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Cannes : les acteurs palestiniens protestent contre « l’effacement culturel » de la Palestine

« Nous nous opposons à toutes les formes de répression de la part du régime israélien [empêchant le] peuple palestinien de vivre, être et créer », ont déclaré les douze acteurs principaux du film Let There Be Morning
Scène du film Let There Be Morning du réalisateur Eran Kolirin (Twitter)
Scène du film Let There Be Morning du réalisateur Eran Kolirin (Twitter)
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Les acteurs palestiniens du long-métrage Let There Be Morning ont boycotté le Festival de Cannes qui se tient en ce moment pour protester contre « l’effacement culturel » de la Palestine.

« Nous ne pouvons ignorer la contradiction de l’entrée du film à Cannes sous l’étiquette ‘’film israélien’’ alors qu’Israël continue de mener sa campagne coloniale de plusieurs décennies de nettoyage ethnique, d’expulsion et d’apartheid contre nous, le peuple palestinien », ont déclaré les douze acteurs dans une lettre adressée à la direction du festival.

« Nous résistons à toutes les formes d’oppression coloniale israélienne contre le droit du peuple palestinien à vivre, être et créer », poursuivent les acteurs Alex Bakri, Juna Suleiman, Ehab Elias Salameh, Salim Daw, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Yara Jarrar, Marwan Hamdan, Duraid Liddawi, Areen Saba, Adib Safadi et Sobhi Hosary, qui dénoncent « l’effacement préjudiciable qui est fait aux Palestiniens » lorsque leur travail est catégorisé comme « israélien » dans les médias.

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« À chaque fois que l’industrie cinématographique suppose que nous et notre travail tombons sous l’étiquette ethno-nationale d’‘’israélien’’, cela perpétue davantage une réalité inacceptable qui nous assigne à nous, artistes palestiniens de citoyenneté israélienne, une identité imposée par la colonisation sioniste pour maintenir l’oppression continue des Palestiniens à l’intérieur de la Palestine historique, le déni de notre langue, de notre histoire et de notre identité », ont notamment écrit les acteurs.

« Attendre que nous restions les bras croisés et acceptions l’étiquette [...,] non seulement cela normalise l’apartheid, mais cela continue également de permettre le déni et le blanchiment de la violence et des crimes infligés aux Palestiniens », ajoutent-ils.

« Nous sommes solidaires et appelons la communauté artistique et internationale à amplifier la voix des Palestiniens. Nous nous opposons à toutes les formes de répression de la part du régime israélien [empêchant le] peuple palestinien de vivre, être et créer », concluent les acteurs.

Le réalisateur du film, l’Israélien Eran Kolirin, a partagé sur sa page Facebook la lettre de ses comédiens avec ce message : « J’aime ces gens. Je respecte leur décision (même si j’aurais toujours aimé qu’ils soient présents pour célébrer leur art avec moi) et je soutiens leur lutte. Merci pour les mots gentils, beaux acteurs ».

Réaction outragée d’un ministre israélien

Let There Be Morning est tiré d’un roman de l’écrivain arabe israélien Sayed Kashua qui raconte l’histoire d’un citoyen palestinien d’Israël obligé de se réconcilier avec son identité lorsqu’il retourne dans son village natal, qu’il trouve encerclé par un mur.

Selon le site JForum, « des sources du ministère de la Culture ont confirmé que le film était bien soutenu par l’État d’Israël ».

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« Ceux qui ont su demander un budget à l’État [israélien] pour faire des films et profiter de son argent ne devraient pas avoir honte d’Israël. La liberté d’expression est importante, surtout pour ceux qui en profitent, l’opportunité de créer en Israël, l’opportunité de recevoir un budget de notre pays », a réagi le ministre israélien de la Culture et des Sports, Hili Trooper.

« Le film est soutenu par le Fonds du film israélien à hauteur de deux millions de shekels [environ 500 000 euros] et environ deux millions de shekels de plus de la part de la France et de l’Allemagne. […] Par conséquent, au Festival de Cannes, le film est répertorié dans le catalogue comme un film dont le pays de production est Israël, l’Allemagne et la France », a répondu le réalisateur Eran Kolirin.

La subvention israélienne, explique encore le réalisateur, provient aussi des impôts que paient ces mêmes acteurs, qui en revanche « se voient refuser le droit de présenter leur identité palestinienne dès que l’État les oblige à monter sur scène et à présenter leur histoire comme ‘‘israélienne’’ ».

Eran Kolirin a également dénoncé « la paranoïa du gouvernement précédent [dirigé par Benjamin Netanyahou], où le mot palestinien [était] exilé, lâche et muet ».