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Municipales en Turquie : cinq choses à savoir

Ce dimanche 31 mars, 61 millions d’électeurs turcs sont appelés aux urnes pour élire leurs maires, un scrutin dont le président Recep Tayyip Erdoğan a annoncé qu’il serait le dernier organisé sous son autorité
« Istanbul est le joyau, le trésor, la prunelle des yeux de notre nation », a déclaré Recep Tayyip Erdoğan lors d’un meeting dans la ville à sept jours des élections municipales du 31 mars (Yasin Akgul/AFP)
« Istanbul est le joyau, le trésor, la prunelle des yeux de notre nation », a déclaré Recep Tayyip Erdoğan lors d’un meeting dans la ville à sept jours des élections municipales du 31 mars (Yasin Akgul/AFP)
Par AFP

Les Turcs votent ce 31 mars pour choisir leurs maires, un scrutin d’abord vu par certains électeurs comme un vote pour ou contre le président Recep Tayyip Erdoğan, déterminé à reprendre son « joyau », Istanbul

À 70 ans, dont 21 au pouvoir, Erdoğan a jeté toute sa stature d’homme d’État dans la campagne, labourant son pays de 85 millions d’habitants aux côtés des candidats de son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur).

Cinq choses à savoir sur ces élections :

Une élection à tiroirs

Les habitants des grandes villes du pays éliront leur maire mais aussi leurs conseillers municipaux, leur maires d’arrondissement et leur muhtar, sorte de chef de quartier.

À Istanbul, où les électeurs auront le choix entre 49 candidats pour le fauteuil de maire, le bulletin de vote mesure 97 centimètres de large, selon la commission électorale.

Istanbul, « trophée » convoité

Seize millions d’habitants, 30 % du produit du Produit intérieur brut (PIB) et un tremplin vers le pouvoir : passée aux mains de l’opposition en 2019 au terme d’une âpre élection en deux actes, Istanbul est « le plus gros trophée de la politique turque », résume Berk Esen, politiste à l’université Sabancı d’Istanbul.

La principale ville de Turquie, qui a perdu son rang de capitale au profit d’Ankara en 1923, est une immense vitrine politique dont le président Recep Tayyip Erdoğan, maire d’Istanbul dans les années 1990, a tiré profit pour se forger un destin national.

Face au maire sortant Ekrem İmamoğlu, le parti AKP (islamoconservateur) au pouvoir présente un ancien ministre peu charismatique, Murat Kurum, dont la défaite n’entamerait pas le crédit du chef de l’État.

Scrutin à risque pour Erdoğan ?

Selon les enquêtes d’opinion, Istanbul et Ankara devraient rester aux mains du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale formation d’opposition qui les avait conquises il y a cinq ans.

Izmir, troisième ville du pays et bastion du CHP, semble rester hors de portée de l’AKP.

Des partisans brandissent des drapeaux alors qu’ils se rassemblent pour écouter le maire d’Istanbul du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition de centre-gauche, prononcer un discours à la veille des élections municipales, à Istanbul, le 30 mars 2024 (AFP)
Des partisans brandissent des drapeaux alors qu’ils se rassemblent pour écouter le maire d’Istanbul du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition de centre-gauche, prononcer un discours à la veille des élections municipales, à Istanbul, le 30 mars 2024 (AFP)

Le parti au pouvoir pourrait par ailleurs reculer dans plusieurs grandes villes d’Anatolie au profit d’une formation ultraconservatrice (Yeniden Refah), prédisent des analystes qui ont noté une moindre affluence aux meetings tenus en présence du chef de l’État, possiblement à cause du jeûne du Ramadan.

Cependant, donné en mauvaise posture avant la présidentielle de mai 2023, Erdoğan avait été réélu avec 52,2 % des voix.

Une « dernière » pour le « Reis » ? 

Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre puis comme président à partir de 2014, Recep Tayyip Erdoğan a annoncé début mars que ces municipales seraient les « dernières élections » organisées sous son autorité, la Constitution actuelle ne l’autorisant pas à briguer un nouveau mandat, sauf en cas d’élection anticipée.

Des observateurs spéculent sur ces déclarations du président, qui a fêté ses 70 ans fin février : adieu sincère ou manœuvre destinée à convaincre les Turcs d’accorder une dernière fois leur blanc-seing à son parti ?

Dans un pays confronté à 67 % d’inflation officielle sur douze mois et au dévissage de sa monnaie (passée de 19 à 31 livres pour un dollar en un an), l’opposition peut espérer que les électeurs donnent  un avertissement au gouvernement.

« Si İmamoğlu parvient à se maintenir, il aura gagné sa bataille au sein de l’opposition pour s’imposer » comme chef de file pour la prochaine présidentielle, note Bayram Balci, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)-Sciences Po à Paris.

Mais à l’inverse, « s’il arrive à regagner Istanbul et Ankara, Erdoğan y verra un encouragement à modifier la Constitution pour se représenter en 2028 » et briguer un quatrième mandat, relève-t-il.

Le vote kurde

Les voix des Kurdes, qui représentent un cinquième environ des 85 millions d’habitants de Turquie, selon des estimations, sont cette année encore très convoitées.

Dans le sud-est à majorité kurde, le parti pro-kurde de l’Égalité des peuples et de la démocratie (DEM, ex-HDP), troisième force au Parlement, devrait rafler de nombreuses villes, malgré une percée attendue du Hüda Par, un parti kurde d’extrême droite.

Ailleurs dans le pays, une part significative des électeurs kurdes pourrait se ranger derrière le CHP afin de faire barrage à l’AKP, selon des enquêtes d’opinion.

Par ailleurs, la révocation de nombreux maires pro-kurdes élus en 2019, remplacés par des kayyums, des administrateurs désignés par le pouvoir, risque de dissuader des électeurs de se déplacer, selon des observateurs.

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