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Guerre à Gaza : Israël a probablement torturé un Palestinien pour obtenir des aveux de viol, selon des ONG

Une vidéo publiée par les forces israéliennes montrant un membre présumé du Jihad islamique palestinien confesser le viol d’une Israélienne ne peut être utilisée comme preuve, affirment Human Rights Watch et Amnesty International
Manar Mahmoud Muhammad Qasem filmé pendant son interrogatoire par les forces de sécurité israéliennes (X)

Des organisations de défense des droits humains ont mis en doute la crédibilité d’une vidéo d’interrogatoire des forces israéliennes, dans laquelle un membre présumé du Jihad islamique palestinien avoue avoir violé une Israélienne lors de l’attaque menée par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre.

La vidéo, mise en ligne jeudi par les forces israéliennes, montre l’homme, nommé Manar Mahmoud Muhammad Qasem, prétendument membre de la force navale du Jihad islamique, semblant admettre le viol lors d’un interrogatoire mené par la Division des renseignements israéliens.

Or, des ONG de défense des droits humains et des commentateurs ont mis en doute la crédibilité de ces aveux, affirmant qu’ils avaient probablement été obtenus sous la torture. Ils évoquent la multiplication des arrestations arbitraires et des « traitements inhumains et dégradants » infligés aux détenus palestiniens par les forces israéliennes depuis le 7 octobre.

« À la lumière des décennies de mauvais traitements et d’actes de torture commis par Israël sur des détenus palestiniens et des craintes fondées qui en découlent selon lesquelles les interrogatoires pourraient avoir impliqué le recours à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements, Human Rights Watch ne s’appuie pas sur, ni ne considère crédibles, les récits enregistrés dans des vidéos d’interrogatoires de Palestiniens détenus qui, selon [Israël], ont participé à l’assaut du 7 octobre », a déclaré à Middle East Eye Omar Shakir, directeur de recherches sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch

Similairement, selon Budour Hassan, chercheur sur Israël et les territoires palestiniens occupés à Amnesty International, « tout « aveu » public fait par les accusés devrait être exclu des preuves examinées par le tribunal ».

« Amnesty International réitère son appel aux autorités israéliennes pour qu’elles mettent fin à la pratique consistant à filmer les aveux présumés des personnes détenues et à les diffuser sur les réseaux sociaux avant leur procès », a-t-elle déclaré à MEE.

La vidéo a été supprimée et republiée plusieurs fois après que des commentateurs ont noté des incohérences dans les témoignages et des erreurs de traduction des sous-titres.

Les aveux présumés ont été rapportés pour la première fois en décembre. Depuis, bien que Manar Mahmoud Muhammad Qasem ait fourni une description détaillée de l’apparence physique de la victime, les forces israéliennes n’ont pas réussi à identifier la femme.

Ce témoignage présumé intervient après que l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a accusé Israël d’avoir extorqué de faux aveux aux membres du personnel de l’agence sous la torture concernant leurs liens avec le Hamas.

Hausse des détentions arbitraires et de la torture

Les autorités israéliennes détiennent et torturent depuis longtemps arbitrairement des détenus palestiniens. Plus de 1 400 plaintes pour actes de torture, notamment menottage douloureux, privation de sommeil et exposition à des températures extrêmes, infligés par le Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, ont été déposées auprès du ministère israélien de la Justice depuis 2001.

La loi de 2002 sur les combattants illégaux autorise les forces israéliennes à détenir des Palestiniens de la bande de Gaza avec un contrôle judiciaire minimal.

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Depuis le 7 octobre, la prolongation des mesures d’urgence a facilité une recrudescence des arrestations arbitraires et une détérioration rapide des conditions de détention, comme en atteste les témoignages de nombreux Palestiniens faisant état de traumatismes physiques et psychologiques infligés par les forces israéliennes.

Depuis le début de l’offensive israélienne contre Gaza, les forces israéliennes ont arrêté plus de 7 350 Palestiniens rien qu’en Cisjordanie occupée.

Au moins 250 des détenus sont des enfants et plus de la moitié sont en détention administrative, ce qui signifie qu’ils peuvent être emprisonnés indéfiniment sans procès en bonne et due forme.

En mars, Haaretz a rapporté que 27 détenus de Gaza étaient morts dans des installations militaires israéliennes depuis le début de la guerre.

Même si certains ont été libérés, 9 100 restent en détention. Avant le 7 octobre, 5 200 Palestiniens étaient détenus dans les prisons israéliennes.

Ces chiffres excluent les centaines de Palestiniens qui auraient été arbitrairement détenus, torturés et interrogés à Gaza.

Traduit de l’anglais (original).

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