 31 ans, au quotidien Liberté.

« De leur côté, Marir Marouane, Aouaiadj Zohir, Bouandi Gourmat, Benghalab Salah Kamel et Zohir Cherguia, ainsi que d’autres jeunes bénévoles de la région ont assuré que depuis dimanche dernier, ils passent la nuit dans la région à la belle étoile. “Hier, j’ai dormi sur un carton et j’attendais la levée du soleil pour entamer une autre journée de lutte contre le feu”, dit Zohir Aouaiadj. Et de renchérir : “Je suis chômeur, mais j’aime mon pays, et je ferai de mon mieux pour sauver ce qui peut encore être sauvé” », rapporte encore ce journal.

« Le lieu de départ des incendies connaît une présence remarquable de membres de nombreuses associations caritatives et de la société civile qui orientent les citoyens participant aux opérations d’extinction des flammes et coordonnent avec les responsables de la Protection civile et ceux des forêts la distribution des repas à tous les participants à la lutte contre les feux et également aux familles évacuées », rapporte l’agence officielle APS.

« Les organisateurs des actions de solidarité ont recensé l’arrivée d’aides composées de 1 000 baguettes de pain, 8 000 bouteilles d’eau minérale fraîches, du lait, plus de 350 repas, des dizaines de kilogrammes de fruits ainsi que des cartons de médicaments », détaille l’APS.

Traduction : « L’enfant Tadjeddine habite Aïn Mimoun et est là depuis le début de la crise, il monte et descend la montagne en ramenant gâteaux et eau aux volontaires. Il dit qu’il vit une situation sociale difficile. »

Selon la même source, des dizaines de propriétaires de camions-citernes ont convergé vers les forêts sinistrées pour assister les pompiers. L’un des propriétaires de camions-citernes, Ghani Bouhlala, qu’on voit sur une des photos de Yacoub Aïb, a même déclaré, selon des témoignages sur place : « Je préfère que mon camion brûle plutôt que nos forêts. »

Traduction : « Une photo du héros Ghani. »

Et alors que depuis, les incendies semblent être maîtrisés à Khenchela, les volontaires de cette région accourent déjà vers la région voisine de Tébessa, près de la frontière tunisienne, pour prêter main forte contre de nouveaux feux.

Traduction : « Le bus des jeunes volontaires de Khenchela vient d’arriver à Tébessa. Un des jeunes dit : ‘’Ne vous inquiétez pas, on a l’expérience des incendies.’’ »