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France : la mort de Wanys, un drame qui rappelle celui de Nahel

Un refus d’obtempérer, un décès et des émeutes. Une nouvelle fois, la banlieue parisienne est le théâtre d’affrontements sur fond de polémique sur les violences policières
Les forces de l’ordre se montreront, d’après le préfet de police de Paris, « intraitables contre les émeutiers et les violences urbaines » (AFP/Clotilde Gourlet)
Les forces de l’ordre se montreront, d’après le préfet de police de Paris, « intraitables contre les émeutiers et les violences urbaines » (AFP/Clotilde Gourlet)
Par MEE

Neuf mois à peine après la mort de Nahel, 17 ans, tué à Nanterre par le tir d’un policier après un refus d’obtempérer, la mort d’un autre jeune, Wanys, 18 ans, a suscité de nouvelle émeutes en banlieue parisienne

Une cinquantaine de personnes, selon la préfecture de police de Paris, ont attaqué dimanche 17 mars, peu avant 23 h, le commissariat de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des groupes de personnes tirant des mortiers d’artifice, des cocktails molotov et des pierres sur la façade du poste de police.

Après intervention de la BAC (Brigades anticriminalité), le calme est revenu. Plusieurs « opérations de sécurisation », notamment pour éteindre des feux de poubelle et « disperser les petits groupes de jeunes » disséminés autour du commissariat, ont également été effectuées dans la soirée, a précisé la préfecture.

Ce lundi, neuf personnes dont deux mineurs, soupçonnées d’avoir participé à l’assaut, ont été interpellées pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violences et/ou de dégradations, jets de projectiles et tirs de mortiers en direction du commissariat et violences volontaires commises en réunion à l’encontre des policiers ». 

« Venger Wanys »

Sur les réseaux sociaux, des jeunes revendiquent ces actes « pour venger Wanys ». 

« On a fait ça pour demander justice pour Wanys même si son grand frère a appelé au calme », a confié à l’AFP un jeune homme, sous le couvert de l’anonymat.

Mercredi 13 mars, après un refus de contrôle qui a déclenché une course-poursuite avec la police à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le jeune homme de 18 ans a été percuté par un véhicule des forces de l’ordre alors qu’il se trouvait sur un scooter. Wanys a été déclaré mort quelques heures après les faits. Un autre jeune qui se trouvait avec lui sur le deux-roues a été blessé.

Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille du jeune homme décédé, a annoncé qu’il allait porter plainte contre les policiers pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « violences volontaires aggravées ».

Une vidéo diffusée sur France 2 « montre que c’est le véhicule de police qui fait une embardée et qui percute à contresens et volontairement le scooter », explique dans un communiqué daté du 15 mars l’avocat de la famille.

Les images montrent un véhicule tiers sortant du bas-côté juste devant la voiture de police et se retrouvant sur sa trajectoire. Celle-ci se déporte alors sur la voie de circulation inverse où elle percute le scooter qui arrive en face.

« Il est assez évident que le véhicule de police a dû faire une manœuvre d’évitement d’urgence au dernier moment car le véhicule tiers lui coupait la route, cela ressort clairement de la vidéo », a défendu à l’AFP Jérôme Andrei, avocat des deux policiers à l’avant du véhicule. « Dire qu’il l’a percuté volontairement est une contrevérité. Objectivement, cela reste un accident. »

Selon le procureur de la République, des images de vidéosurveillance corroborent la version des policiers du « refus de priorité » du véhicule tiers.

Deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet. Une première, diligentée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), a été ouverte pour homicide et blessures involontaires à l’encontre des policiers. La seconde a été ouverte pour refus d’obtempérer aggravé et confiée au service du traitement judiciaire des accidents.

Dans la classe politique, alors que la droite et l’extrême droite s’alarment d’une « islamisation » des quartiers après l’attaque du commissariat de La Courneuve, la gauche radicale dénonce les violences policières.

Éric Coquerel, député La France insoumise (LFI) de la première circonscription de la Seine-Saint-Denis, a partagé sur X un communiqué de deux syndicats, la CGT et Sud Solidaires, qui rappellent des cas récents « dans la suite macabre des personnes tuées par la police », dont Adama Traoré, Zied et Bouna, et Nahel.

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