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Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz au Maroc en pleine tension entre Rabat et Alger

La signature d’un accord de défense entre Israël et le Maroc ne manquera pas de susciter les inquiétudes – et la colère – de l’Algérie
Un accord-cadre sur les futures relations sécuritaires entre Israël et le Maroc sera signé à l’occasion de la visite du ministre de la Défense israélien à Rabat (AFP/Emmanuel Dunand)
Un accord-cadre sur les futures relations sécuritaires entre Israël et le Maroc sera signé à l’occasion de la visite du ministre de la Défense israélien à Rabat (AFP/Emmanuel Dunand)

Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz se rend ce mardi soir au Maroc, une première visant à renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays, un an après la normalisation de leurs relations et en pleine tension entre Alger et Rabat sur le Sahara occidental.

Depuis la reprise, l’an dernier, des relations diplomatiques entre les deux pays, un conseiller à la sécurité et le chef de la diplomatie israélienne se sont rendus au Maroc pour des entretiens, mais il s’agit de la première fois qu’un ministre de la Défense d’Israël mène une visite officielle au royaume.

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Gantz, qui s’envole mardi soir de Tel Aviv et quittera le Maroc jeudi, doit signer sur place un accord visant à « établir la pierre d’assise des relations sécuritaires futures entre Israël et le Maroc », a indiqué à l’AFP une source au fait de cette visite, précisant qu’un accord cadre à ce sujet allait être signé. 

« Jusqu’à présent, il y avait une certaine coopération, mais là, nous allons vraiment la formaliser. C’est une déclaration publique de notre partenariat », a ajouté ce responsable.     

Les deux pays avaient établi des relations diplomatiques au début des années 1990, avant que le Maroc n’y mette fin au début de la Seconde intifada, le soulèvement palestinien du début des années 2000.   

Israël et le Maroc ont rétabli des relations en décembre dernier dans le cadre des « Accords d’Abraham », processus de normalisation des relations entre Israël et des pays arabes soutenu par l’administration Trump. 

Blinken en soutien du plan marocain pour le Sahara occidental

Washington avait reconnu du même souffle la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, territoire disputé avec les indépendantistes sahraouis du Front Polisario soutenus par l’Algérie.

D’ailleurs, lundi, la veille de la visite de Gantz, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a apporté un soutien appuyé au plan du Maroc pour le Sahara occidental, qu’il a jugé « sérieux » et « crédible ».

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a apporté un soutien appuyé au plan du Maroc pour le Sahara occidental, qu’il a jugé « sérieux » et « crédible »

« Le secrétaire d’État a souligné que nous continuons de considérer le plan d’autonomie du Maroc comme sérieux, crédible et réaliste, porteur d’une approche qui peut potentiellement satisfaire les aspirations du peuple du Sahara occidental », a déclaré son porte-parole, Ned Price, à l’issue d’une rencontre entre Antony Blinken et son homologue marocain Nasser Bourita à Washington.

Face au plan d’autonomie défendu par Rabat, l’ONU préconise l’organisation d’un référendum pour que la population sahraouie puisse exercer sont droit à l’autodétermination.

Les deux hommes ont « exprimé leur ferme soutien » au nouvel émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, chargé d’un difficile processus de négociations, selon le communiqué américain.

Antony Blinken et Nasser Bourita ont également discuté de « l’approfondissement des relations entre le Maroc et Israël », en amont du premier anniversaire de leur rapprochement, le 22 décembre.

La visite de Benny Gantz intervient également alors qu’Alger a rompu, en août, ses relations avec Rabat en raison « d’actions hostiles » du royaume et que le Front Polisario a décidé vendredi d’« intensifier » sa lutte armée contre le Maroc au Sahara occidental.

La visite de Benny Gantz est l’occasion pour le royaume chérifien de « renforcer son ‘’hard-power’’ dans un contexte régional tendu [entre l’Algérie et le Maroc] », écrit l’hebdomadaire marocain Tel Quel.

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Pour Bruce Maddy-Weitzman, spécialiste des relations israélo-marocaines à l’université de Tel Aviv, la première visite d’un ministre israélien de la Défense au Maroc en pleine tension entre les deux poids lourds du Maghreb ne semble pas tenir de la pure coïncidence.

