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France : à Nice, une librairie musulmane remporte un bras de fer contre la préfecture

Le tribunal administratif a décidé de suspendre la décision du préfet des Alpes-Maritimes de frapper la librairie Iqra d’une fermeture administrative de trois mois pour vente d’ouvrages accusés de « provoquer à la haine ou à la violence »
« Il était reproché quatre livres listés par la préfecture. Et nous avons répondu dans les temps de la procédure. Les livres ont été retirés de la vente avant l’arrêté », a commenté sur Nice Matin Sefen Guez Guez, avocat au barreau de Nice et des Hauts-de-Seine, qui défend la gérante de la librairie Iqra (AFP/Mehdi Fedouach)
« Il était reproché quatre livres listés par la préfecture. Et nous avons répondu dans les temps de la procédure. Les livres ont été retirés de la vente avant l’arrêté », a commenté sur Nice Matin Sefen Guez Guez, avocat au barreau de Nice et des Hauts-de-Seine, qui défend la gérante de la librairie Iqra (AFP/Mehdi Fedouach)
Par MEE

C’est une histoire à rebondissements qui agite la ville de Nice, en France, où la préfecture et une librairie musulmane se livrent un véritable bras de fer.

Le 28 février, la préfecture des Alpes-Maritimes a décidé de sanctionner la librairie Iqra, rue Marceau, d’une fermeture administrative de trois mois. Les autorités ont motivé cette décision par la présence dans les rayons de la boutique « d’ouvrages fondamentalistes », notamment Les Grands Pêchés, un livre de l’imam Chams al-Dhahabi, historien de l’islam né à Damas (Syrie) en 1274, accusé de « porter atteinte à la dignité de la personne humaine et à la moralité publique ».

Selon la préfecture, certains des ouvrages vendus dans la librairie sont « des livres d’appel à la haine ciblant les homosexuels et les femmes dans leur existence même » et « des livres qui endoctrinent les mineurs dans un quartier très fréquenté ». Ils contiennent « des propos […] susceptibles de constituer les délits de provocation à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle ».

« Il y a eu une procédure contradictoire. Il était reproché quatre livres listés par la préfecture. Et nous avons répondu dans les temps de la procédure. Les livres ont été retirés de la vente avant l’arrêté », a commenté sur Nice Matin Sefen Guez Guez, avocat au barreau de Nice et des Hauts-de-Seine, qui défend la gérante de la librairie Iqra.

« Nous avons demandé au préfet de nous fournir la liste des ouvrages incriminés afin d’éviter de les proposer à la vente. On nous a répondu qu’une telle liste n’existait pas. C’est de l’acharnement. »

Une mesure « disproportionnée »

Sur France Bleu, Fadila, la gérante de la librairie, s’est défendue de faire quoi que ce soit d’« illicite ».

En parlant des livres, elle a commenté : « C’est vendu à la Fnac, à 500 mètres de chez moi, et même sur les plateformes en ligne type Amazon. Je ne fais rien d’illicite. S’il y avait une liste en bonne et due forme de livres interdits, pour telle ou telle raison, je ne les vendrais pas. Vu que les livres sont vendus partout, à partir du moment où on est en règle, la préfecture a quelque chose à me reprocher, elle m’envoie un courrier, point barre, mais il faut que ce soit justifié. »

Le tribunal administratif de Nice a donné raison à la libraire : mardi 5 mars, il a suspendu la décision de la préfecture, considérant la mesure comme « disproportionnée ».

Pour justifier la suspension de l’arrêté préfectoral, le tribunal de Nice a relevé que deux des quatre ouvrages mis en cause avaient été retirés de la vente et que la préfecture n’avait pas prouvé que les deux autres « comporteraient des passages pouvant être regardés comme susceptibles de générer un risque de trouble à l’ordre public ».

Hugues Moutouh, le préfet, a tweeté qu’il comptait faire appel de cette décision. Il a invoqué pour cela une autre motivation : la présence dans la librairie d’un dispositif de vidéo protection, illégal depuis 2015.

Le préfet du département s’est également dit « plus déterminé que jamais à défendre les valeurs de la République contre le fondamentalisme islamiste » dans cette affaire.

Dans un communiqué de presse, maître Guez Guez a estimé que cette décision juridique était venue rétablir « l’honneur de la librairie Iqra injustement accusée de fondamentalisme ».

« Alors qu’elle a été injustement salie par de nombreux commentateurs, cette décision permet de marquer le pas sur la série de fermetures administratives visant les établissements confessionnels musulmans », s’est-il félicité.

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