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Un groupe pro-Assad lance une campagne en hommage à Qasem Soleimani en Italie

Le Front solidaire européen pour la Syrie fait l’éloge du commandant iranien assassiné, « témoin infatigable du combat contre la tyrannie de l’oppression mondiale »
​​​​​​​Une affiche avec le portrait du général iranien Qasem Soleimani devant le Colisée de Rome (Twitter)

Une coalition d’extrême droite a lancé une campagne en Italie en mémoire du commandant iranien Qasem Soleimani, tué au cours d’une frappe aérienne américaine en Irak en janvier, placardant son visage sur des affiches à travers le pays.

Sur les réseaux sociaux, des internautes ont fait part de leur incrédulité tandis que d’autres ont salué l’initiative.

Traduction : « Je ne comprends pas comment l’Italie peut autoriser certaines organisations à afficher ces panneaux pour le terroriste Soleimani. »

Une affiche, placée sur un panneau devant le Colisée de Rome, indique : « En l’honneur de Qasem Soleimani ».

Un texte accompagne la photo : « Il y a un autre paradis. C’est le champ de bataille. Le champ de bataille de ta patrie. »

Les logos sur l’affiche indiquent qu’elles sont l’œuvre du Front solidaire européen pour la Syrie (ESFS), un groupe composé principalement d’activistes d’extrême droite qui soutiennent ouvertement le président syrien Bachar al-Assad.

Sur sa page Facebook, le groupe indique que la campagne s’étend de « Turin à Palerme, de Bolzano à Naples », et qu’elle vise à honorer « la mémoire d’un homme dont l’engagement et le dévouement envers la cause de la liberté et de la souveraineté des nations ont ému et inspiré des millions d’hommes et de femmes libres à travers le monde. »

Traduction : « Je voudrais remercier tous les pays comme l’#Italie qui affichent la photo de notre courageux #général sur leurs panneaux 40 jours après son meurtre par #Amérique#International #Général #Soleimani#Trump #Rome. »

« Le général Soleimani était et continue d’être l’un des plus importants exemples d’un patriote au service de cet idéal en vertu duquel, jamais à travers le monde, une nation ne peut entraver, directement ou indirectement, l’autonomie légitime d’une autre nation ou opprimer un peuple qui s’oppose à elle. »

Le groupe qualifie son assassinat, qui a eu lieu le 3 janvier devant l’aéroport international de Bagdad, « d’acte injustifiable de barbarie et de faux-fuyants ».

L’ESFS a été fondé en 2013 et a organisé des conférences et des voyages de solidarité en Syrie en soutien à Assad.

Bien que le groupe tente de se présenter comme apolitique, il est connu pour avoir le soutien d’un certain nombre d’organisations d’extrême droite en Europe.

Manifestation en soutien à Assad organisée par l’ESFS en 2014, lors de laquelle des bannières proclamaient « la Syrie aux Syriens » (MEE/Fronte Europeo per la Siria)
Manifestation en soutien à Assad organisée par l’ESFS en 2014, lors de laquelle des bannières proclamaient « la Syrie aux Syriens » (MEE/Fronte Europeo per la Siria)

Les plus gros soutiens du groupe en Italie sont CasaPound, un mouvement autoproclamé néo-fasciste, dont les membres ont attaqué des migrants et des gauchistes.

Les rassemblements du groupe – qui idolâtre l’ancien dictateur italien Benito Mussolini – comportent souvent le drapeau syrien ou des posters d’Assad.

Selon l’agence de presse étatique syrienne SANA, l’ESFS s’est rendu dans le bastion du gouvernement à Tartous, sur la côte syrienne, en 2016, pour apporter des fournitures médicales données par la communauté syrienne en Italie.

L’extrême droite et Bachar al-Assad

Le soutien à Assad est fréquent à travers l’extrême droite depuis de nombreuses années.

En France, l’ancien dirigeant du Front national (FN) Jean-Marie Le Pen a défendu la répression d’Assad en Syrie après les manifestations hostiles au gouvernement en 2011.

« Bachar al-Assad est un dirigeant de gouvernement qui est confronté à une rébellion à la fois civile et militaire », a-t-il déclaré dans une interview accordée à une radio française en 2012. « Je ne trouve pas ça anormal que l’État syrien se défende. »

David Duke, un partisan du nationalisme blanc et ancien dirigeant du Ku Klux Klan américain, est également un fervent soutien du gouvernement Assad, déclarant dès 2005 dans une allocution à la télévision syrienne : « Votre combat pour la liberté est le même que notre combat pour la liberté », en référence au conflit syrien avec Israël.

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« Ça me fait mal au cœur de vous dire qu’une partie de mon pays est occupée par les sionistes tout comme une partie de votre pays, le plateau du Golan, est occupée par les sionistes », a-t-il déclaré à une foule en liesse, qui scandait : « Notre âme et notre sang, nous les sacrifierons pour vous, ô Bachar ».

Des spécialistes de l’extrême droite affirment que le lien entre la Syrie d’Assad et le fascisme européen date de bien avant cela.

Le responsable de l’enquête sur la localisation du criminel de guerre nazi Alois Brunner a rapporté en 2015 qu’il était sûr à 99 % que celui-ci était mort à Damas quatre ans plus tôt.

« Nous ne pouvons pas le prouver sur le plan médico-légal, mais nous sommes certains que c’est le cas », avait déclaré à la BBC le chasseur de nazis Efraim Zuroff.

Brunner – souvent qualifié de bras droit d’Adolf Eichmann et responsable de la mort de centaines de milliers de juifs dans les camps de la mort nazis – était, selon Zuroff, également un conseiller de l’ancien président syrien Hafez al-Assad (le père de Bachar) en matière de sécurité et de terrorisme et de « mauvais traitements de la communauté juive syrienne ».

« [Brunner] était un nazi antisémite, sadique et fanatique notoire », a indiqué Zuroff dans une interview.

« La seule interview que nous avons de lui est celle accordée à un magazine d’information allemand en 1985, dans laquelle on lui demandait s’il avait de quelconques regrets, et il avait rétorqué : “Mon seul regret est de ne pas avoir assassiné davantage de juifs”. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.