« Il est possible que dans un contexte de tension Algérie/Maroc, les Marocains désirent montrer au monde — à leur propre population, à leurs rivaux algériens et à l’Occident — qu’ils approfondissent leurs relations avec Israël, avec tout ce que cela implique », souligne-t-il.

La société israélienne Ratio Petroleum avait annoncé récemment un partenariat avec Rabat pour l’exploration d’hydrocarbures au large de Dakhla, au Sahara occidental. Et Israël est aussi l’un des principaux exportateurs au monde de drones armés et de logiciels de sécurité comme Pegasus de la société NSO.

« Le Maroc n’a pas abandonné la cause palestinienne »

Or les ventes de drones armés et de certaines technologies de pointe, à l’instar du logiciel-espion Pegasus, doivent être approuvées par le ministère de la Défense dirigé par Benny Gantz.

Selon des informations publiées cet été par un consortium de médias, un numéro de portable du président français Emmanuel Macron figurait sur la liste de ceux visés par un service de sécurité de l’État marocain, accusé d’avoir eu recours au logiciel espion Pegasus. 

« La plupart des pays dans la région ne veulent plus être otages de [la] cause [palestinienne] »

- Bruce Maddy-Weitzman, spécialiste des relations israélo-marocaines

Dans la foulée de cette affaire, Gantz avait rencontré son homologue française à Paris pour l’assurer qu’Israël prenait au « sérieux » ces allégations. Le Maroc nie catégoriquement, de son côté, avoir acheté ce logiciel et a annoncé avoir déposé des plaintes pour « diffamation » contre des médias. 

Interrogée par l’AFP, une porte-parole de Benny Gantz n’a pas dit si la question de NSO ou de la vente de technologies militaires allait être abordée au cours de cette visite.

Selon différentes ONG, Pegasus a d’ailleurs aussi été retrouvé cet automne dans des téléphones portables de militants palestiniens, dont la cause continue de mobiliser une partie de la société civile marocaine hostile à la normalisation avec Israël. 

Pour Bruce Maddy-Weitzman, « le Maroc n’a pas abandonné la cause palestinienne […] mais a beaucoup d’autres intérêts, beaucoup d’autres bénéfices à tirer d’un recalibrage » de ses relations. « La plupart des pays dans la région ne veulent plus être otages de cette cause, ils veulent prioriser leurs propres intérêts et Israël a beaucoup à leur offrir », estime-t-il.

Comment Alger va réagir ?

La visite inédite du ministre de la Défense israélien au Maroc n’a, pour l’instant, pas suscité de réactions algériennes. Alger avait condamné les déclarations du chef de la diplomatie israélien, Yaïr Lapid, lors de sa visite au Maroc mi-août, lors de laquelle il avait exprimé son « inquiétude au sujet du rôle joué par l’Algérie dans la région, son rapprochement avec l’Iran et la campagne qu’elle a menée contre l’admission d’Israël en tant que membre observateur de l’Union africaine [un retour acté en juillet] ».

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Les relais médiatiques officiels ont toutefois commenté la visite de Gantz. L’agence algérienne étatique, APS, a, par exemple, fait parler le politologue palestinien Salah Aouadh, qui estime que « la visite officielle du ministre israélien [au Maroc] s’inscrit dans la concrétisation des conventions stratégiques entre le gouvernement marocain et l’entité sioniste qui veille actuellement à œuvrer à accélérer la cadence de ses tentatives visant à porter atteinte à la sécurité et la stabilité de la région ».

« Depuis l’annonce en début de semaine de cette visite de Benny Gantz à Rabat, la presse algérienne, l’agence officielle en tête, en fait des choux gras. Des inconnus, présentés comme étant des écrivains, des experts et des analystes, sont invités à déballer toute la haine que vouent les généraux en manque de légitimité au Royaume », a commenté pour sa part le site d’information marocain Hespress.

Par ailleurs, l’APS a répercuté une information du quotidien espagnol El español évoquant le projet de construction d’une base israélienne au nord du Maroc. Selon ce journal, « le Maroc [va] signer un accord avec l’entité sioniste sur l’établissement d’une base militaire dans la ville d’Afsous à Nador au nord du Royaume, près de l’aéroport international de Laroui au sud de Melilla, ce qui a suscité les inquiétudes des autorités espagnoles ».