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Maroc : le comité de soutien à Omar Radi exige que le journaliste soit poursuivi en état de liberté

Le collectif de soutien à Omar Radi appelle à « la fin de l’appropriation sélective et ponctuelle des combats féministes par les autorités du pays »
Les enquêtes ont souvent valu à Omar Radi l’hostilité des autorités du pays (Twitter)
Les enquêtes ont souvent valu à Omar Radi l’hostilité des autorités du pays (Twitter)
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Créé dès l’incarcération du journaliste marocain à la prison de Oukacha, à Casablanca, le 29 juillet, le comité de soutien à Omar Radi a exigé que le journaliste soit « poursuivi en état de liberté, notamment par respect de la présomption d’innocence, et en raison de son état de santé ».

#FreeOmarRadi !!!!

(English subtitles available/ Sous-titres en français disponibles) Le journaliste Omar Radi est poursuivi pour : atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, attentat à la pudeur et viol. Plus que jamais nous appelons à la fin de cette mascarade. Vidéo tournée avant son arrestation. ----- The journalist Omar Radi is persued for : posing a threat to the internal and external security of the State, indecent assault and rape. Now, we are claiming the end of this masquerade more than ever. This tape was filmed before his arrest. ----- الصحفي عمر الراضي متابع بتهم: المس بالسلامة الداخلية الخارجية للدولة، هتك العرض و الاغتصاب. ندعو أكثر من أي وقت مضى إلى وضع حد لهذه المهزلة. فيديو مسجل قبل اعتقاله.

Posted by Free Omar Radi on Wednesday, July 29, 2020

« Épuisé sur les plans physique et moral, soumis pendant plus d’un mois à un intense harcèlement judiciaire, Omar Radi entre en prison fatigué et affaibli », précise ce comité dans un communiqué dont Middle East East a obtenu une copie. « Souffrant d’asthme sévère et de la maladie de Crohn, devant à ce titre bénéficier d’un suivi médical constant, il fait partie de la population à haut risque d’atteinte par des formes graves du COVID-19 », avertissent les auteurs de l’appel.

L’acharnement des autorités contre Omar Radi

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Juin 2020. Une campagne de diffamation ciblant Omar Radi est enclenchée par des sites d’information réputés proches des autorités marocaines.

17 juin 2020. Le média Chouf TV, qui jouera un rôle clé dans l’arrestation d’Omar Radi, l’accuse déjà, sans preuve et sur le ton de la menace, de viol et de réception de fonds étrangers, préfigurant les charges qui seront retenues contre lui plus tard.

22 juin 2020. Amnesty International rend public un rapport – partagé en avant-première avec dix-sept médias internationaux – révélant que le téléphone d’Omar Radi était espionné avec le logiciel Pegasus, produit par la firme israélienne NSO.

24 juin 2020. Deux jours après les révélations d’Amnesty International, le procureur général du roi, à la cour d’appel de Casablanca, annonce l’ouverture d’une enquête visant Omar Radi « sur son implication présumée dans une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en lien avec des services de renseignement ».

Dans la foulée, suit une large campagne visant Amnesty International, à laquelle participent médias réputés proches des autorités, gouvernement et Parlement marocain, dans l’objectif de discréditer l’organisation ainsi que son travail.

Dans le cadre de cette enquête, Omar Radi reçoit des convocations répétitives de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), à raison de deux par semaine en moyenne.

2 juillet 2020. Lors d’un point de presse réunissant trois ministres (Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, Saaid Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, porte-parole du gouvernement, et Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des Droits de l’homme et des Relations avec le Parlement) et dédié en partie au rapport d’Amnesty International, Omar Radi découvre qu’il est « soumis à une enquête judiciaire pour atteinte présumée à la sécurité de l’État, en raison de [ses] liens avec un officier de liaison d’un pays étranger » .

5 juillet 2020. Omar Radi est interpellé en compagnie de son collègue Imad Stitou suite à une altercation avec deux employés de Chouf TV. Après une nuit de garde à vue, Omar Radi est accusé d’ivresse sur la voie publique, insultes, enregistrement vidéo d’une personne sans son consentement et faits de violence que les différentes vidéos de l’altercation, notamment filmée par Chouf TV, n’ont pas pu établir. Son collègue est également poursuivi. Leur procès est prévu pour septembre 2020.

