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Appels au boycott du nouveau Mulan de Disney en raison de son tournage au Xinjiang

Le générique de fin remercie huit agences gouvernementales chinoises au Xinjiang, où au moins un million de musulmans ouïghours seraient détenus dans des camps de concentration
Mulan raconte l’histoire d’une fille qui se travestit en garçon pour rejoindre l’armée chinoise afin de combattre à la place de son père (AFP)
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Le nouveau film de Disney, Mulan, fait l’objet de nouveaux appels au boycott après les remerciements adressés aux autorités de la province occidentale chinoise du Xinjiang – où environ un million de musulmans ouïghours seraient détenus dans des camps d’internement – dans le générique de fin.

Après la sortie du film vendredi dernier sur la plateforme de streaming de Disney, des observateurs ont remarqué que la société remerciait particulièrement huit agences gouvernementales du Xinjiang.

Selon les articles de presse parus avant sa sortie, Mulan a été tourné dans une vingtaine d’endroits à travers la Chine en 2018, notamment dans le désert de Mingsha Shan, qui se situe en partie au Xinjiang, et dans la vallée de Tuyoq, un village-oasis à l’est de Tourfan.

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Parmi les agences saluées dans le générique figurent le « service de publicité » du Parti communiste chinois, responsable de la propagande au Xinjiang, ainsi que le bureau de sécurité publique de Tourfan, où plusieurs camps dits de « rééducation » ont été signalés.

La Chine fait l’objet de nombreuses critiques pour son traitement de cette minorité turcique – Amnesty International et Human Rights Watch affirment qu’environ un million de musulmans sont détenus dans les camps.

Après avoir initialement nié l’existence de ces camps, Pékin les qualifie désormais d’établissements professionnels visant à freiner l’extrémisme et la violence islamistes par l’éducation et la formation professionnelle.

Mais des groupes de défense des droits de l’homme et des médias étrangers signalent que des documents officiels et des images satellites montrent que ces installations sont équipées et gérées comme des prisons.

Il a également été signalé que le gouvernement chinois avait imposé la stérilisation et le contrôle des naissances aux Ouïghoures afin de juguler la croissance démographique de cette population. Imposer des mesures conçues pour limiter les naissances au sein d’une population fait partie de la définition de génocide de l’ONU.

« Complices potentiels »

Basé sur une vieille légende chinoise de 2 000 ans, Mulan raconte l’histoire d’une fille qui se travestit en garçon afin de rejoindre l’armée impériale chinoise et lutter contre l’invasion des Huns, épargnant ainsi les combats à son père.

Le film faisait déjà l’objet d’appels au boycott après le soutien affiché par l’actrice interprétant Mulan, Liu Yifei, à la police de Hong Kong lors des manifestations prodémocratie. Les manifestants accusent la police d’usage excessif de la force pour réprimer les protestations.

Joshua Wang, leader du mouvement prodémocratie de Hong Kong, a déclaré que cette nouvelle révélation était une raison de plus de boycotter Mulan, écrivant que les spectateurs pourraient devenir des « complices potentiels de l’incarcération de masse » des musulmans ouïghours.

Des spécialistes des droits de l’homme ont également appelé Disney à faire preuve de transparence concernant ses interactions avec les autorités au Xinjiang.

« Disney devrait dévoiler les détails concernant les dates du tournage de #Mulan au Xinjiang, les aides qu’il a reçues des autorités, les accords qui ont été conclus avec ces dernières pour procéder au tournage et le genre d’audit préalable en matière de droits de l’homme auquel elle a procédé avant de prendre des décisions », affirme Yaqiu Wang, chercheuse de Human Rights Watch spécialiste de la Chine, sur Twitter.

Selon le Wall Street Journal, Disney a partagé son script avec les autorités chinoises, consulté des conseillers locaux et pris en compte les remarques du centre du cinéma chinois pour garantir la sortie du film en Chine.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.