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« Je ne pense pas qu’il soit apte à la fonction » : John Bolton s’attaque à Donald Trump

Les révélations du livre de l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump esquissent le portrait d’un président prêt à tout, y compris à s’arranger secrètement avec des puissances étrangères pour s’assurer sa réélection  
Pour John Bolton, Trump « était tellement concentré sur sa réélection que les considérations de plus long terme étaient écartées » (AFP)
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Donald Trump a vigoureusement rejeté, jeudi 18 juin, les propos explosifs de son ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton, dont un livre très critique sur son expérience de près d’un an et demi à la Maison-Blanche, doit paraître la semaine prochaine. 

« Le livre de John Bolton [...] est une compilation de mensonges et d’histoires inventées, toutes dans le but de me faire apparaître sous un mauvais jour », a tweeté jeudi le président américain. « De nombreuses déclarations ridicules qu’il m’attribue n’ont jamais existé, de la pure fiction. Il essaie juste de prendre sa revanche parce que je l’ai viré, comme le malade qu’il est ! »

La colère du président américain peut se comprendre à la lecture de certains extraits du livre de John Bolton, The Room Where It Happened, A White House Memoir (la pièce où cela s’est passé, mémoires de la Maison-Blanche), publiés par des médias.

Jeudi toujours, Bolton enfonce le clou. Dans une interview à la chaîne américaine ABC, il ne rate pas son ancien patron : « Je ne pense pas qu’il soit apte à la fonction. Je ne pense pas qu’il ait les compétences pour exercer ce poste. » 

Trump aurait cherché l’aide de la Chine pour sa réélection

« J’ai du mal à trouver une seule décision d’importance prise par Trump qui n’ait pas été motivée par sa réélection », poursuit celui qui fut conseiller à la sécurité nationale d’avril 2018 à septembre 2019.

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« Il était tellement concentré sur sa réélection que les considérations de plus long terme étaient écartées », ajoute l’ancien conseiller.

Celui qui a accompagné Donald Trump lors de son premier sommet historique avec le dirigeant nord-coréen affirme que le président était alors plus concentré « sur la séance photo » avec Kim Jong-un que sur les conséquences de cette rencontre en matière de diplomatie.

Mais dans le livre de Bolton, on trouve bien pire. L’ex-conseiller de Trump accuse le président américain d’avoir cherché l’aide de la Chine pour gagner sa réélection en novembre prochain.

John Bolton décrit des échanges entre Donald Trump et des dirigeants étrangers d’autant plus embarrassants qu’ils font écho à l’affaire ukrainienne, laquelle a valu au président américain une procédure infamante de destitution.

Les démocrates l’avaient alors accusé d’avoir demandé une faveur à Kiev pour son intérêt personnel : enquêter sur celui qui est désormais son rival pour la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden. 

Le livre de John Bolton révèle que « le président Trump [a] vendu les Américains pour protéger son avenir politique », a réagi Biden. « Si ces propos sont avérés, cela est non seulement répugnant moralement mais c’est aussi une violation du devoir sacré de Donald Trump envers les Américains », a accusé, dans un communiqué, l’ancien vice-président américain.

Le livre de John Bolton révèle que « le président Trump [a] vendu les Américains pour protéger son avenir politique »

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Dans l’un des passages les plus explosifs, Bolton raconte qu’en marge d’un sommet du G20 à Osaka, Donald Trump a « détourné » la conversation avec le président chinois Xi Jinping « vers la prochaine élection présidentielle » en plaidant auprès de Xi « pour qu’il fasse en sorte qu’il l’emporte », selon les extraits publiés simultanément par le Wall Street Journal, le New York Times et le Washington Post

Lors de cette rencontre en juin 2019, le président américain « a souligné l’importance des agriculteurs et de l’augmentation des achats chinois de soja et de blé sur le résultat de l’élection », écrit dans ses mémoires le faucon républicain.

L’indignation de Biden 

Interrogé au sujet de ces révélations, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a affirmé jeudi que Pékin avait « toujours respecté le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures » d’autres pays.

« Nous n’avons pas l’intention de nous ingérer dans la politique américaine interne et les élections, et ne le ferons pas », a ajouté le porte-parole.

« Les conversations de Trump avec Xi reflètent non seulement les incohérences de sa politique commerciale mais aussi l’interconnexion dans l’esprit de Trump entre ses propres intérêts politiques et l’intérêt national américain », souligne Bolton.

