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Femmes « chefs d’État » oui, femmes « chefs de famille » non

Un sondage du centre d’études Arab Barometer révèle que dans une majorité de pays arabes, la perception de l’implication de la femme en politique a évolué positivement tandis que celle de son droit à l’égalité traîne encore
Alaa Salah, militante soudanaise haranguant les foules d’hommes lors des manifestations devant l’état-major militaire soudanais en avril 2019 (AFP)
Alaa Salah, militante soudanaise haranguant des foules d’hommes lors des manifestations devant l’état-major militaire soudanais en avril 2019 (AFP)
Par
Daikha Dridi

Dans une majorité de pays arabes, l’implication en politique de la femme est perçue de plus en plus favorablement alors que l’idée de l’égalité en droits entre les hommes et les femmes est loin d’être acceptée. C’est l’une des conclusions qui peuvent être tirées d’une étude publiée en décembre 2019 par l’Arab Barometer, un centre d’études qui mène des recherches et sondages depuis 2006 dans quatorze pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

« Il y a une plus grande acceptation de l’idée de femmes occupant le poste de chef d’État ou de quotas pour les femmes aux postes politiques. Cependant, les opinions arabes n’acceptent pas l’idée que les femmes puissent jouer un rôle égal à celui des hommes en politique : une majorité continue de penser que les hommes sont de meilleurs leaders politiques », soulignent les chercheurs d’Arab Barometer.

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Ainsi, d’après les résultats de ce sondage, la majorité des personnes interrogées, hommes et femmes, estiment que les hommes sont plus compétents que les femmes en tant que leaders politiques. Et, dans dix pays sur douze, plus de la moitié des femmes questionnées partagent cette opinion.

Les Soudanais questionnés sont 82 % à penser que les hommes sont de meilleurs leaders politiques et 7 personnes sur 10 au Koweït, en Jordanie, en Égypte, en Algérie, en Irak, en Libye et en Palestine pensent aussi que les hommes sont de meilleurs leaders politiques.

Ces proportions tombent nettement dans trois autres pays : la Tunisie (56 %), le Liban (50 %) et surtout le Maroc. Dans ce pays, selon le sondage, la perception de l’efficacité et compétence des femmes en politique est la plus positive avec seulement 35 % des personnes questionnées estimant que les hommes sont de meilleurs leaders politiques que les femmes.

Même si les femmes ne seraient pas, selon les résultats de ce sondage, perçues comme aussi compétentes que les hommes en politique, cela n’empêche pas la majorité des personnes interrogées de soutenir l’idée de femmes occupant le poste de chef de l’État : 77 % de Libanais sont pour, ainsi que 72 % de Marocains, 62 % d’Irakiens et Tunisiens, 61 % d’Égyptiens, 60 % de Jordaniens et Palestiniens, 53 % de Libyens, 51 % de Yéménites, 50 % de Koweïtiens et Soudanais et seulement 37 % des Algériens, qui sont les seuls à être loin sous la barre des 50 % à accepter que les femmes accèdent au poste de chef d’État.

De même, plus des deux tiers des personnes questionnées sont d’accord avec l’idée d’établir des quotas pour les femmes aux postes politiques : 79 % des Soudanais, 78 % des Irakiens, 75 % des Palestiniens, 74 % des Libanais sont pour les quotas.

La majorité des personnes interrogées estiment que les hommes sont plus compétents que les femmes en tant que leaders politiques

Le taux le plus faible de soutien aux quotas de femmes aux postes politiques est de 50 %, en Algérie.

Ces opinions, que l’on pourrait interpréter comme considérant positivement la participation de la femme dans la vie politique de ces pays, changent assez notablement lorsque les questions ayant trait à l’égalité des droits hommes-femmes sont posées.

Ainsi, lorsqu’on passe à la sphère familiale, une majorité de personnes interrogées estime que c’est à l’homme que revient la prééminence de la prise de décision dans le foyer : c’est la conviction de six personnes questionnées sur dix.

Le Soudan (74 %) et l’Algérie (71 %) viennent en tête des pays où l’on estime que le rôle de chef de famille revient naturellement à l’homme, tandis que le Liban (50 %) et le Maroc (46 %) sont les pays où cette perception est la moins prégnante selon les résultats du sondage d’Arab Barometer.

Seule une minorité est pour l’égalité dans l’héritage

La libre circulation des femmes n’est pas tout à fait perçue comme un droit même si légalement, il n’y a qu’en Arabie saoudite où les femmes ont eu besoin (jusqu’à août 2019) de chaperon pour voyager hors du pays.

Ainsi, selon ce sondage, seuls le Liban (76 %), le Maroc (64 %) et l’Algérie (50 %) enregistrent la moitié ou plus de personnes questionnées affirmant que les femmes peuvent voyager seules hors du pays.

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Tous les autres pays enregistrent des taux en-deçà de 50 %, avec la Palestine descendant jusqu’à 22 % de « oui » à cette question.

Concernant l’égalité dans l’héritage, les Libanais sont loin devant avec 65 % des personnes questionnées qui estiment que les hommes et les femmes ont droit à la même part dans l’héritage.

Les Libanais sont aussi les seuls à soutenir cette égalité dans une proportion qui dépasse les 50 % ; dans tous les autres pays, l’égalité dans l’héritage n’est acceptée que par une minorité : 29 % en Irak, 28 % en Tunisie, 26 % en Égypte, 20 % au Maroc, 18 % en Algérie, 17 % en Jordanie, 13 % en Libye, 12 % au Soudan et enfin 8 % en Palestine.

Les échantillons sur lesquels a été effectué ce sondage sont d’approximativement 2 400 personnes interrogées dans chacun des pays et les entretiens ont été menés, selon Arab Barometer, en personne dans le lieu de résidence de la personne questionnée.

Arab Barometer est un centre d’études qui reçoit des financements d’agences gouvernementales des États-Unis (USAID, MEPI ou encore United States Institute of Peace), du Qatar (Qatar National Research foundation), de la BBC Arabe ou encore de l’agence onusienne pour le développement (PNUD).