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Malaise autour de la présence bahreïnie lors du jubilé de la reine

Un activiste bahreïni se dit écœuré de voir les forces de défense du royaume impliquées dans des célébrations aux côtés de stars, estimant que celui qui a autorisé cela n’a pas examiné la situation des droits de l’homme
Capture d’écran éclaircie de la diffusion télévisée du spectacle équestre montrant les forces de défense de Bahreïn escorter Elizabeth II (ITV)
Capture d’écran éclaircie de la diffusion télévisée du spectacle équestre montrant les forces de défense de Bahreïn escorter Elizabeth II (ITV)

Des membres de la force de défense de Bahreïn ont accompagné la reine Elizabeth II lors du Royal Windsor Horse Show dimanche.

Plusieurs jours auparavant, les députés exhortaient la souveraine à « envisager de faire ce qu’il convient d’un point de vue moral » et de révoquer son invitation personnelle à l’intention du roi de Bahreïn. 

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Le roi Hamad, qui aurait été invité régulièrement par la reine depuis 2013, aurait été diverti par le casting de star comprenant Tom Cruise, Helen Mirren et Damian Lewis.

Mais dans une lettre datant du 13 mai adressée à la reine, cinq députés et deux pairs du royaume ont fait part de leur « vive inquiétude » par rapport au fait que le roi continue de compter dans ses invitations « alors qu’il dirige Bahreïn comme une dictature absolue ». 

En particulier, expliquent-ils, le roi a personnellement signé les condamnations à mort de cinq survivants de la torture entre 2017 et 2019, dont les exécutions ont été dénoncées comme arbitraires ou extrajudiciaires par le rapporteur spécial de l’ONU, et il laisse les détracteurs du gouvernement « languir derrière les barreaux depuis plus de dix ans ».

« Une armée raciste et sectaire »

« Nous vous exhortons à envisager de faire ce qu’il convient ici et d’être du bon côté de l’histoire en révoquant votre invitation au roi Hamad et en envoyant le message que la détention arbitraire de ceux qui s’opposent au régime est inacceptable », ont-ils écrit.

Finalement, le roi Hamad aurait assisté à un déjeuner organisé par la reine samedi, mais n’a pas assisté au spectacle équestre télévisé « A Gallop Through History » de dimanche suite au décès du président des Émirats arabes unis le cheikh Khalifa ben Zayed al-Nahyane vendredi.

Traduction : « Les forces de défense de Bahreïn et la Gendarmerie royale du Canada ont escorté la reine depuis l’arène jusqu’au château de Windsor. Le personnel du Royal Central vous souhaite une bonne nuit et attend avec impatience les prochaines semaines. »

Toutefois, des membres de l’unité de cavalerie de la garde royale des forces de défense de Bahreïn, sous la direction de la Gendarmerie royale du Canada, ont escorté la reine depuis l’arène jusqu’au château de Windsor tandis que jouait un orchestre et que la foule faisait une standing ovation.

Sayed Ahmed Alwadaei, directeur du Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD) s’insurge : « C’est écœurant de voir les forces de défense de Bahreïn escorter la reine. Quiconque a laissé cela se produire n’a pas examiné du tout les droits de l’homme. »

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« Si ce manquement au devoir de vigilance est délibéré, ils se sont compromis avec une armée raciste et sectaire qui a autrefois été déployée pour attaquer des manifestations prodémocratie et qui a tué un manifestant en toute impunité. »

Alwadaei, qui figurait parmi les manifestants présents sur les lieux de l’événement de dimanche, renvoie vers la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn de novembre 2011 qui a conclu que les forces bahreïnies avaient fait « un usage excessif et inutile de la force létale », ce qui a provoqué la mort d’Abdulredha Buhamaid, un manifestant de 28 ans. L’armée assure que son personnel a agi dans le respect des lois.

Les activistes ont précédemment souligné la composition des forces de sécurité de Bahreïn, faisant valoir que lors des soulèvements de 2011, les soldats et la police envoyés pour disperser les manifestations étaient majoritairement sunnites, y compris des Pakistanais, des Yéménites, des Syriens et des Irakiens récemment naturalisés, tandis que la majorité des manifestants étaient chiites.

Middle East Eye a demandé au palais de Buckingham si la reine partageait les inquiétudes des activistes bahreïnis concernant le passif du royaume en matière de droits de l’homme. Un porte-parole nous a répondu que son cabinet se refusait à tout commentaire.

MEE a également interrogé le bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth et demandé s’il avait conseillé la famille royale britannique concernant les invitations étendues aux dignitaires étrangers (dont la famille royale de Bahreïn) pour le spectacle équestre de cette année et s’il s’inquiétait que ces invitations autorisent les atteintes aux droits de l’homme. Nous n’avons pas reçu de réponse.

L’ambassade de Bahreïn à Londres n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.