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France : une nouvelle enquête pointe les discriminations à l’embauche envers les personnes d’origine maghrébine

Selon un testing réalisé sous l’égide du ministère du Travail, les candidatures qui suggèrent une origine maghrébine ont 31,5 % de chances en moins d’être retenues par les recruteurs
« Lorsque les recruteurs manifestent un intérêt pour trois CV sur les quatre envoyés, c’est le plus souvent au détriment d’un candidat dont le nom et le prénom sont à consonance maghrébine », selon l’étude de l’Institut des politiques publiques (AFP/Jeff Pachoud)

L’Institut des politiques publiques (IPP) a publié le 24 novembre dernier une note qui confirme la persistance des discriminations ciblant les personnes d’origine supposée maghrébine dans l’accès à l’emploi en France, montrant que ces candidats ont 31,5 % de chances en moins d’être contactés par les recruteurs que des personnes ayant des noms et prénoms à consonance française.

Cette étude élaborée sous l’égide de la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques – Mission d’Animation de la Recherche (Dares-MAR) du ministère du Travail implique, outre l’IPP, l’Inter Service Migrants – Centre d’Observation et de Recherche sur l’Urbain et ses Mutation, une association spécialisées dans l’insertion des immigrés.

Elle se fonde sur un testing réalisé entre décembre 2019 et avril 2021 (avec une interruption de mars à juin 2020 à cause du confinement) qui porte sur onze catégories de métiers (plus ou moins qualifiés). Elle couvre l’ensemble de la France métropolitaine et inclut différentes tranches d’âges.

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Au total, 9 600 candidatures ont été envoyées en réponse à 2 400 offres d’emploi. Le sexe et l’identité des candidats ont été aléatoirement attribués afin de mesurer la discrimination à l’embauche.

En définitive, 1 516 CV seulement ont donné lieu à un traitement équivalent de la part des recruteurs. « Lorsque les recruteurs manifestent un intérêt pour trois CV sur les quatre envoyés, c’est le plus souvent au détriment d’un candidat dont le nom et le prénom sont à consonance maghrébine (dans 6 % des cas contre 3 % des offres d’emploi pour lesquelles seul un candidat dont l’identité suggère une origine française n’a pas été rappelé) », explique l’étude.

« De la même façon, lorsque deux candidatures sur quatre sont appelées, ce sont celles à consonance française qui sont privilégiées par rapport aux candidatures à consonance maghrébine (respectivement 6 % et 1 %). Enfin, lorsqu’un seul candidat est contacté (15 % des cas), c’est le plus souvent une candidature suggérant une identité française qui a retenu l’intérêt du recruteur : c’est le cas de 11 % des tests, alors que seuls 4 % des recruteurs n’ont recontacté qu’un seul candidat dont l’identité suggère une origine étrangère. »

Des discriminations deux fois plus marquées pour certains métiers

Selon l’étude, une personne d’origine maghrébine à la recherche d’un emploi doit envoyer en moyenne 1,5 fois plus de candidatures pour recevoir le même nombre de réponses positives qu’une personne de même profil mais dont le nom et le prénom ont une consonance française.  

L’enquête montre par ailleurs que les discriminations à l’embauche sont deux fois plus marquées dans les métiers peu qualifiés mais ne varient pas en fonction du sexe et de la situation familiale des candidats. Ces discriminations ont été observées de façon systémique dans tous les segments du marché du travail explorés.

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Ce n’est pas la première fois qu’un tel constat est établi. De nombreuses études ont documenté les inégalités racistes dans l’accès à l’emploi en France. En 2020, une grande campagne de testing commandée par le gouvernement a dévoilé des résultats sans appel.

Réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée et de Paris-Est Créteil, elle a montré que 103 des 250 plus grandes entreprises françaises, cotées à la Bourse de Paris, prennent en compte le critère ethnique dans le choix de leurs futurs employés.

Les candidats maghrébins ont ainsi 20 % de chances en moins d’obtenir un entretien d’embauche.

Selon une autre étude de 2016, élaboré par France Stratégie, une structure d’analyse et d’orientation rattachée au Premier ministre, les discriminations à l’embauche font augmenter les dépenses engendrées par le sous-emploi et le non-emploi.