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Maroc : de gros moyens pour reconquérir 13 millions de touristes

Après deux années de crise sans précédent, le tourisme retrouve peu à peu sa vitalité au Maroc. Pour booster la reprise, les autorités ont lancé une campagne de communication aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient
Des touristes se prennent en photo devant la mosquée Hassan II à Casablanca (AFP/Fadel Senna)
Des touristes se prennent en photo devant la mosquée Hassan II à Casablanca (AFP/Fadel Senna)

Les opérateurs touristiques marocains retrouvent peu à peu le sourire. Après deux années de pandémie, les touristes sont de plus en nombreux à fouler le sol du royaume, qui n’a rouvert ses frontières qu’en février.

Selon une note de la direction du Trésor et des Finances extérieures, le nombre de touristes s’est élevé à 1,5 million fin avril, soit une hausse de 215 % par rapport à la même période en 2021.

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« Fin avril, la reprise était encore timide en comparaison avec 2019, où on avait enregistré, durant les quatre premiers mois, un peu plus de 3,5 millions de touristes. Mais depuis le mois de mai, l’activité a repris beaucoup plus nettement », témoigne à Middle East Eye un hôtelier basé à Marrakech, qui relève une constante croissance du taux d’occupation dans la ville ocre depuis février.

C’est justement pour permettre l’accélération de la reprise que le gouvernement a mis fin, le 17 mai, à l’obligation du test PCR pour accéder au territoire marocain, une mesure réclamée depuis plusieurs mois par les professionnels du secteur.

« Nous sollicitons votre intervention pour convaincre le chef du gouvernement ainsi que les autorités gouvernementales compétentes de la nécessité urgente et absolue de l’assouplissement de la réouverture de nos frontières », avait demandé en mars le président de la Confédération nationale du tourisme (CNT) dans une lettre adressée à la ministre du Tourisme Fatim-Zahra Ammor.

Le document, consulté par MEE, ajoutait : « Le protocole actuel [l’obligation de présenter un test PCR négatif en plus du pass vaccinal] sert nos concurrents directs et indirects comme il pèse sur les prix, la compétitivité et l’attractivité de l’offre nationale et ce, aux dépens de l’emploi, des marges des entreprises et, in fine, du Trésor public. »

Une campagne dans une vingtaine de pays

Le choix du 17 mai pour lever l’obligation du test PCR n’avait ainsi rien de fortuit. Le même jour, Adel El Fakir, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), exposait devant un parterre de tour-opérateurs, à Paris, la nouvelle stratégie du royaume pour reconquérir ses marchés.

« En choisissant cette date pour l’annoncer, le gouvernement tenait à exprimer aux opérateurs sa volonté de les accompagner jusqu’au bout, non seulement en débloquant de nouveaux budgets pour le secteur, mais aussi en facilitant le plus possible l’accès au territoire », explique une source proche de la ministre du Tourisme Fatim-Zahra Ammor.

Tenue à l’hôtel Ritz, la rencontre parisienne était le prélude d’une grande campagne de communication qui s’est poursuivie à Londres et à New York pour vanter les atouts d’un « Maroc, terre de lumière », du nom de l’opération.

Moins d’un mois plus tôt, l’ONMT, appuyé par l’agence de communication française BETC, avait placé des spots publicitaires de la destination dans une vingtaine de villes, notamment en France, en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Israël, au Sénégal ainsi que dans certains pays du Moyen-Orient. Une opération inédite dont le coût est tenu secret par le ministère du Tourisme.

Loin de l’image traditionnelle de la destination Maroc, habituellement focalisée sur Marrakech et les stations balnéaires, l’office du tourisme, dont le directeur est issu du domaine du marketing, veut désormais mettre l’accent aussi bien sur la diversité des paysages que sur la vitalité de la jeunesse et de la scène artistique marocaines.

« Nous sommes fiers, aujourd’hui, l’ensemble des équipes de l’ONMT et moi, d’être les témoins de ce changement de paradigme. Un changement dont l’ambition est de sublimer notre pays, le Maroc, et d’en saisir tous les contrastes », avait-il indiqué dans un communiqué diffusé le 22 avril.

Après un record de 13 millions de touristes enregistré en 2019, les arrivées ont baissé de 71 % en 2021, entraînant l’effondrement des recettes en devises, qui sont passées de quelque 8 milliards de dollars en 2019 à 3,4 milliards l’année dernière.

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Frappé de plein fouet par la pandémie, le secteur, qui contribue à hauteur de 7 % au PIB du pays et emploie plus de 5 % de la population, n’a pu survivre que grâce à l’aide de l’État.

Indemnité forfaitaire de 2 000 dirhams (190 euros) en faveur des salariés mis au chômage technique, report des cotisations sociales, prêts garantis par le gouvernement au profit des établissements touristiques… en deux ans, les caisses du Trésor ont été mises à rude épreuve.

Selon plusieurs sources, le manque à gagner pour la balance des paiements se chiffre à quelque 10 milliards de dollars durant ces deux dernières années.

En janvier, un nouveau plan d’urgence de 2 milliards de dirhams (près de 200 millions de dollars) a encore été approuvé pour, entre autres, permettre aux hôteliers de rénover leurs établissements et former leur personnel en vue d’amorcer la relance du secteur.

Dix villes marocaines desservies par 45 aéroports européens

En quelques mois, le royaume retrouve ainsi peu à peu ses marchés émetteurs de touristes traditionnels. Selon une source de NG Travel, le sixième tour-opérateur en France, le Maroc fait d’ores et déjà partie des destinations les plus prisées, comme la Tunisie.

Un engouement que traduisent aussi les ventes de guides de voyage dans l’Hexagone. Selon BFM TV, citant le directeur éditorial des guides Michelin, le Maroc figure « en tête de gondole » aux côtés de l’Italie et des îles grecques.

L’ONMT aspire ainsi à reconquérir ses 13 millions de touristes – y compris les Marocains résidents à l’étranger – d’ici à 2023. En mars dernier, l’établissement public a conclu un partenariat avec la compagnie Ryanair, qui a augmenté de 54 % son offre, desservant désormais le Maroc depuis 45 aéroports européens vers dix villes marocaines.

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Il en est de même de la filiale low cost d’Air France, Transavia, qui a augmenté le nombre de sièges de 40 % pour accompagner la reprise touristique.

« On sent que le Maroc met tout en œuvre pour que cette saison touristique soit une saison pleine. Sauf dernier rebondissement en raison de la pandémie, toutes les conditions sont réunies pour réaliser un bel été », a déclaré en février Nicolas Henin, directeur général adjoint commercial de Transavia.

En cette haute saison, tous les festivals font aussi leur retour, et avec eux les touristes, à commencer par le célèbre Festival Gnaoua qui, après s’être tenu pendant 25 ans à Essaouira, a eu lieu cette année dans quatre villes différentes.