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Maroc : le porte-parole du gouvernement limogé par le roi paye ses dérapages

Un communiqué lapidaire a annoncé le remplacement du ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement, limogé par Mohammed VI six mois après sa nomination
Hassan Abyaba avait récemment menacé, dans un communiqué, les correspondants des médias étrangers à propos de leur couverture de la crise du COVID-19 (Twitter/@PostMaghreb)

En cette période de crise du coronavirus, l’annonce a pris tout le monde de court. Le 7 avril, le ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, aussi porte-parole du gouvernement, Hassan Abyaba, a été limogé sans aucune explication.

« Conformément à l’article 47 de la Constitution et sur proposition du chef du gouvernement, le roi a chargé [Saaid] Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, des fonctions de porte-parole du gouvernement », s’est contenté d’annoncer l’agence officielle MAP.

L’agence indique aussi que Mohammed VI a nommé Othman el-Ferdaous ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Ancien secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie, il fait ainsi, à 41 ans, son retour au gouvernement après en avoir été écarté lors d’un remaniement en octobre 2019.

Les dérapages de l’ancien ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement sont si nombreux que son départ n’a étonné personne

Officiellement, les raisons du limogeage de Hassan Abayba n’ont été communiquées ni par le Palais ni par l’exécutif. Mais les dérapages de l’ancien ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement sont si nombreux que son départ n’a étonné personne.

La dernière date du 7 avril : le jour même de son limogeage, Hassan Abyaba a menacé, dans un communiqué, les correspondants des médias étrangers à propos de leur couverture de la crise du COVID-19.

« Certains articles et couvertures d’actualité diffusés dernièrement par des médias étrangers comportaient des chiffres et des données imprécis ou partiels, voire des faits amplifiés ou mis hors de leur contexte à des fins d’agitation médiatique », a dénoncé son département, insistant sur la nécessité du strict respect des règles juridiques et législatives en vigueur qui réglementent le statut des journalistes étrangers accrédités et sur « l’impératif de respecter les règles du métier en s’assurant de la source des informations et de l’exactitude des données diffusées » au sujet de la pandémie.

Malaise en Mauritanie

Le ministre avait été repéré par les médias marocains et étrangers bien avant la crise. En octobre 2019, un mois à peine après sa nomination au gouvernement de Saâdeddine el-Othmani, avait fait parler de lui en écorchant le nom du président mauritanien, Mohamed Ould El-Ghazouani.

Lors d’une allocution retransmise en direct à la télévision mauritanienne, le représentant du gouvernement marocain s’était adressé au chef de l’État en l’appelant... « Ould Cheikh El Azzouzi », ce qui n’avait pas manqué de créer un malaise.

Joint par Middle East Eye, un proche du chef du gouvernement insiste sur la sensibilité du poste en se gardant de commenter les erreurs de l’ancien porte-parole : « Il est important que le porte-parole ait la confiance du chef du gouvernement. Il s’agit également d’un poste transversal qui touche à tous les départements, économie, diplomatie, santé… Et il faut en plus avoir une expérience avec les médias, c’est très important. »

Hassan Abyaba ne remplissait-il pas ces critères ? Toujours est-il que le site d’information Barlamane, réputé proche de certains milieux sécuritaires, le mettait déjà en garde une semaine après son installation : « L’une des plus grandes erreurs qu’il a commises est de ne pas avoir tenu compte des directives du roi dans son discours à l’ouverture du Parlement, lorsqu’il a préconisé le sens des responsabilités, du sérieux, de la vigilance, et de la mobilisation, dans la gouvernance. Il n’est cependant pas trop tard pour qu’il se ressaisisse, sous peine de rejoindre, lui aussi, la liste des limogés », prévenait-il le 21 octobre.