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En Égypte, le dernier film panarabe de Netflix déclenche la colère des conservateurs

Trois jours après sa sortie, Ashab wala Aâz, qui raconte un jeu entre amis qui tourne mal, figure en tête des dix films les plus regardés sur Netflix dans le monde arabe
Cette intrigue a déjà fait le succès de plusieurs remakes du film italien d’origine, tant le suspense et l’attente de la catastrophe imminente tiennent en haleine le spectateur. Un pari réussi vu l’audimat déjà réalisé par la dernière version que propose Netflix (capture d’écran)
Cette intrigue a déjà fait le succès de plusieurs remakes du film italien d’origine, tant le suspense et l’attente de la catastrophe imminente tiennent en haleine le spectateur. Un pari réussi vu l’audimat déjà réalisé par la dernière version que propose Netflix (capture d’écran)
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Seriez-vous du genre à partager tous vos secrets avec vos proches ? Oseriez-vous être transparent sur tout ce que vous recevez ou échangez sur votre smartphone ?

Voilà l’idée de On se connaît… ou pasPerfect Strangers en anglais ou Ashab wala aâz (plus que des amis) en arabe –, première production panarabe en long-métrage de Netflix, dix-septième remake du film italien Perfetti Sconosciuti de Paolo Genovese (2016).

En moins de 24 heures après son lancement jeudi 20 janvier sur Netflix, le film réalisé par le Libanais Wissam Smayra s’est classé en tête du top 10 des films les plus vus sur la plateforme au Liban et en Égypte.

Lors d’une soirée entre amis – trois couples, deux libanais et un égyptien, formés de Nadine Labaki/Georges Khabbaz, Diamand Abou Abboud/Adel Karam, Mona Zaki-Eyad Nassar, ainsi que Fouad Yammine, l’ami célibataire supposé venir avec sa copine – en pleine éclipse lunaire, un jeu s’engage entre les convives. La règle : poser tous les téléphones sur la table et rendre public tout ce qu’ils reçoivent : appels, messages vocaux, SMS, emails, photos…

Peut-on sortir indemne d’un tel pari ? Les couples tiendront-ils ? Les amis n’avaient-ils aucun secret les uns pour les autres malgré des années d’intimité ? Connaît-on vraiment l’être cher ?

Cette intrigue a déjà fait le succès de plusieurs remakes du film italien d’origine, tant le suspense et l’attente de la catastrophe imminente tiennent en haleine le spectateur. Un pari réussi vu l’audimat déjà réalisé par la dernière version que propose Netflix.

« Un film qui encourage la pornographie »

Mais le film de Wissam Smayra n’a pas seulement fait parler de lui pour son scénario et sa réalisation, ou pour son classement comme premier « Netflix original film ».

Encore une fois, les polémiques qui collent aux créations évoquant l’amour ou l’intimité dans le monde arabe se sont enclenchées.

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Le député égyptien Mustapha Bakri s’est insurgé dans une émission de télévision : « Le film contient vingt expressions à connotation sexuelle et parle de l’homosexualité alors que cette dernière est une grave dérive morale dans nos sociétés orientales et beaucoup ont été condamnés par la justice pour homosexualité […] Nous voulons nous protéger et protéger nos familles loin des libertés individuelles. »

Comble de l’ironie, en 2016, le prix du meilleur scénario au Festival du film du Caire avait été décerné à... Perfect Strangers !

L’avocat égyptien Ayman Mahfoudh a également saisi le ministère de la Culture avant de déposer une plainte pour interdire toute diffusion publique du film en Égypte.

L’avocat cite des articles de loi liés à la protection des mœurs et de l’ordre public, dénonçant une « œuvre qui empoisonne la société à travers des scènes et des expressions » et qui « enracine l’idée d’une liberté sexuelle absolue, sans aucune réglementation ».

L’actrice égyptienne Mona Zaki a été particulièrement attaquée sur les réseaux sociaux pour une scène où elle enlève sa culotte, sans aucune nudité à l’écran.

« Tout ce dont il parle existe bel et bien dans nos sociétés, n’en déplaise à ceux qui préfèrent l’ignorer, se taire ou attaquer »

- Khaled Ali, grande figure de la gauche égyptienne

L’ampleur des critiques, assorties de menaces contre la comédienne, a poussé le syndicat égyptien des acteurs à réagir pour défendre Mona Zaki, rappelant « la protection de la liberté de la création dans un État civil » et refusant « toute menace verbale ou tentative de terroriser un artiste égyptien ».

Cette réaction a provoqué la colère du parti salafiste égyptien Hizb an-Nour, qui s’étonne que le syndicat des acteurs puisse « défendre un film qui encourage la pornographie et les relations extraconjugales ».

Mona Zaki a également réagi aux attaques, considérant qu’on « devrait fêter ceux qui réussissent et non pas ressentir de la colère contre le succès ».   

Plusieurs comédiens et artistes ont apporté leur soutien à l’actrice, comme Ahmed Fahmi, Dina et Carole Samaha. L’actrice Ilham Chahine considère d’ailleurs qu’« il y a juste de l’audace dans les dialogues, et d’ailleurs, ces dialogues sont réalistes et peuvent très bien se dérouler entre amis, je ne vois vraiment pas où est le problème ! ».

« C’est un film courageux et original », écrit sur Facebook Khaled Ali, grande figure de la gauche égyptienne, ajoutant : « Tout ce dont il parle existe bel et bien dans nos sociétés, n’en déplaise à ceux qui préfèrent l’ignorer, se taire ou attaquer ».