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En Syrie, une « menace » sans précédent plane contre les humanitaires au camp d’al-Hol

Après le meurtre par balles d’un secouriste, les autorités du camp d'al-Hol tirent la sonnette d'alarme. En France, des voix s’élèvent toujours afin de demander le rapatriement des ressortissants français toujours sur site
Des femmes et un enfant se tiennent près des tentes du camp kurde d’al-Hol qui abrite des proches présumés de combattants du groupe État islamique (Delil Souleiman/AFP)
Des femmes et un enfant se tiennent près des tentes du camp kurde d’al-Hol qui abrite des proches présumés de combattants du groupe État islamique (Delil Souleiman/AFP)
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Les dangers pesant contre les humanitaires qui opèrent dans le camp d’al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, constituent une « menace » sans précédent, a averti dimanche un responsable kurde, quelques jours après le meurtre d’un secouriste par des membres du groupe État islamique (EI).

« La situation sécuritaire au camp est volatile et des cellules de l’EI sont toujours présentes » à al-Hol a indiqué à l’AFP Chaykhamous Ahmed, un responsable de l’administration semi-autonome kurde qui contrôle le camp.

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Mercredi, le Croissant-Rouge kurde avait annoncé la mort d’un de ses membres d’une blessure par balle « alors qu’il accomplissait son devoir humanitaire » au siège de l’organisation à al-Hol. 

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le secouriste a été tué par deux membres de l’EI, qui ont pu entrer dans le centre médical sous de fausses identités.

« La menace contre les organisations humanitaires et médicales constitue un précédent dangereux », a souligné Chaykhamous Ahmed, ajoutant que ces organisations allaient poursuivre leur travail, « mais pas de la manière requise ».  

91 personnes assassinées en un an

Dans un communiqué conjoint diffusé mercredi, deux hauts responsables de l’ONU ont averti que les aides humanitaires dans le camp ne pourraient être délivrées efficacement que lorsque « des mesures seront prises pour résoudre les problèmes de sécurité persistants ». 

Pour sa part, Médecins sans frontières (MSF), l’une des organisations les plus importantes travaillant à al-Hol a souligné vendredi la nécessité de trouver des solutions à long terme pour « garantir la sécurité des résidents et des travailleurs humanitaires ». 

Depuis le début de l’année 2021, l’OSDH a recensé le meurtre de 91 personnes à al-Hol, pour la plupart des réfugiés irakiens, aux mains de l’EI

Le camp d’al-Hol, qui accueille des proches de combattants de l’EI, abrite près de 56 000 déplacés, dont la moitié sont âgés de moins de 18 ans, selon les derniers chiffres des Nations unies. 

Depuis le début de l’année 2021, l’OSDH a recensé le meurtre de 91 personnes à al-Hol, pour la plupart des réfugiés irakiens, aux mains de l’EI. Parmi les morts figurent deux travailleurs humanitaires.

En France, « une menace pour notre sécurité »

Malgré les exhortations répétées des Kurdes, la plupart des pays occidentaux refusent de rapatrier leurs citoyens qui se trouvent dans le camp, se contentant de rapatriements au compte-goutte par crainte d’éventuels actes terroristes sur leur sol.

Les pays dont les combattants et prisonniers de l’EI sont ressortissants n’ont pas non plus répondu aux demandes des autorités kurdes de mettre en place un tribunal international pour les juger

Plus tôt dans la journée, un célèbre neuropsychiatre français, Boris Cyrulnik, a exhorté le président Emmanuel Macron à rapatrier les quelque 200 enfants français détenus en Syrie ainsi que leurs mères, estimant qu’ils constituent sur place « une menace pour notre sécurité ».

« Plus ils restent là-bas, moins ils aimeront la France. Ils sont récupérables si on s’en occupe maintenant », a affirmé Boris Cyrulnik dans les colonnes du Journal du dimanche

Environ 80 femmes françaises, qui avaient rejoint l’organisation Etat islamique, et 200 enfants sont détenus dans les camps kurdes du nord-est syrien. 

Des avocats, parlementaires, ONG ou encore la Commission nationale consultative des droits humains exhortent régulièrement les autorités françaises à les rapatrier.

Celles-ci maintiennent une politique de retour au cas par cas pour ces enfants – 35, majoritairement des orphelins, ont été rapatriés jusqu’ici – et considèrent que les adultes devraient être jugés sur place.