« Des clusters épidémiques apparaissent épisodiquement dans les prisons marocaines et sont difficiles à contenir en raison de la surpopulation et des conditions de détention », précisent les auteurs du communiqué.

Omar Radi, 34 ans, est poursuivi pour « attentat à la pudeur avec violence et viol » et « réception de fonds étrangers dans le dessein de porter atteinte à la sécurité intérieure de l’État et d’entreprendre des contacts avec des agents de pays étrangers en vue de nuire à la situation diplomatique du Maroc », selon un communiqué du procureur général du roi à la cour d’appel de Casablanca.

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Son procès doit s’ouvrir le 22 septembre 2020.

Journaliste depuis 2008, passé par Atlantic Radio, Le Journal hebdomadaire [fermé par les autorités marocaines], TelQuel, Médias24 et cofondateur des sites Lakome en français [un temps poussé à la fermeture par les autorités marocaines], Le Desk [premier site d’investigation marocain], Omar Radi s’intéresse aux questions liées à l’injustice, à la corruption, aux relations pouvoir/business, aux droits humains et aux mouvements sociaux.

Ses enquêtes lui ont souvent valu l’hostilité des autorités du pays. Il avait été arrêté puis relâché une première fois en 2017, durant la préparation d’un documentaire sur le hirak du Rif.

En décembre 2019, il avait été poursuivi pour un tweet critiquant la condamnation de militants du hirak à de lourdes peines allant jusqu’à vingt ans de prison.

Placé en détention le 26 décembre 2019, puis relâché six jours plus tard à la suite d’une forte mobilisation nationale et internationale, il avait été condamné en mars 2020 à quatre mois de prison avec sursis pour outrage à magistrat, condamnation à laquelle il a fait appel.

Le 26 juillet 2020, Omar Radi a été convoqué par la gendarmerie royale marocaine et a été informé du dépôt d’une plainte pour viol, pour des faits datant de la nuit du 12 au 13 juillet 2020.

Il a été entendu par la gendarmerie royale le 27 juillet 2020 et a réfuté les accusations de viol. « Selon Omar Radi, les relations sexuelles entretenues avec la plaignante, une collègue, ont été consenties, et il a présenté ses preuves aux enquêteurs, comme requis par ces derniers ».

« Bien que toutes les allégations de viol doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies et équitables », écrit Human Rights Watch, « le contexte fait craindre que les deux accusations contre Omar Radi soient une manipulation flagrante du système judiciaire pour réduire un journaliste critique au silence ».

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Les membres du comité de soutien rappellent aussi que « la poursuite de Omar Radi pour viol intervient dans un contexte d’usage accru des crimes sexuels pour discréditer et emprisonner les opposants et les voix critiques ».

« Les poursuites pour crimes sexuels, qui génèrent un discrédit et une condamnation sociale des accusés, interviennent dans ce genre de dossiers comme des ‘’coups de sifflet finaux’’ », écrit un collectif de féministes marocaines dans un texte contre l’instrumentalisation des combats féministes, publié en réaction à la poursuite de Omar Radi. 

« J’ai été victime d’un coup monté savamment orchestré », a écrit Omar Radi dans une communication datée du 28 juillet 2020. Il avait instruit ses proches de ne diffuser ce message que s’il « se trouvait dans l’incapacité de communiquer par ses propres moyens ».

Le collectif de soutien à Omar Radi exige donc « la fin de l’appropriation sélective et ponctuelle des combats féministes par les autorités du pays lorsque celles-ci souhaitent sévir contre des voix critiques » mais aussi la cessation « des campagnes de dénigrement dirigées contre les opposant.e.s et les voix critiques, et la fin de l’impunité dont bénéficient les initiateurs desdites campagnes ».

Le comité appelle les autorités à garantir « les libertés d’opinion, d’expression et de presse, routinièrement bafouées au Maroc et exposant journalistes, leaders d’opinion et citoyen·ne·s ordinaires à des risques de poursuites ».