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Les forces américaines et britanniques ont géré des prisons secrètes après l’invasion de l’Irak en 2003

MEE croit comprendre qu’un avocat de l’armée a déposé une plainte auprès de la police à propos de l’utilisation de « sites noirs » et affirme que des prisonniers ont été dissimulés aux inspecteurs de la Croix-Rouge
Des soldats britanniques escortent quatre Irakiens, arrêtés dans un véhicule à l’ouest de Bassorah, vers un hélicoptère qui attend, en avril 2003 (AFP)

Les armées américaine et britannique ont géré au moins deux prisons secrètes en Irak pendant les mois qui ont suivi l’invasion du pays en 2003, dissimulant des prisonniers aux inspecteurs de la Croix-Rouge, a appris Middle East Eye.

Le conseiller juridique le plus haut placé de l’armée britannique dans le pays à l’époque aurait déposé une plainte pénale auprès de la police lorsqu’il a découvert l’existence de ces prétendus « sites noirs » (prisons secrètes).

Il prétend qu’il est possible que les prisonniers n’aient pas été signalés à la Croix-Rouge et pourraient avoir été sortis du pays dans le cadre d’opérations de « rendition » (enlèvement et transfert de prisonniers hors du cadre judiciaire).

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Cette révélation intervient après qu’une enquête conjointe menée par la BBC et le Sunday Times a conclu que le gouvernement britannique et de hauts commandants de l’armée avaient dissimulé des preuves que des soldats avaient été impliqués dans des meurtres et des actes de torture en Irak et en Afghanistan.

Après avoir interviewé onze anciens policiers civils qui enquêtaient sur des allégations de crimes de guerre, les deux organes de presse ont rapporté que le ministère britannique de la Défense (MoD) était déterminé à ce qu’aucune poursuite ne soit intentée afin de protéger la réputation de l’armée.

L’une des deux prisons secrètes faisant l’objet de la plainte de l’avocat militaire se trouvait à l’intérieur d’une base d’opérations avancée conjointe des États-Unis et du Royaume-Uni connue sous le nom de H-1, située dans un aérodrome et une station de pompage de pétrole dans le désert occidental de l’Irak.

La seconde, à l’extérieur de la ville d’al-Qaïm, près de la frontière syrienne, était connue des forces de la coalition sous le nom de Station 22.

Dossier manquant

L’existence du centre de détention de H-1 n’a été découverte qu’après un appel anonyme passé à une base de la Royal Air Force (RAF) britannique en juin 2003, alléguant qu’un prisonnier de guerre irakien avait été battu à mort à bord d’un de ses appareils alors qu’il était emmené vers la prison.

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Le Royaume-Uni a envoyé des forces en Afghanistan dans le cadre de la coalition internationale qui a envahi le pays en 2001 suite aux attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par al-Qaïda aux États-Unis et en Irak en 2003 dans le cadre d’une invasion menée par les États-Unis pour renverser Saddam Hussein.

Dans les deux pays, les soldats britanniques se sont enlisés de plus en plus profondément dans la lutte contre les insurgés opposés à l’occupation internationale.

En Irak, les forces britanniques se sont vu confier la responsabilité de la sécurité à Bassorah et dans trois provinces du sud du pays, mais leur présence a été contestée par les combattants de l’Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr.

En septembre 2007, les forces britanniques, cibles d’« attaques incessantes », se sont retirées de leurs bases situées dans la ville pour rejoindre l’aéroport en périphérie, selon un rapport de l’International Crisis Group qui a indiqué que leur retrait était perçu comme une « défaite ignominieuse » par les habitants.

En Afghanistan, les forces britanniques avaient été déployées en 2006 dans la province de Helmand. Elles se sont toutefois révélées inefficaces contre la résurgence des talibans et, en 2009, plus de 100 soldats britanniques ont été tués.

Les troupes britanniques se sont finalement retirées d’Afghanistan en 2014 ; 454 militaires ont été tués au cours de leurs 13 années de campagne dans le pays.

Une enquête menée par la police de la RAF a rencontré une série d’obstacles, et MEE croit comprendre qu’un dossier sur l’affaire à un moment donné a disparu des bureaux des avocats de la RAF.

Par la suite, une enquête menée par un juge et publiée plus tôt cette année a établi que la victime, identifiée dans le rapport comme étant Tariq Sabri Mahmud, avait été tuée lorsqu’il a été maîtrisé et jeté au sol à bord d’un hélicoptère Chinook. Son corps a été rapidement inhumé dans la base H-1.

Un autre prisonnier a perdu connaissance pendant le vol, et les jambes prothétiques d’un troisième ont été enlevées.

Ces hommes faisaient partie des 63 prisonniers de guerre qui ont été transportés par avion à la base H-1 pour y être interrogés après avoir été arrêtés à un barrage routier dans l’ouest de l’Irak, le 11 avril 2003. Le nombre total de prisonniers qui ont été détenus à la base H-1 et la durée pendant laquelle le centre de détention est resté en activité demeurent inconnus.

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On ne sait pas non plus si les prisonniers ont été transférés plus tard au principal camp de prisonniers de guerre de la coalition à Umm Qasr, au sud de Bassorah.

Les avocats de l’armée britannique auraient cherché à obtenir des informations sur les prisonniers une fois l’existence du centre de détention dévoilée, mais sans succès.

Les autorités britanniques ne leur ont pas fourni de précisions sur la localisation des prisonniers malgré de nombreuses demandes.

Le gouvernement britannique « a bloqué les enquêtes »

Un ancien avocat de l’armée a déposé une plainte auprès d’un comité de police, l’Iraq Historic Allegations Team (IHAT), qui examinait les allégations de crimes de guerre britanniques.

La BBC et le Sunday Times ont rapporté cette semaine qu’onze anciens enquêteurs de l’IHAT ont affirmé que rien n’était ressorti de leurs enquêtes parce que le gouvernement britannique et les hauts commandants militaires étaient déterminés à ce qu’aucun soldat ne fasse l’objet de poursuites.

Le MoD a refusé de répondre aux questions de MEE sur la base H-11, n’a pas voulu révélé ce qui était arrivé aux prisonniers, et a refusé de commenter l’affaire.

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Jusqu’à 20 000 personnes ont été détenues à Umm Qasr au cours des années qui ont suivi l’invasion.

Les États-Unis exploitaient également un certain nombre d’autres centres de détention. L’un d’eux, Abou Ghraib, est devenu célèbre à la suite de la révélation d’un certain nombre de photographies montrant des détenus maltraités.

Un centre de détention moins connu était géré par les États-Unis à Balad, au nord de Bagdad, tandis qu’un autre était opéré, avec l’aide du Royaume-Uni, sur le site de l’aéroport international de Bagdad.

Un rapport de la Croix-Rouge divulgué plus tard a montré que ses inspecteurs s’inquiétaient sérieusement du traitement des détenus à Abu Ghraib et s’étaient également plaints des mauvais traitements infligés à certains prisonniers à Umm Qasr.

Plus tôt cette année, MEE a révélé que l’armée britannique avait envoyé une petite équipe d’interrogateurs à Abou Ghraib au plus fort du scandale sur la torture des détenus.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.