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Eurovision : sur fond de guerre à Gaza, la candidature d’Israël contrariée

Les deux titres proposés par Israël ont été jugés « trop politiques » et vont être retravaillés. Alors que le concours n’aura lieu qu’en mai, les appels au boycott et à l’exclusion d’Israël de la compétition se multiplient
La chanteuse israélo-russe de 20 ans, Eden Golan, doit représenter Israël à ce concours qui aura lieu cette année en mai à Malmö, en Suède (Twitter)
La chanteuse israélo-russe de 20 ans, Eden Golan, doit représenter Israël à ce concours qui aura lieu cette année en mai à Malmö, en Suède (Twitter)
Par MEE

La participation d’Israël au grand concours de chansons de l’Eurovision cette année ne se fait pas sans difficulté.

Jugés « trop politiques », les deux titres proposés ont été recalés par l’Union européenne de radio-télévision (UER, chargée d’organiser l’Eurovision).

« October Rain » (Pluie d’octobre) ne mentionne pas explicitement l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël. Mais selon des médias et des observateurs israéliens, ses paroles ne laissent pas de place au doute.

« Dansant dans l’orage/Nous n’avons rien à cacher/Ramène-moi à la maison/Et laisse le monde derrière/Et je te promets que ça n’arrivera plus jamais/Je suis toujours mouillée par cette pluie d’octobre/Pluie d’octobre », dit un couplet de cette chanson.

Le refus de l’UER a provoqué la colère du ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, qui a qualifié cette décision de « scandaleuse ». 

Mercredi 28 février, le média israélien Ynet annonçait que c’était au tour de « Dance Forever » d’être rejeté.

Le texte ferait référence à l’attaque du Hamas contre le festival Nova Music, le 7 octobre 2023. Ce jour-là 364 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres ont été prises en otage.

« Je me noie dans l’aube/Mon cœur est si froid, mais mon âme brûle/Quelqu’un m’appelle depuis le paradis/L’espoir ne cesse jamais, il étend simplement ses ailes/Comme un million d’étoiles qui, soudainement, illuminent le ciel », disent notamment les paroles relayées par Ynet.

En conséquence, Israël va modifier les paroles de la chanson avec laquelle il entend concourir pour gommer tout ce qui pourrait être perçu comme politique et garantir ainsi sa participation, a indiqué dimanche la société israélienne de radiodiffusion (KAN).

Appels à l’exclusion d’Israël

Après avoir initialement menacé de se retirer si sa chanson n’était pas acceptée en l’état, le groupe public a dit dans un communiqué s’être finalement rallié à l’avis du président israélien Isaac Herzog, qui a « suggéré de faire les ajustements nécessaires ».

« KAN a contacté les paroliers des deux chansons sélectionnées […] et leur a demandé de réadapter les textes, tout en préservant leur liberté artistique », a poursuivi la société.

Une fois qu’elle aura reçu les textes modifiés, elle « choisira la chanson qui sera envoyée » aux organisateurs « afin qu’ils approuvent la participation d’Israël au concours », a ajouté KAN.

Le groupe public révélera le 10 mars la chanson choisie. La chanteuse israélo-russe de 20 ans Eden Golan doit représenter Israël à ce concours qui aura lieu cette année en mai à Malmö, en Suède.

Par ailleurs, des voix ont appelé à bannir Israël de l’Eurovision pour protester contre le lourd bilan de la guerre à Gaza. Les opérations militaires israéliennes menées dans le territoire palestinien ont fait plus de 30 400 morts.

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En janvier, plus de 400 artistes finlandais se sont associés à des musiciens islandais pour demander l’exclusion d’Israël, invoquant dans un communiqué « des crimes de guerre » dans la bande de Gaza.

Parmi les signataires de la pétition figurent Olavi Uusivirta, Paleface et Axel Ehnström, qui avait représenté la Finlande à l’Eurovision en 2011.

En décembre, la société des auteurs-compositeurs islandais (FTT) avait publiquement demandé à la télévision nationale de ne pas concourir à l’Eurovision en mai, à moins qu’Israël ne soit exclu de la compétition.

L’UER avait répondu que ce n’était pas au programme : « L’Eurovision est une compétition pour les télévisions du service public européen et moyen-oriental. Il s’agit d’un concours pour les radiodiffuseurs – et non pour les gouvernements – et le radiodiffuseur public israélien participe à ce concours depuis 50 ans. »

Israël a été en 1973 le premier pays non européen à être autorisé à participer au concours de l’Eurovision, et l’a gagné quatre fois, notamment avec la chanteuse transgenre Dana International en 1998.

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