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France : Yasmine Belkaïd à la tête de l’Institut Pasteur, une occasion de reparler du sort des binationaux en Algérie

L’éminente biologiste franco-algérienne, nommée en 2023 directrice générale de l’Institut Pasteur, est entrée en fonction début janvier
Yasmine Belkaïd est la seconde femme à occuper ce poste et le 17e directeur général de l’Institut Pasteur depuis sa création par Louis Pasteur en 1887 (Institut Pasteur)
Yasmine Belkaïd est la seconde femme à occuper ce poste et le 17e directeur général de l’Institut Pasteur depuis sa création par Louis Pasteur en 1887 (Institut Pasteur)
Par MEE

Une « fierté » pour l’Algérie. Au moment où Yasmine Belkaïd a été nommée directrice générale de l’Institut Pasteur à Paris – deuxième femme à occuper ce poste –, en mars 2023, les internautes s’étaient enflammés pour cette nouvelle. 

Entre bravos et félicitations, certains médias algériens avaient toutefois soulevé la question : pourquoi faut-il que ce soit à l’étranger, une fois de plus, que les talents algériens et/ou binationaux soient reconnus et récompensés pour leurs compétences, et non pas en Algérie

Si dans la Constitution révisée de 2020, Abdelmadjid Tebboune a abrogé l’article 51 qui prive les binationaux d’accès aux hautes fonctions publiques, dans les faits, les Algériens détenteurs d’une autre nationalité sont regardés en Algérie avec méfiance. 

La nouvelle loi sur l’information, parue le 29 août 2023 au Journal officiel, a par exemple spécifié que les propriétaires de médias en Algérie devaient être exclusivement algériens.

Fille d’Aboubakr Belkaïd, plusieurs fois ministre entre 1986 et 1992 (Travail, Enseignement supérieur, Intérieur, Chargé des relations avec le Parlement, etc.), assassiné par le Groupe islamique armé (GIA) en 1995, pendant la décennie noire, Yasmine Belkaïd est née à Alger en 1995. 

« Sa carrière scientifique a démarré par une formation en maladies infectieuses à l’Institut Pasteur, pour ensuite englober une multitude de domaines, dont la parasitologie, la microbiologie, l’entomologie médicale, la virologie, l’immunité tissulaire, le microbiome ou encore l’immunologie humaine », détaille le communiqué de presse de sa nomination. 

D’Elias Zerhouni à Meriem Merad

Avant de prendre la direction de l’Institut Pasteur, cette Franco-Algérienne dirigeait le Centre d’immunologie humaine des National Institutes of Health (NIH), l’agence américaine chargée de la recherche médicale et biomédicale, ainsi que le programme Microbiome du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), aux NIH (Bethesda, Maryland, États-Unis), dont elle est la fondatrice. 

Son parcours rappelle celui d’autres Algériens de la diaspora scientifique dont les carrières sont souvent citées dans leur pays d’origine comme des exemples de success stories. 

Le plus connu d’entre eux est sans doute l’Algéro-Américain Elias Zerhouni, médecin radiologue et professeur d’université qui a dirigé les National Institute of Health de 2002 à 2008 et a présidé le département recherche et développement du groupe Sanofi de 2011 à 2018.

Mais il en existe bien d’autres : Noureddine Melikechi, physicien atomique à l’agence spatiale américaine, la NASA ; Youcef Saad, professeur émérite de science informatique à l’université du Minnesota qui a remporté le prestigieux prix John-von-Neumann des mathématiques en 2023 ; ou encore Meriem Merad, professeure en immunologie du cancer et directrice du Marc and Jennifer Lipschultz Precision Immunology Institute (PrIISM) à New York. 

Abdelmadjid Tebboune rappelle régulièrement, comme en décembre 2023, qu’il souhaite voir la diaspora algérienne – estimée à plus de 5 millions de personnes – faire « partie intégrante du tissu sociétal national », et assure que sa « marginalisation est terminée ».

Mais dans les faits, le niveau très bas des salaires et les conditions difficiles dans lesquelles les chercheurs évoluent ne contribuent pas à rendre l’environnement plus attractif. Par exemple, depuis l’an dernier, une nouvelle règle interdit aux enseignants et aux étudiants de participer à toute manifestation scientifique internationale sans autorisation du ministère de l’Enseignement supérieur.

Le Global Talent Competitiveness Index, qui classe les pays les plus attractifs pour les jeunes actifs aux compétences recherchées en fonction de la réglementation, du marché, de l’environnement, etc. qui participent à créer un climat favorable au développement et à l’épanouissement des talents, a placé l’Algérie en 2023 à la 102e place sur 134 pays. 

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