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L’affaire Olmert est la « partie émergée de l’iceberg » dans la lutte d’Israël contre la corruption

Une nouvelle génération d’ONG et de journalistes israéliens luttent contre la corruption, mais un sondage révèle que la plupart des Israéliens restent mécontents des institutions

TEL AVIV, Israël – L’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert a commencé à purger sa peine de 19 mois de prison pour corruption et entrave à la justice dans une prison israélienne, mais continue de clamer son innocence.

« En tant que Premier ministre, il était de ma responsabilité de préserver la sécurité de l’État d’Israël, mais aujourd’hui, c’est moi qui suis mis derrière les barreaux », a déclaré Olmert dans une vidéo diffusée à la presse quelques heures avant son entrée dans la prison de Maasiyahu, dans le centre d’Israël, lundi matin.

« Ce changement est si étrange pour moi, pour ma famille et mes proches, mais comme je l’ai dit dans et hors des tribunaux, je nie complètement les allégations de corruption contre moi… J’ai fait des erreurs mais, pour moi, elles ne sont pas d’un caractère criminel et je vais maintenant payer un lourd tribut – peut-être trop lourd – pour certaines de ces erreurs. »

Les années de bataille juridique autour de l’affaire Olmert ont été une source de confusion pour de nombreux Israéliens qui louent sa carrière politique mais condamnent l’épidémie de corruption politique en Israël, qui se fait plus manifeste chaque année alors que les politiciens continuent de violer la loi de manière flagrante.

Israël affronte des obstacles particuliers dans sa lutte contre la corruption. En effet, pays relativement nouveau et fondé par des immigrants qui, à bien des égards, ont donné la priorité aux individus entreprenants plutôt qu’aux règles lors de la création des institutions, Israël n’a pas de constitution et son droit pénal est ambigu.

« Le problème, c’est qu’il n’y a pas de normes absolues qu’on peut appliquer en matière de corruption », a déclaré Eli Sulam, le directeur du Movement for the Quality of Government in Israel, une ONG qui mène des recherches sur la corruption et lance des pétitions contre la réintégration des fonctionnaires corrompus.

Le bloc VIP

En mars 2014, Ehud Olmert a été condamné par la Cour suprême pour corruption dans le cadre d’une transaction immobilière controversée à Jérusalem. L’opération a été réalisée plusieurs années avant qu’il ait été Premier ministre (2006-2009), période pendant laquelle il s’était efforcé de sauver les négociations de paix avec les Palestiniens en proposant de restituer de grandes parties de la Cisjordanie aux autorités palestiniennes.

Olmert a été condamné à six ans de prison, mais, en décembre, cette peine a été réduite par la Cour suprême à 18 mois après avoir annulé sa condamnation pour l’accusation de corruption initiale.

Cependant, le mois dernier, un tribunal a rallongé cette peine d’un mois pour entrave à la justice. Lorsque l’ancien Premier ministre aura purgé le tiers de sa peine, il lui sera possible de faire appel afin de réduire le temps qui lui restera à passer en prison.

Lundi, Olmert a reçu un uniforme de la prison, a été fouillé et a rencontré un travailleur social et criminologue, afin d’évaluer s’il est suicidaire. Il a ensuite été placé dans une cellule occupée par deux autres accusés dans la même affaire de corruption, dans une section appelée bloc 10, surnommé le « bloc VIP », où les détenus célèbres bénéficient d’une protection spéciale.

Olmert est le premier ex-Premier ministre israélien à être emprisonné. Toutefois, il n’est pas le premier haut responsable politique à atterrir en prison : l’ex-président Moshe Katsav purge depuis 2011 une peine de sept ans pour viol, harcèlement sexuel et entrave à la justice dans cette même prison centrale d’Israël.

L’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahou, qui est au pouvoir depuis 2009, est également empêtré dans un certain nombre de scandales, impliquant plus récemment sa femme qui a été reconnue coupable d’avoir maltraité son personnel de maison plus tôt ce mois-ci.

Netanyahou a également supervisé la réintégration d’Aryeh Deri, un ministre du parti ultra-orthodoxe Shas qui a passé du temps en prison au début des années 2000 pour corruption, et qui a été nommé ministre de l’Intérieur le mois dernier après la démission de son prédécesseur, Silvan Shalom, accusé de harcèlement sexuel.

Un changement rapide ?

Les cas de corruption sont monnaie courante dans le gouvernement israélien, mais les militants considèrent l’affaire Olmert comme une victoire pour la lutte contre la corruption, créant un solide précédent concernant le prix à payer en cas de pratique illégale.

« Les gens et les organisations qui pensaient autrefois pouvoir se dissimuler sous une certaine couverture constatent aujourd’hui qu’il n’y a finalement pas d’impunité, même pour les Israéliens les plus haut placés », a déclaré Ifat Zamir, directrice de la branche israélienne de Transparency International.

Pour elle, le meilleur outil pour la réussite progressive mais néanmoins croissante des ONG comme la sienne consiste à s’appuyer sur la jeune génération d’Israéliens et une nouvelle espèce de journalistes économiques. Les deux groupes ont été actifs dans les manifestations de 2011 en matière de justice sociale, au cours desquelles des milliers de personnes campaient dans les rues de Tel Aviv pour protester contre la flambée du coût de la vie qui serait pour eux le résultat de la corruption et des monopoles.

« Tout est en train de changer rapidement et les hommes politiques sont parfois les derniers à comprendre », dit-elle. « Une partie de notre rôle consiste à expliquer aux responsables que chaque citoyen est un contrôleur potentiel, en particulier avec la révolution des technologies et de l’information, et qu’ils doivent être conscients du vaste écosystème en quête de transparence qui est en action. »

Sur 168 pays étudiés par Transparency International, Israël se classe 32e en indice de perception de la corruption, ce qui signifie qu’il est toujours en avance sur la plupart des autres pays du monde.

Pourtant, c’est encore un sujet de mécontentement parmi la majorité de la population : 72 % de celle-ci estime que le pays est corrompu et ses institutions perverties, selon une enquête réalisée par les sondeurs Mina Tzemach et Mano Geva de l’Institut Midgam, et diffusée la semaine dernière sur la deuxième chaîne d’Israël. Neuf personnes interrogées sur dix pensent que la réussite en Israël repose sur des liens personnels avec les gens qui occupent des postes d’influence, selon ce sondage.

Bien que l’ONG Movement for the Quality of Government déclare avoir réussi à faire avancer la législation, ses membres préconisent encore des processus stricts de sélection des candidats aux plus hautes fonctions politiques, ainsi qu’une transparence accrue dans les centres de pouvoir et d’argent, fortement concentrés.

L’un des défis majeurs est le fait que les responsables restent longtemps au pouvoir, période au cours de laquelle les politiciens profitent souvent de leurs positions, comme dans le cas d’Olmert qui, paradoxalement, « comptait au départ parmi les premiers à se battre contre la corruption », a déclaré Sulam.

« L’affaire Olmert n’est que la partie émergée de l’iceberg, même si nous constatons que les tribunaux réagissent positivement », a déclaré Tehila Schwartz Altshuler, chercheuse au Israel Democracy Institute.

« Le plus frustrant dans la culture politique d’Israël est que si des progrès sont faits en termes de transparence, l’opinion publique ne considère pas la corruption comme une chose si affreuse, parce que les Israéliens donnent la priorité à la sécurité nationale et aussi longtemps que celle-ci est assurée, le reste est en quelque sorte ignoré. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.