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Algérie : pourquoi le MSP refuse d’intégrer le prochain gouvernement

« Nous voulons être dans le pouvoir, pas sur sa façade », a déclaré le président du parti islamiste pour expliquer le refus du MSP de participer au nouveau gouvernement dirigé par Aïmene Benabderrahmane
Abderrezak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (AFP/Ryad Kramdi)
Abderrezak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (AFP/Ryad Kramdi)
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ALGER, Algérie

Le plus important parti islamiste en Algérie, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, tendance Frères musulmans), arrivé troisième derrière le Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) et les indépendants lors des législatives du 12 juin, refuse de rejoindre le gouvernement en formation.

La décision a été prise mardi et mercredi, et le président du parti, Abderrezak Makri, a explicité les raisons de ce refus lors d’une conférence de presse à Alger.

« Notre option, au début, était de participer au prochain gouvernement, mais en cas de majorité parlementaire et non pas en cas de majorité présidentielle », a déclaré Abderrezak Makri, dont le parti a obtenu 65 sièges (sur 407) dans le nouveau Parlement. 

La nouvelle Constitution, amendée en novembre 2020, prévoit la désignation du Premier ministre par l’opposition si cette dernière obtient la majorité parlementaire, ou sa désignation par le président de la République en cas de majorité présidentielle à l’Assemblée.

« Nous avons compris que les autres partis qui ont gagné ces législatives [FLN, RND, El Bina, en plus des indépendants] vont finalement former une majorité présidentielle », a indiqué le président du MSP. Pourtant, note-t-il, le FLN et le RND avaient « soutenu un autre candidat qu’Abdelmadjid Tebboune lors de la présidentielle [de décembre 2019] ».  

Pour Abderrezak Makri, si le MSP n’a pu être majoritaire dans l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse du Parlement), c’est à cause de « la double fraude électorale, celle de certains partis qui ont bourré les urnes et qui se sont accaparés des bureaux de vote, et celle, systématique, de certaines forces et des résidus, au sein du système, de la ‘’issaba’’ [la bande, réseaux du système du président déchu Bouteflika] ».

Un rapport de force inchangé

Malgré ces résultats électoraux, le MSP n’a pas dit non à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune, qui a ouvert un cycle de consultations avec les partis représentés à l’APN. Dimanche 27 juin, le leader islamiste et le président se sont rencontrés dans ce cadre pour discuter de la formation du prochain gouvernement.

« Ce qui nous a été proposé ne nous permettait pas d’influer sur les processus politiques et économiques », a commenté Makri lors de la conférence de presse.

« D’abord, le président tient à son programme, qu’une majorité présidentielle va appliquer. Nous avons proposé de créer un mécanisme concernant la question du programme du prochain gouvernement pour trouver des éléments communs entre le programme du président et celui du MSP. Mais [cette proposition] n’a pas eu de suite », a relevé le chef du parti.

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Ensuite, « nous voulons être dans le pouvoir, pas sur sa façade », a-t-il ajouté, rappelant la participation de son mouvement aux gouvernements sous Bouteflika dans le cadre de l’Alliance présidentielle. Une participation où, selon lui, le MSP a été éloigné des postes les plus décisifs.

« Nous n’avons pas trouvé de terrain pour discuter de cet aspect [lors de la rencontre avec le chef de l’État]. On ne peut réformer le système de l’intérieur si l’on se contente d’être sur la façade du pouvoir », a martelé Makri.

Selon lui, la présidence a réclamé 27 noms parmi lesquels quatre ou cinq devaient être retenus pour des postes de ministres. « Nous n’avions [pas] la latitude d’imposer des noms ou des postes », a-t-il appuyé, regrettant que ce rapport de force entre l’opposition légaliste (celle des partis agréés par le pouvoir) et les autorités « n’ait pas changé malgré le hirak », mouvement de protestation qui, à partir de février 2019, rejetait un cinquième mandat pour Abdelaziz Bouteflika.      

Le chef du MSP a donc dressé un bilan négatif de ces consultations avec le président Tebboune en vue de la formation du futur gouvernement. 

« En fait, le hirak n’a pas réalisé tous ses objectifs. La responsabilité en revient à ceux qui, dans l’opposition, ont refusé notre proposition, dès la deuxième semaine des manifestations, de nous réunir pour lancer une véritable transition démocratique et souple. Ils ont provoqué la polarisation idéologique et la haine au sein du hirak, ils ont instrumentalisé le hirak pour pallier leur déficit en représentativité dans la société », a accusé Makri, ciblant sans les nommer les ailes dites laïques ou progressistes de l’opposition, qui a également boycotté les législatives.

L’autre partie incriminée dans ce demi-échec du hirak, selon lui, est la « issaba et ses résidus » de l’ancien système Bouteflika.

Makri a conclu en clarifiant le rôle de son parti dans cette nouvelle configuration politique. Le MSP demeurera dans l’opposition mais soutiendra le président Tebboune sur quatre axes « prioritaires », selon ses termes : le développement socio-économique, la résistance aux « forces étrangères » et « colonialistes », l’unité nationale et la « défense de l’identité nationale ».

Le prochain gouvernement est attendu dans les prochains jours. Ce mercredi, le ministre des Finances Aïmene Benabderrahmane a été nommé Premier ministre.