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La menace d’expulsion de Hassan Iquioussen « s’ancre dans une discrimination vis-à-vis des musulmans en France », selon son avocate

Pour maître Lucie Simon, avocate de l’imam marocain menacé d’expulsion pour « séparatisme », l’annonce de Gérald Darmanin obéit à « un calendrier politique ». Elle compte saisir le tribunal administratif de Paris et la Cour européenne des droits de l’homme 
Alors qu’Hassan Iquioussen bénéficiait de titres de séjour depuis la perte de sa nationalité française, c’est à l’occasion d’une demande de renouvellement l’hiver dernier que les autorités françaises ont décidé d’invoquer la loi d’août 2021, dite « contre le séparatisme », à son encontre (Facebook/Hassan Iquioussen)
Alors qu’Hassan Iquioussen bénéficiait de titres de séjour depuis la perte de sa nationalité française, c’est à l’occasion d’une demande de renouvellement l’hiver dernier que les autorités françaises ont décidé d’invoquer la loi d’août 2021, dite « contre le séparatisme », à son encontre (Facebook/Hassan Iquioussen)

Avec ses 173 000 abonnés sur YouTube et 43 000 followers sur Facebook, Hassan Iquioussen est l’une des figures phares de la prédication musulmane en France. Mais jusqu’à quand ? 

Une procédure d’expulsion du territoire français a été initiée contre le prêcheur islamique réputé proche des Frères musulmans par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a annoncé lui-même la nouvelle, sur Twitter, le jeudi 28 juillet.

La raison ? « Ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l’encontre des valeurs de la France, contraire à nos principes de laïcité et d’égalité entre les femmes et les hommes », a écrit le ministre sur le réseau social. 

Ce mardi 2 août, Gérald Darmanin a annoncé que le Maroc avait délivré un « laisser-passer consulaire, il y a 24 heures » pour « expulser manu militari » Hassan Iquioussen.

Répondant à une question du député du Rassemblement national (RN, extrême droite), Sébastien Chenu, à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur a remercié le Maroc pour la délivrance de ce laissez-passer, laissant entendre que l’expulsion se ferait vite, dès que le prédicateur, vivant dans le nord de la France, aurait été interpellé. Il a fait valoir que ce dernier était inscrit au fichier des personnes recherchées.

« Nous l’avons convoqué au commissariat de police et dès que les policiers ou les gendarmes auront interpellé M. Iquioussen, il sera expulsé du territoire national sans possibilité de retour », a-t-il précisé.

« Aujourd’hui il m’est reproché de tenir des propos discriminatoires voire violents, ce que je conteste avec force », avait réagi Hassan Iquioussen sur sa page Facebook. 

Il avait également invité ses sympathisants à rédiger des lettres de soutien afin « de témoigner avec précision et vécu du fait que Hassan Iquioussen ne représente pas une menace grave pour la France ».

L’homme, père de cinq enfants, est né en France, où il réside depuis 57 ans à Lourches, près de Valenciennes (Nord). Il ne possède pourtant pas la nationalité française, dont il a été déchu à ses 18 ans, à la demande de son père, pour motif « qu’il n’était pas possible de garder son identité spirituelle et culturelle tout en étant Français », raconte l’intéressé lui-même dans une vidéo.

Devenu exclusivement Marocain, il dit ne connaître le Maroc qu’à travers de « courtes vacances ». 

« Un calendrier politique »

Décrit comme proche de l’ex-Union des organisations islamiques de France (UOIF), devenue Musulmans de France, il avait été au centre de la polémique, au milieu des années 2000, pour des propos antisémites tenus lors d’une conférence sur « La Palestine, histoire d’une injustice », en 2003.

Il avait déclaré : « Les sionistes ont été de connivence avec Hitler. Il fallait pousser les juifs d’Allemagne en France à quitter l’Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal. »

En 2016, son nom ressort dans la presse à l’occasion d’une autre polémique : sa participation, à l’invitation de la maire socialiste de Denain (dans le Sud de Valenciennes) Anne-Lise Dufour-Tonini, à un hommage au père Jacques Hamel, égorgé pendant une messe par deux islamistes radicaux dont un fiché S (placé sous surveillance par les renseignements français). 

Alors qu’il bénéficiait de titres de séjour depuis la perte de sa nationalité française, c’est à l’occasion d’une demande de renouvellement l’hiver dernier que les autorités françaises ont décidé d’invoquer la loi d’août 2021, dite « contre le séparatisme », à son encontre.

Pour son avocate, Lucie Simon, le timing de cette procédure d’expulsion n’a rien d’anodin. 

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« Cette annonce répond à un calendrier politique, elle intervient peu de temps après les élections législatives qui ont vu une victoire sans précédent de l’extrême droite. Il est intéressant de noter que l’expulsion d’Iquioussen arrive concomitamment à la venue très contestée du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, [à Paris jeudi 28 juillet] ainsi qu’à un moment où la polémique sur les accusations de viol à l’encontre du ministre Darmanin enfle, ce qui laisse penser à une volonté de faire diversion. En tout état de cause, le ministre choisit les vacances, empêchant ainsi une forte mobilisation », explique Lucie Simon, contactée par Middle East Eye.

« Nous entendons saisir le tribunal administratif de Paris, ainsi que la Cour européenne des droits de l’homme [CEDH]. Nous réfléchissons aussi à l’opportunité de déposer une question prioritaire de constitutionnalité, car il nous semble que le texte sur lequel se base l’expulsion de M. Iquioussen est contraire à la Constitution, notamment à la liberté d’expression mais aussi à la liberté de culte », ajoute-t-elle.

Ce lundi 1er août, la défense de Hassan Iquioussen a annoncé qu’un arrêté d’expulsion à l’encontre de son client « avait été édicté vendredi ». 

En attendant le dénouement de la procédure, maître Simon regrette que « cette expulsion s’ancre aujourd’hui dans une discrimination vis-à-vis des musulmans en France », citant « la première expulsion d’un imam [l’imam de Saint-Chamond, expulsé en mai 2021 vers les Comores], la dissolution d’associations culturelles musulmanes, dont le Collectif contre l’islamophobie en France [CCIF], un tournant de la politique administrative du gouvernement, mais aussi la fermeture de mosquées ».

Au Maroc, les autorités n’ont pas réagi.