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Tunisie : un officier des renseignements égyptiens projette une répression contre Ennahdha

Une source indique à MEE que le colonel Ali Mohamed al-Farran, haut-responsable égyptien en charge de la liaison avec la garde présidentielle tunisienne, projette de « reproduire l’expérience égyptienne » en Tunisie
Le président tunisien Kais Saied avec le dirigeant d’Ennahdha et président du Parlement Rached Ghannouchi au palais présidentiel de Carthage, le 15 novembre 2019 (AFP)
Le président tunisien Kais Saied avec le dirigeant d’Ennahdha et président du Parlement Rached Ghannouchi au palais présidentiel de Carthage, le 15 novembre 2019 (AFP)

Un haut-responsable des renseignements égyptiens, en charge de la liaison avec la garde présidentielle tunisienne, prépare la répression du parti Ennahdha, confient deux sources à Middle East Eye.

Le colonel Ali Mohamed al-Farran, membre des renseignements égyptiens, projette de « reproduire l’expérience égyptienne » en Tunisie, indique une des sources à MEE en référence à la mesure prise contre les Frères musulmans en Égypte au lendemain du coup d’État militaire de 2013.

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MEE croit savoir qu’al-Farran, en charge du « dossier tunisien », collabore étroitement avec Khaled al-Yahyaoui, directeur général de la garde présidentielle et conseiller du président Kais Saied. 

Al-Farran, qui a précédemment joué un rôle important dans les opérations militaires à el-Arich dans le Sinaï Nord, s’est vu accorder un accès illimité à la Tunisie, selon nos sources.  

Ennahdha, parti se réclamant de la « démocratie musulmane », disposait du plus grand nombre de sièges au Parlement tunisien avant sa dissolution effective par Saied en juillet dans le cadre de sa prise de pouvoir, qualifiée de coup d’État par ses détracteurs. 

Avec le soutien de MBZ

Saied s’est emparé du pouvoir selon un plan divulgué à MEE, citant l’explosion du chômage, la corruption endémique et la pandémie de coronavirus comme des motifs de suspension du Parlement, de renvoi du Premier ministre Hichem Mechichi et d’auto-attribution des pouvoirs relevant du parquet.

Plusieurs sources confirment à MEE que des responsables de la sécurité égyptienne, qui ont conseillé Saied avant le coup d’État et ont dirigé les opérations lors de celui-ci, étaient présents au palais présidentiel à ce moment-là.  

« [Le président égyptien Abdel Fattah al-]Sissi a offert à Saied toute l’aide dont il avait besoin pour ce coup d’État et Saied l’a acceptée », rapportait l’une des sources à MEE en juillet.

Depuis la prise de pouvoir en Tunisie, Saied a suivi de près un plan rédigé par ses proches conseillers en mai et révélé par MEE à l’époque

« Des membres de l’armée et de la sécurité égyptiennes ont été envoyés en Tunisie avec le soutien total de MBZ [Mohammed ben Zayed, prince héritier émirati] », ajoutait la source.

MEE a sollicité une réaction de l’ambassade égyptienne à Londres, mais n’avait pas obtenu de réponse au moment de la publication.

Depuis la prise de pouvoir en Tunisie, Saied a suivi de près un plan rédigé par ses proches conseillers en mai et révélé par MEE à l’époque. 

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Ce document prévoyait que Saied déclare une « dictature constitutionnelle » décrite par les auteurs du document comme un outil pour « concentrer tous les pouvoirs dans les mains du président de la République ». 

Ensuite, les opposants politiques seraient assignés à résidence, notamment ceux « du mouvement Ennahdha […] Noureddine Bhiri, Rafiq Abd el-Salam, Karim Harouni, Said Ferjani », entre autres. 

Le vice-président d’Ennahdha a été arrêté le 31 décembre par des policiers en civil, devant sa maison à Tunis, puis accusé de présumés délits liés au « terrorisme ».

L’ancien ministre de la Justice, qui souffre de plusieurs problèmes de santé préexistants, a été hospitalisé deux jours après son arrestation.

Human Rights Watch dénonce une « arrestation ressemblant à un enlèvement », estimant qu’il s’agit d’une manifestation de la « menace grandissante pour les protections des droits de l’homme depuis la prise de pouvoir du président Saied ». 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.