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En 2021, les menaces contre Israël seront aussi bien externes qu’internes

Israël devra, selon un think tank de l’université de Tel Aviv, faire face à sa propre crise politique et aux « menaces » grandissantes sur son « front nord », tout en surveillant de près l’hostilité iranienne
Parmi les menaces les plus importantes : la « guerre du nord » contre l’Iran et ses milices, le Hezbollah et le régime syrien (AFP)
Parmi les menaces les plus importantes envisagées par un centre de recherche israélien : la « guerre du nord » contre l’Iran et ses milices, le Hezbollah et le régime syrien (AFP)
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« En 2021, Israël reste un pays fort militairement, politiquement et économiquement, mais pour la première fois depuis que [l’institut] publie son classement annuel des menaces, une crise interne constitue l’une des trois principales menaces à la résilience nationale. »

C’est ainsi qu’Amos Yadlin, général-major israélien à la retraite, a commenté la dernière étude du Tel Aviv University’s Institute for National Security Studies (INSS), qu’il dirige.

Présenté le 6 janvier au président israélien Reuven Rivlin, le « Bilan stratégique pour Israël 2021 » dresse une série de menaces et de défis.

« Les Iraniens sont déterminés à répondre à une longue série de coups subis au cours de l’année écoulée »

- Amos Yadlin, directeur du think-tank INSS

Selon Amos Yadlin, la crise sanitaire du coronavirus « a dévoilé les points faibles d’Israël : une profonde crise politique, la paralysie d’un gouvernement sans budget et un processus décisionnel dysfonctionnant ». Ces facteurs, selon le directeur de l’INSS, ont « profondément aggravé les dissensions entre les Israéliens ».

D’autant plus que, pour Amos Yadlin, les récentes violences au sein même du Congrès américain résonnent dangereusement en Israël et constituent un « avertissement contre les conséquences de la politique populiste, de la polarisation, de la propagande et de l’érosion des processus démocratiques et de leurs institutions ».

Mais selon l’ex-haut gradé, les « menaces extérieures n’ont pas disparu ».

« Les Iraniens sont déterminés à répondre à une longue série de coups subis au cours de l’année écoulée, et même si une guerre engagée contre Israël n’est pas prévue, des événements irréguliers peuvent se transformer en une escalade importante – d’abord et avant tout dans l’arène nord [Syrie et Liban]. »

La menace la plus grave selon lui reste la menace nucléaire iranienne, mais même s’il considère qu’elle revêt un caractère de « menace existentielle » pour Israël, elle n’est pas la plus urgente.

Un environnement « très instable »

« Israël possède sa propre force de riposte contre ses ennemis, mais les trois fronts auxquels nous faisons face sont explosifs : la Syrie, le Liban et la bande de Gaza. Sur ces fronts, il y a un risque d’escalade, d’affrontement et de guerre totale. Cela peut même se déclencher simultanément sur ces trois fronts, y compris avec l’Iran », avertit dans sa présentation de l’étude Amos Yadlin. 

Israël vit dans un environnement « très instable » et dont il est « difficile de contrôler les évolutions ».

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Les risques de détérioration de la situation exigent donc « un grand degré de préparation ». Le plus important selon lui est de prendre en compte le fait que la cause palestinienne et son impact n’ont pas totalement disparu. « L’affaiblissement de l’Autorité palestinienne et la normalisation avec des pays arabes peuvent inciter à un retour de cette cause au stade de l’affrontement. »  

Dans le détail, l’étude prospective liste comme premières menaces : la « guerre du nord » contre l’Iran et ses milices, le Hezbollah et le régime syrien, tout en pointant du doigt le danger des évolutions dans l’ouest de l’Irak et des groupes armés chiites.

Sur le front libanais, l’étude estime que même si « le Liban traverse une crise économique, politique et sanitaire, une des pires de son histoire et qui peut impacter le Hezbollah », cela « n’altère pas la volonté du Hezbollah de venir en aide à l’Iran ».

« Le gouvernement israélien devra se préparer à une guerre multiforme, tout en évitant d’occasionner de lourdes pertes au front [libanais] intérieur et civil. En même temps, il faudra faire des efforts politiques et sécuritaires pour empêcher une guerre et user de toutes les solutions alternatives pour réaliser les objectifs d’Israël dans le front nord », préconise le think tank.

« Une guerre multiforme »

Sur un autre front, celui de la bande de Gaza, l’étude conseille « un cessez-le-feu avec le Hamas et la résolution de la question des prisonniers israéliens détenus par le Hamas en échange de l’amélioration de la situation des Palestiniens et de leurs infrastructures, afin de limiter la trop grande mobilisation militaire ». 

Prédisant un moindre appui de la nouvelle administration américaine à la politique israélienne face aux Palestiniens, l’étude affirme que « l’intérêt d’Israël est d’avoir une Autorité palestinienne forte et non hostile ».

« Le plus sage est de la soutenir en tant que seul interlocuteur légitime pour un règlement [de la question Palestine-Israël] à l’avenir et de mettre en place un objectif politique pour les accords transitoires. »

L’environnement régional, après les normalisations avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan, « s’achemine vers une direction stratégique positive, sur les plans politique et économique », poursuit l’étude prospective, appelant à plus de coopération avec l’Égypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne et à « améliorer les relations avec la Turquie ».

L’INSS conseille également aux autorités israéliennes de « développer les relations avec la Chine en coordination avec les États-Unis, tout en maintenant des canaux de coordination avec la Russie » et, enfin, de « renforcer les relations avec les communautés juives à travers le monde ».