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Un expert en armes conclut qu’un soldat israélien a « visé délibérément » Shireen Abu Akleh 

Une enquête de CNN sur le meurtre de Shireen Abu Akleh présente de nouvelles preuves suggérant que la journaliste palestinienne a été prise pour cible par un sniper israélien
Des dessins d’une exposition en l’honneur de la journaliste palestinienne assassinée Shireen Abu Akleh sur les lieux où elle a été tuée, le 19 mai 2022 (AFP)
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De nouvelles preuves dans le meurtre de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh en Cisjordanie occupée le 11 mai dernier suggèrent qu’elle a été tuée dans une attaque ciblée des forces israéliennes, selon les conclusions d’une enquête de CNN.

Cette enquête, qui repose sur deux vidéos de la scène et qui est corroborée par une analyse audio et un expert en armes, suggère qu’il n’y avait aucun combat en cours ni aucun Palestinien armé près de la journaliste dans les instants qui ont précédé sa mort.

L’enquête présente des vidéos d’affrontements entre les soldats israéliens et des combattants palestiniens lors du raid de l’armée israélienne sur le camp de réfugiés de Jénine plus tôt le matin de la mort de Shireen Abu Akleh. 

Selon Chris Cobb-Smith, expert en armes, les deux camps utilisent des fusils d’assaut M16 et leurs variantes, ce qui signifie que tous « auraient tiré des balles de calibre 5.56 mm ».

La balle qui a tué Abu Akleh est en possession de l’Autorité palestinienne, qui a refusé d’ouvrir une enquête conjointe avec les Israéliens par manque de confiance. Ces derniers estiment qu’il n’y a aucun soupçon d’acte criminel justifiant une enquête. 

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Même sans la balle, des experts expliquent à CNN qu’il est possible de déterminer qui a tué Shireen Abu Akleh en « analysant le type de tirs, le son des tirs et les marques laissées par les balles sur les lieux ».

Cobb-Smith, ancien soldat de l’armée britannique, a analysé les marques laissées par les balles sur l’arbre près duquel la journaliste est tombée après avoir été abattue.

« Le nombre de marques d’impact sur l’arbre où se trouvait Shireen prouve que ce n’était pas un tir aléatoire : elle a été visée », affirme Cobb-Smith à CNN. La plupart des images de tirs de combattants palestiniens sont des « rafales aléatoires », explique-t-il.

Il cite des vidéos diffusées par le bureau du Premier ministre israélien Naftali Bennett ainsi que par le ministère israélien des Affaires étrangères, lesquelles montrent des tireurs palestiniens tirer de manière désordonnée dans les allées de Jénine.

Le bureau de Bennett prétendait que la vidéo suggérait que c’étaient les Palestiniens qui avaient abattu la journaliste parce qu’aucun soldat israélien n’avait été tué alors que l’on pouvait entendre dans la vidéo quelqu’un disant en arabe : « Ils en ont touché un, ils ont touché un soldat. Il est au sol. » 

« Visée délibérément par des tirs ajustés »

CNN a géolocalisé les vidéos du bureau de Bennett et a conclu que les coordonnées de la localisation des vidéos et la localisation du meurtre d’Abu Akleh montraient que les tirs qui l’avaient atteinte n’étaient pas ceux apparaissant dans la vidéo israélienne.

Une enquête visuelle de Middle East Eye réalisée juste après le décès de la journaliste avait établi l’emplacement de plusieurs événements clés de ce 11 mai et rassemblé les récits des témoins, mettant en doute la version initiale des Israéliens.

Les témoins oculaires, dont la correspondante de MEE Shatha Hanaysha, assurent qu’Abu Akleh a été la cible d’un sniper israélien, qu’il n’y avait aucun échange de tirs à ce moment-là et que les combattants palestiniens étaient éloignés de l’équipe de six journalistes.

« Les impacts assez rapprochés indiquent que Shireen a été visée délibérément par des tirs ajustés et n’a pas été victime d’un tir aléatoire ou d’une balle perdue »

- Chris Cobb-Smith, expert en armes

Après son décès, les autorités israéliennes ont d’abord affirmé que des combattants palestiniens pourraient être responsables et ont diffusé une vidéo de Palestiniens tirant dans une allée étroite. Ils ont plus tard fait marche arrière et indiqué qu’un soldat israélien pourrait l’avoir tuée. 

L’enquête initiale de l’armée israélienne indiquait qu’un sniper israélien était à 200 m de Shireen Abu Akleh au moment de son décès.

Robert Mayer, spécialiste en analyse audio interviewé par CNN, a conclu que la distance entre le sniper et le cameraman était comprise « entre 177 mètres et 197 mètres », ce qui correspond à la position du sniper israélien.

« D’après les marques d’impact sur l’arbre, il apparaît que les tirs, dont l’un a touché Shireen, venaient de la direction des troupes israéliennes. Les impacts assez rapprochés indiquent que Shireen a été visée délibérément par des tirs ajustés et n’a pas été victime d’un tir aléatoire ou d’une balle perdue », assure Cobb-Smith à CNN.

Une autre vidéo, filmée par un habitant de Jénine et que MEE a pu se procurer, contredit également le récit initial des Israéliens selon lequel il y avait des affrontements dans la zone.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.