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Une émission satirique algérienne suscite l’ire du Maroc

La mise en scène d’une marionnette représentant le roi Mohammed VI et interrogée sur des sujets sensibles comme la normalisation avec Israël et le Sahara occidental a irrité certains Marocains, pour qui le monarque est une « ligne rouge »
La marionnette du roi du Maroc dans l’émission de la chaîne algérienne Echorouk (capture d’écran/YouTube)

Une émission satirique diffusée sur la chaîne algérienne Echorouk samedi a provoqué la colère au Maroc pour avoir utilisé une marionnette du roi Mohammed VI et l’avoir interrogée sur un certain nombre de sujets sensibles, tels que la situation actuelle au Maroc, le conflit au Sahara occidental et la récente normalisation des relations avec Israël.

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Au début de l’émission, la marionnette du roi tend la main aux invités à ses côtés pour un baise-main, lesquels refusent à cause du coronavirus.

Le présentateur pose ensuite des questions à la marionnette concernant la normalisation avec Israël, ce à quoi elle répond qu’il y a de grands secrets au sein du palais royal dont on n’a pas connaissance.

Interrogé sur la région du Sahara occidental, la marionnette répond avec irritation.

« Il n’y a pas de peuple sahraoui, ce sont des maghrébins. »

Le présentateur répète que le peuple sahraoui est bien présent et dispose d’une base de soutien en Europe, en Afrique et dans le reste du monde qui le reconnaît.

La marionnette rejette ces assertions et insiste sur le fait que la région du Sahara occidental appartient au Maroc.

« J’ai un saint soufi qui dit que le Sahara occidental appartenait à mes grands-parents », assure la marionnette du roi.

El Mostapha Ramid, le ministre marocain des droits de l’homme, a dénoncé l’émission sur Facebook

« Que les Marocains soient d’accord ou pas, c’est leur affaire, ils ont le droit […] mais que cela affecte de quelque manière que ce soit les institutions de notre pays, ou nos symboles nationaux, au sommet desquels se trouve Sa Majesté, c’est une chose qui ne peut être acceptée, et nous ne pouvons garder le silence là-dessus », écrit-il.

L’émission a également suscité la colère de certains internautes, qui la jugent insultante et offensante pour le roi et le pays.

Traduction : « Chers Algériens, vous ne verrez jamais dans les médias marocains le présentateur d’un programme porter un masque de Bouteflika régnant sur vous tout en ayant l’air presque mort, pendant que ses frères volent sa richesse… Nous n’atteindrons jamais le déclin de vos médias parce que nous ne transformons pas nos pertes internes en haine contre nos voisins, nous les affrontons. »

Traduction : « Ce que la chaîne algérienne Al Shorouk diffuse est l’incarnation de la laideur et de la faillite morale. C’est le moins que l’on puisse dire à propos de ça. La haine aveugle. »

Beaucoup ont utilisé le hashtag #الملك_خط_أحمر (le roi est une ligne rouge) pour exprimer leur opposition à l’émission et défendre le monarque. En réaction, les Algériens ont répliqué avec un hashtag similaire #الجزاير_خط_احمر (l’Algérie est une ligne rouge) en disant qu’ils ne garderaient pas le silence et qu’ils étaient libres de s’exprimer sur ces sujets.

Cependant, pour de nombreux Algériens, cette émission a déclenché un large débat à propos de la liberté d’expression et la capacité de discuter ouvertement de sujets liés à la politique et aux droits de l’homme.

Traduction : « Où est le problème à ce qu’Echorouk se moque du roi du Maroc ? Au contraire, il faut soutenir et non critiquer [l’initiative] parce que sinon, les Marocains vont penser qu’ils ont raison – et cela n’arrive pas à la cheville de la façon dont les Marocains se moquent [du président Abdelmadjid] Tebboune et des responsables algériens. »

Traduction : « C’est dans le cadre de la liberté d’expression. La dérision et la critique sont un droit pour tout le monde, qu’ils soient dans le pays ou à l’étranger. Cette vidéo est le droit de l’armée algérienne. »

L’accord de normalisation entre le Maroc et Israël et l’annonce par les États-Unis que la région disputée du Sahara occidental appartient au royaume marocain ont été largement condamnés par les militants sur internet en fin d’année dernière.

En 2020, le Maroc est devenu le sixième pays arabe à reconnaître officiellement Israël, après les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

La reconnaissance par les États-Unis du Sahara occidental en tant que territoire marocain a été considérée comme un coup porté aux désirs d’autonomie du peuple sahraoui dans cette ancienne colonie espagnole, où ils se battent pour leur indépendance et ne cessent de réclamer un référendum, promis par l’ONU en 1991, concernant l’avenir de ce territoire.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.