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Livraison secrète d’armement : quand Pyongyang fait chanter Le Caire

La Corée du Nord a menacé l’Égypte de dévoiler les détails d’une livraison secrète d’armement en octobre 2017
Kim Jong-un, dirigeant de la Corée du Nord (AFP)
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La Corée du Nord aurait exercé un chantage auprès de l’Égypte pour obtenir le paiement de sa livraison clandestine d’armes. C’est ce que révèle le Washington Post dans son édition du 26 octobre, indiquant avoir consulté des documents internes au gouvernement égyptien. 

« Des documents internes au gouvernement égyptien montrent que des responsables au Caire se démènent pour limiter les dégâts après la découverte, par des agences d’espionnage américaines, d’un stratagème visant à introduire clandestinement une cargaison militaire nord-coréenne dans le pays, au mépris des sanctions internationales », écrit le quotidien américain.

Quelque 30 000 pièces d’armement  

Rappel des faits : en octobre 2017, alertées par les services secrets américains, les douanes égyptiennes saisissent le Jie Shun. Cet énorme navire marchand battant pavillon cambodgien est pourtant parti de Corée du Nord, avec un équipage nord-coréen.

La fouille du navire permet de découvrir quelque 30 000 pièces d’armement : 24 000 lance-roquettes, copies nord-coréennes du RPG-7 russe, et 6 000 autres composants.

« La plus grosse prise de munitions dans l’histoire des sanctions contre la République populaire démocratique de Corée »

- Les Nations unies

Plus tard, un rapport des Nations unies a souligné qu’il s’agissait de « la plus grosse prise de munitions dans l’histoire des sanctions contre la République populaire démocratique de Corée ». 

Selon le Washington Post, les acheteurs, finalement démasqués, étaient les Égyptiens eux-mêmes.

Colère américaine

Une enquête des Nations unies avait déjà révélé un arrangement par lequel des dirigeants d’entreprise égyptiens avaient commandé pour des millions de dollars de roquettes coréennes pour l’armée tout en gardant l’accord secret.

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« Les autorités égyptiennes n’ont jamais reconnu publiquement avoir acheté du matériel militaire nord-coréen, une pratique interdite par les sanctions imposées par les États-Unis et le Royaume-Uni. Les responsables de l’administration Trump ont ordonné en 2017 le gel de la livraison d’une aide militaire de 300 millions de dollars à l’Égypte, en partie à cause d’accords d’armes non spécifiés entre le Caire et Pyongyang », explique le Washington Post.

Mais apparemment, le scandale ne s’arrêtera pas là. Selon les détails des récentes révélation du journal américain, les autorités nord-coréennes ont continué d’exiger le paiement de l’envoi de cette cargaison d’armes, estimés à 23 millions de dollars, « faisant craindre aux Égyptiens d’être soumis à un chantage ».

« Les documents du ministère égyptien des Affaires étrangères sont datés de mars à mai 2017, avant que le rôle du Caire dans le transfert d’armes ne soit rendu public ». 

Tentatives d’arrangement

Une note du 28 mai 2017, préparée pour le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, « parle du mécontentement de la Corée du Nord après la saisie des grenades et offre des suggestions sur la manière de garder l’affaire silencieuse ». 

La note cite une lettre envoyée par la Corée du Nord à l’Organisation arabe pour l’industrialisation – groupement de l’industrie de défense égyptienne appartenant à l’État – « exigeant des paiements et lançant des menaces vagues ».

« La lettre comprenait à nouveau des menaces de la part de la partie nord-coréenne de divulguer des détails de cette cargaison »

- La note des Affaires étrangères égyptiennes

« La lettre comprenait à nouveau des menaces de la part de la partie nord-coréenne de divulguer des détails de cette cargaison », indique la note des Affaires étrangères égyptiennes. 

Le document indique que la société égyptienne « nie avoir eu connaissance » de l’accord sur les ventes d’armes, mais quelques phrases plus tard, elle demande instamment un règlement financier rapide pour que les Nord-Coréens restent silencieux.

Comment calmer Pyongyang ?

« Nous avons clairement indiqué que le ministère des Affaires étrangères souhaitait accélérer le traitement de ce règlement le plus tôt possible », mentionne la note. « Et de préférence avant la fin du mandat de rotation de l’Égypte au Conseil de sécurité, en décembre de cette année », indique le mémo. 

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La note de service du 28 mai 2017, citée par le Washington Post, décrit une stratégie de résolution de cette crise. 

« Dans le cadre de ce plan, les services de renseignement égyptiens s’occuperaient des négociations en passant par l’attaché militaire de la Corée du Nord au Caire. La note mentionne un récent prêt de l’Égypte à la Corée du Nord – les détails ne sont pas expliqués dans les documents – et suggère que Pyongyang pourrait accepter un paiement moins important pour les grenades en échange de conditions plus généreuses pour le remboursement du prêt ».

« L’utilisation de cette ‘’carte de prêt’’ a [déjà] réussi à pousser la partie coréenne à communiquer avec la partie égyptienne », ajoute la note des Affaires étrangères égyptiennes.

« La façon dont l’affaire a finalement été résolue – y compris combien d’argent, le cas échéant, a été payé – n’apparaît pas clairement dans les documents », conclut le Washington Post.