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Égypte : Sissi demande l’interdiction des plantes décoratives pour économiser l’eau

Le président estime que l’eau doit être réservée aux cultures utiles, suscitant des inquiétudes pour des secteurs tels que la culture du jasmin
Certains internautes se demandent ce qu’il adviendra du commerce du jasmin en Égypte ainsi que d’autres fleurs et plantes (AFP)
Certains internautes se demandent ce qu’il adviendra du commerce du jasmin en Égypte ainsi que d’autres fleurs et plantes (AFP)
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L’horticulture et les jardins ornementaux ont, au Moyen-Orient, une riche histoire qui s’étend sur plusieurs centaines d’années. Le parc al-Azhar du Caire en est un exemple : fondé par les Fatimides au Xe siècle, il a été réaménagé dans les années 1980 et est désormais considéré comme l’un des plus beaux jardins islamiques de l’ère moderne.

Pourtant, selon le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, les plantes qui ne sont pas « utiles » devraient être interdites dans le pays, qui se prépare à affronter une crise de l’eau imminente.

Au cours d’une conférence organisée dimanche en Haute-Égypte pour dévoiler des projets d’aménagement de terres à des fins agricoles, Sissi a évoqué les craintes généralisées liées à une pénurie d’eau.

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À la surprise de beaucoup, il a affirmé que les plantes décoratives devraient être interdites et que l’eau ne devrait être utilisée que pour les « cultures utiles » dans un souci de préservation de la ressource.

« Si Dieu le veut, nous utiliserons la moindre goutte d’eau et la moindre parcelle de terre que nous pourrons utiliser pour les cultures », a-t-il déclaré.

« Par ailleurs, et il s’agit d’un ordre que nous voulons faire connaître à tout le monde, nous n’autoriserons plus les plantes décoratives », a-t-il ajouté en s’adressant au Premier ministre Moustafa Madbouli, avant de lui demander de trouver un moyen de mettre en œuvre ce plan. 

Culture du jasmin

L’eau de bonne qualité devra être utilisée pour les cultures et celle qui n’est pas adaptée à l’agriculture pourra être utilisée à d’autres fins, a précisé le dirigeant.

Sur les réseaux sociaux, le plan de Sissi a suscité des réactions incrédules.

Traduction : « La décision de Sissi d’interdire la culture de plantes décoratives me rappelle la décision de Moubarak de tuer les porcs et celle de Sadate d’interdire la vente de viande. Le sentiment de grandeur qu’ont les dictateurs les pousse à prendre des décisions sur des sujets dont ils ne savent rien, tandis que les experts se taisent par peur et que l’on parle à la gloire du dirigeant. La démocratie est la solution. »

Certains internautes s’inquiètent de ce qu’il adviendra des entreprises de jardinage et d’horticulture ainsi que du secteur dans son ensemble. La culture du jasmin en Égypte a été particulièrement soulignée.

D’autres utilisateurs ont relevé les avantages des plantes décoratives et comparé les plans de Sissi aux nombreux mégaprojets mis en œuvre par le président, que ses détracteurs dénoncent comme un gaspillage inutile.

Traduction : « Ce dictateur ignorant qui interdit désormais la culture de plantes décoratives ou ornementales sait-il que le monde produit quinze tonnes de jasmin et que l’Égypte en produit sept, dont une partie est de la meilleure qualité au monde ? Le prix d’une tonne est d’environ 5 000 à 6 500 dollars, et il est exporté aux États-Unis, au Canada et en France pour l’industrie du parfum. »

https://twitter.com/smsma_cat/status/1475078322900119560

Traduction : « Dites à Sissi que la culture de plantes décoratives est importante, elles sont utilisées pour améliorer la qualité de vie. Elles servent de protection contre les vents forts, elles sont utilisées pour faire de l’ombre, limiter ou réduire l’érosion, retirer les polluants la poussière et les produits chimiques dans l’air et l’eau, réduire la pollution sonore, en plus de nourrir les animaux sauvages. »

Au-delà du changement climatique, les réserves d’eau de l’Égypte sont menacées par la construction du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) en amont du Nil.

Ce barrage pourrait réduire considérablement la part de l’eau du Nil reçue par l’Égypte, une perspective que beaucoup considèrent comme catastrophique dans la mesure où le pays dépend de ce fleuve pour couvrir la grande majorité de sa consommation d’eau.  

L’Éthiopie, source de 85 % de l’eau du Nil, considère pour sa part le GERD comme un motif de grande fierté nationale et se préoccupe avant tout de ses propres besoins énergétiques urgents et de la possibilité de sortir de la pauvreté plusieurs millions de ses habitants grâce au barrage.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation