Aller au contenu principal

Maroc : les mariages de mineures sont chaque année en hausse

Les tribunaux marocains enregistrent toujours plus de demandes de dérogation pour des mariages précoces
Une étude de terrain montre que ces mariages sont surtout motivés par les conditions sociales difficiles rencontrées par certaines familles (AFP)
Une étude de terrain montre que ces mariages sont surtout motivés par les conditions sociales difficiles rencontrées par certaines familles (AFP)
Par MEE

Selon le journal Al-Quds al-Arabi, basé à Londres, qui a pu consulter une copie du rapport sur la justice familiale au Maroc, réalisé par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, les tribunaux marocains enregistrent de plus en plus de mariages précoces.

Entre 2017 à 2021, un total de 128 391 demandes d’autorisation de mariage de mineures ont été déposées, soit 25 678 demandes par an.

Le Maroc a ratifié la Convention des droits de l’enfant et, selon le code de la famille en vigueur depuis 2004, la capacité matrimoniale ne s’acquiert, pour la femme et pour l’homme, qu’à 18 ans révolus. Mais le législateur laisse au juge le pouvoir de passer outre cette disposition sous certaines conditions.

« Le juge de la famille chargé du mariage peut autoriser le mariage du garçon et de la fille avant l’âge de la capacité matrimoniale […] par décision motivée précisant l’intérêt et les motifs justifiant ce mariage. Il aura entendu, au préalable, les parents du mineur ou son représentant légal. De même, il aura fait procéder à une expertise médicale ou à une enquête sociale », indique l’article 20 de la Moudawana (code du statut personnel).

Le rapport indique que tous les jugements n’ont pas été acceptés par les tribunaux, ce qui a entraîné une diminution du pourcentage des demandes de mariage précoce, qui représentent 5 % du total des demandes de mariage soumises aux tribunaux.

Maroc : vers la criminalisation du mariage des mineures ?
Lire

Ainsi, un peu plus de 11 000 mariages avec des mineures ont été approuvés chaque année.

Mais le rapport souligne par ailleurs que les statistiques mentionnées ne reflètent pas nécessairement le nombre réel de mariages précoces, car tous les mariages ne sont pas enregistrés par les tribunaux.

Cet été, le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi s’était emporté contre ce phénomène en hausse, jugeant « inconcevable qu’une fille soit privée de sa scolarité et de son enfance » et qualifiant le mariage précoce de « viol ».

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE), une institution constitutionnelle indépendante qui assure des missions consultatives auprès du gouvernement et du Parlement, n’a cessé, depuis plusieurs années, de tirer la sonnette d’alarme sur la persistance de ces mariages.

Cependant, une réforme du code de la famille pourrait ne pas être accueillie avec enthousiasme par les franges les plus conservatrices de la société.

Inquiétudes après le séisme

Une étude de terrain préparée par le bureau du procureur général sur le sujet montre que ces mariages sont surtout motivés par les conditions sociales difficiles rencontrées par certaines familles.

« Le mariage des mineures est plus répandu dans les milieux pauvres et vulnérables, caractérisés principalement par l’analphabétisme et l’ignorance, et généralement limités en matière de revenus et aux activités du secteur informel », souligne Al-Quds al-Arabi. Le problème du décrochage scolaire est par exemple considéré comme la principale cause des mariages précoces de jeunes filles.

« Cela pousse les familles appartenant à ces milieux à marier les jeunes filles dans le but de réduire les dépenses qui leur sont associées ou de chercher à obtenir des revenus supplémentaires, par exemple à travers les cadeaux reçus après le mariage. »

Après le séisme qui a frappé le sud-ouest du Maroc le 8 septembre, faisant près de 3 000 morts, les défenseurs des droits s’étaient d’ailleurs inquiétés d’une recrudescence de posts publiés sur les réseaux sociaux promouvant le mariage des mineures.

Autre constat de l’étude de terrain : les milieux où de nombreux cas de mariages précoces sont enregistrés adhèrent aux stéréotypes traditionnels qui limitent le rôle des femmes à la maison et aux soins des enfants.

Les données statistiques du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire indiquent aussi que plus la stabilité, l’entente et l’équilibre sont absents au sein de la famille, plus il est probable (74,30 %) qu’une jeune fille soit mariée précocement.

Middle East Eye propose une couverture et une analyse indépendantes et incomparables du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et d’autres régions du monde. Pour en savoir plus sur la reprise de ce contenu et les frais qui s’appliquent, veuillez remplir ce formulaire [en anglais]. Pour en savoir plus sur MEE, cliquez ici [en anglais].