Cette conversation de Donald Trump et « d’innombrables autres » ont « confirmé un comportement fondamentalement inacceptable qui érode la légitimité même de la présidence », accuse-t-il. 

« Pourquoi a-t-il à plusieurs reprises loué le gouvernement chinois et le président Xi alors même que le coronavirus se propageait ? Parce qu’il voulait pouvoir parler d’un accord commercial avec la Chine pendant sa campagne de réélection », s’est indigné Joe Biden.

John Bolton évoque aussi la procédure de destitution lancée au Congrès américain par les démocrates contre Donald Trump fin 2019 : s’ils « n’avaient pas été à ce point obsédés » par l’affaire ukrainienne et avaient pris en compte plus largement sa politique étrangère, l’issue « aurait pu être bien différente ». 

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Bolton avait pourtant refusé de témoigner à la Chambre des représentants, à majorité démocrate. Mais de premiers extraits de ses mémoires avaient fait irruption avec fracas dans le procès en destitution en janvier.   

Le président américain a ensuite été acquitté par le Sénat, à majorité républicaine.

Alors que d’influents sénateurs républicains dénoncent sans relâche la Chine, John Bolton écrit que, toujours à Osaka en 2019 : « uniquement en présence des interprètes, Xi avait expliqué à Trump pourquoi, en gros, il construisait des camps de concentration [où sont enfermés de nombreux Ouïghours] dans le Xinjiang. Selon notre interprète, Trump a dit que Xi devait continuer à construire ces camps, dont Trump pensait que c’était exactement la bonne chose à faire. » 

Selon le Washington Post, John Bolton s’était inquiété, auprès du ministre de la Justice Bill Barr, « de la volonté de Trump de rendre des services à des autocrates », dont le président turc Recep Tayyip Erdoğan.

Selon Bolton, le président turc lui aurait demandé de l’aide pour une entreprise dans le collimateur des autorités judiciaires américaines. Trump lui aurait répondu qu’il ne pouvait rien faire dans l’immédiat car le procureur de Manhattan avait été nommé par Barack Obama, mais qu’il réglerait le problème plus tard.

Le président américain a ensuite choisi un nouveau procureur, Geoffrey Berman, qui a finalement inculpé la banque turque Halkbank malgré les pressions du ministère de la Justice, affirme CNN. Bolton accuse également le président américain d’avoir levé les sanctions contre le groupe de télécoms chinois ZTE comme monnaie d’échange pour négocier un accord commercial avec Pékin.

Pompeo : « He is so full of shit »

Les responsables de l’administration Trump oscillaient, d’après l’ex-conseiller, entre profonde inquiétude et moqueries. Dans un mot glissé à John Bolton lors du sommet historique entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en 2018, le secrétaire d’État Mike Pompeo aurait ainsi écrit : « Il ne raconte que des conneries » (« He is so full of shit »).

La nouveauté est que Bolton dresse « le portrait d’un président prêt à conformer la politique étrangère à ses projets personnels »

Pompeo aurait par la suite indiqué que les négociations de Trump avec Kim Jong-un n’avaient « aucune chance d’aboutir ». Le président américain aurait ensuite demandé à son secrétaire d’État d’offrir en cadeau à Kim Jong-un un CD « Rocket Man » dédicacé par Elton John – en référence au surnom que Donald Trump avait donné au leader nord-coréen lors des tensions nucléaires.

Mais Kim Jong-un avait snobé Pompeo lors de son voyage, préférant aller inspecter un champ de pommes de terre. Selon Bolton, « donner ce CD à Kim est resté une priorité [de Trump] pendant plusieurs mois ».

« Ce n’est pas la première fois qu’un ancien conseiller de Donald Trump livre des anecdotes sur un président apparemment peu intéressé par les détails de la gouvernance et ignorant des principes de base de la politique étrangère », fait remarquer la BBC. Mais la nouveauté est que Bolton dresse « le portrait d’un président prêt à conformer la politique étrangère à ses projets personnels ».

Les fuites dans la presse surviennent au lendemain de l’annonce d’une action en justice de l’administration Trump pour tenter de bloquer la parution de cet ouvrage catapulté au sommet des ventes sur le site Amazon. Elle a engagé mercredi une nouvelle action en urgence avant la parution, prévue le 23 juin.