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Netflix annule la production d’une série turque à la suite d’un litige sur un personnage LGBTQI+

Des membres de l’équipe d’If Only affirment que les autorités turques ont refusé de délivrer une licence de tournage en raison de la présence d’un personnage LGBTQI+ dans une nouvelle série
L’équipe de If Only (Instagram)
L’équipe de If Only (Instagram)

Netflix a annulé la production d’une série après le refus par le gouvernement turc d’accorder une licence de tournage. En cause : la présence d’un personnage LGBTQI+ dans le script.

If Only, dont le tournage devait commencer la semaine dernière, racontait l’histoire d’une mère de jumeaux vivant un mariage malheureux, transportée plusieurs années en arrière, la nuit où son mari l’a demandée en mariage.

Bien qu’il n’y ait pas eu de véritables scènes d’intimité entre personnes du même sexe, le litige avec le gouvernement a poussé la direction de Netflix à annuler la production plutôt que d’enlever le personnage gay, a déclaré au Financial Times une source proche de l’affaire.

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« En raison d’un personnage gay, l’autorisation de filmer la série n’a pas été accordée et c’est très effrayant pour l’avenir », a déclaré Ece Yörenç, une des scénaristes, interrogé par le site web Altyazi Fasikül consacré au cinéma turc.

Netflix a produit son premier programme original en langue turque, The Protector, en 2018.

Celui-ci a été visionné par environ dix millions d’abonnés, ce qui a incité Netflix à commander davantage de productions en Turquie, notamment trois en 2020, dont If Only devait faire partie.

Selon un porte-parole de Netflix, la société américaine reste « engagée auprès de [ses] membres turcs et de la communauté créative en Turquie ».

« Nous sommes fiers des talents incroyables avec lesquels nous travaillons. Nous avons actuellement plusieurs programmes originaux turcs en production – et d’autres sont à venir – et nous sommes impatients de partager ces histoires avec nos membres du monde entier », a indiqué le porte-parole dans un communiqué.

« Devons-nous bénir tout ce que fait Netflix ? »

Avant l’annonce de ce lundi, un litige similaire est survenu au sujet de la série Netflix Love 101, qui a fait l’objet d’appels au boycott en avril à la suite de rumeurs selon lesquelles l’un de ses personnages était gay.

Le tollé suscité par la représentation de la communauté LGBTQI+ a reçu un accueil mitigé en Turquie.

S’adressant à la journaliste Ayşegül Doğan la semaine dernière, l’actrice Beren Saat a balayé d’un revers de main l’idée selon laquelle les contenus LGBTQI+ « encouragent l’homosexualité ».

« Même si vous fermez Netflix, il y aura toujours des homosexuels et nous continuerons de les accepter, de les aimer et de raconter leurs histoires », a-t-elle soutenu.

Mahir Ünal, porte-parole du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie, a déclaré dimanche que le gouvernement avait soulevé des problèmes avec certains scripts de Netflix.

« Devons-nous nous excuser collectivement auprès de Netflix ? » a-t-il affirmé d’après le Financial Times. « Que veulent-ils de nous ? Devons-nous bénir tout ce que fait Netflix, trouver tout cela convenable et sanctifier tout cela ? N’y a-t-il pas de sujets pour lesquels nous avons le droit d’émettre des réserves ? »

Précédemment, Ünal avait également évoqué des pressions exercées par le gouvernement sur les producteurs de Love 101 pour qu’ils retirent le personnage gay de la série.

Des controverses suite à des propos homophobes

Le litige avec Netflix n’est que le dernier chapitre en date d’un conflit de plusieurs mois sur la question des droits des LGBTQI+ en Turquie, sans doute déclenché par une controverse très médiatisée autour de propos anti-LGBT formulés par le président de la Direction turque des affaires religieuses.

L’homosexualité « apporte des maladies et corrompt les générations », a déclaré Ali Erbaş dans un de ses sermons.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a défendu Erbaş, affirmant que les critiques à son égard étaient une « attaque délibérée contre l’islam ».

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À la suite de ces propos, plusieurs associations de défense des droits ont déposé des plaintes pénales contre Erbaş, ce qui a entraîné une passe d’armes toujours d’actualité entre les organisations et le gouvernement, qui a tenté de restructurer les associations juridiques établies depuis longtemps.

Bien que l’homosexualité n’ait jamais été illégale en Turquie, elle n’est pas communément acceptée et les responsables du gouvernement ont souvent formulé des propos homophobes et jugé les pratiques homosexuelles étrangères à la culture turque.

Les marches pour la fierté à Istanbul ont commencé en 2003, mais ces dernières années, elles ont été interdites et interrompues par l’emploi de canons à eau et de gaz lacrymogène.

Selon un sondage publié en juin par Pew Research, 25 % des personnes en Turquie pensent que l’homosexualité devrait être acceptée par la société – contre seulement 9 % en 2013 –, alors que 57 % affirment le contraire.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.