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En Syrie, un missile secret américain fait des ravages parmi les insurgés

Deux attaques en l’espace d’une semaine ont révélé une arme incroyable utilisée par la CIA pour éliminer les cibles de « haute valeur » en milieu urbain en revenant vers les fondamentaux de la guerre, l’épée
Cette version spéciale de missile remplace la charge explosive par quatre ou six lames qui se déploient avant l’impact (Twitter @towersight)

Le 3 décembre 2019 à Atmeh, dans le nord-ouest de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière avec la Turquie, et à quelques encablures de Barisha, là où Abou Bakr al-Baghdadi a été tué, un drone largue un missile sur un fourgon banalisé.

Il n’y a pas d’explosion mais sur place, on retrouve le toit du véhicule complètement éventré, et les deux individus qui s’y trouvaient, déchiquetés. L’un d’eux est Abou Ahmad al-Mouhajir, un des commandants de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), filiale d’al-Qaïda en Syrie opérant dans la région d’Idleb.

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Le 7 décembre 2019, une seconde attaque contre un véhicule a lieu près de la ville d’al-Bassuta, dans la région d’Afrin, dans le nord de la Syrie. Même type de missile utilisé, contre un véhicule en marche en pleine circulation automobile. Encore une fois, pas d’explosion ni de dommages collatéraux, la frappe n’a touché que les occupants de l’automobile qui sont littéralement en pièces.

Quelle est cette arme utilisée pour des frappes aussi précises, meurtrières et contenues dans à peine un espace de trois mètres cubes ?

Il s’agit d’un missile américain, dérivé de la munition favorite utilisée par les drones et hélicoptères américains pour frapper les blindés et les véhicules, l’AGM-114 Hellfire.

« Mixeur volant »

Cette version spéciale, dénommée AGM-114 R9X, remplace la charge explosive que le Hellfire contient par quatre ou six lames qui se déploient avant l’impact.

L’avantage qu’offre ce missile réside dans le fait qu’il ne contient pas d’explosifs et minimise donc les risques de dommages collatéraux. Il est aussi adapté à une utilisation contre des cibles qui se fondent dans la population ou qui se trouvent près de sources inflammables ou explosives.

Ces derniers jours, ce missile s’est vu affubler de nombreux qualificatifs, comme « Katana volant », « missile Ninja » ou « mixeur volant », mais il n’en est pas à sa première sortie.

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Il a été utilisé de manière opérationnelle, le 26 février 2017, pour éliminer le leader d’al-Qaïda, Abou Khayr al-Masri, adjoint d’Ayman al-Zawahiri. Lui aussi avait trouvé la mort dans la région d’Idleb, où il se trouvait pour unifier les groupes armés en Syrie sous la bannière d’al-Qaïda.

La guerre en Syrie a été l’occasion pour plusieurs armées de tester de nouvelles armes et munitions et d’y coller le label « combat proven » (a fait ses preuves au combat) tellement nécessaire pour crédibiliser une arme afin de l’exporter.

La Russie avait impressionné, en 2017, par le lancement de missiles de croisière Kalibr à partir de la mer Caspienne vers des cibles en Syrie. Elle a aussi profité de son implantation pour tester en conditions opérationnelles le bombardier Sukhoï 34, le chasseur Sukhoï 35 et son avion furtif Sukhoï 57. De plus, elle a démontré l’efficacité de ses robots de combats Uran 9 sur le terrain.

Toujours en Syrie, champ d’expérimentation pour les fabriquant d’armes et les pays, en 2018, la France a pour la première fois testé son missile de croisière naval (MdCN).