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Un journaliste algérien en prison pour avoir fourni des images des manifestations à Al Jazeera

Le journaliste algérien Sofiane Merakchi a été mis en prison jeudi 26 septembre. Selon son avocate, les autorités lui reprochent d’avoir fourni des images des manifestations du vendredi 20 septembre à la chaîne Al Jazeera et d’autres médias étrangers
Sofiane Merakchi, journaliste algérien, mis en détention le 26 septembre 2019
Sofiane Merakchi (à gauche), pendant sa couverture des manifestations en Algérie (Facebook Merakchi)
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Sofiane Merakchi, journaliste algérien et correspondant de la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen, a été mis en détention, le jeudi 26 septembre, dans la prison d’El Harrach à Alger, a affirmé son avocate Maître Fatima-Zohra Benbraham au site d’informations TSA.

Sofiane Merakchi a été interpellé par la gendarmerie dimanche après que les bureaux où il travaille pour Al Mayadeen ont été perquisitionnés. Le journaliste n’a plus été relâché, il est demeuré à la gendarmerie pour interrogatoire plusieurs jours avant que l’information de sa mise en mandat de dépôt ait été annoncée par son avocate, jeudi 26 septembre.

Selon l’avocate, les autorités algériennes reprochent à Sofiane Merakchi d’avoir fourni des images des importantes manifestations qui ont eu lieu vendredi 20 septembre dans tout le pays à la chaîne Al Jazeera et d’autres médias étrangers.

Merakchi était journaliste à la Radio publique algérienne, qu’il a quittée pour devenir le producteur, notamment selon TSA, des chaînes de télévision France 24 et RT.

Selon TSA, Merakchi serait poursuivi pour « utlisation d’une technologie permettant la diffusion en direct pour le compte de télévisions étrangères sans agrément » et « incitation à attroupement à travers la chaîne de télévision Al Mayadeen ».

L’organisation Committee to Protect Journalists (CPJ) a demandé, vendredi 27 septembre, la libération immédiate du journaliste et l’abandon des charges à son encontre.

« L’arrestation de Sofiane Merakchi et les accusations portées contre lui montrent que les autorités algériennes ne s’arrêteront devant rien pour garder le couvercle fermé sur la couverture des événements qui ont lieu dans le pays », a déclaré le coordinateur de CPJ pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, Sherif Mansour.

Sofiane Merakchi, journaliste algérien en prison depuis le 26 septembre 2016
Sofiane Merakchi (Facebook Merakchi)

« Les autorités algériennes doivent libérer immédiatement Merakchi et permettre aux journalistes de travailler librement dans le pays », a jouté le représentant de CPJ.

Reporters sans frontières (RSF) a également dénoncé les « pressions qui se multiplient » sur la presse en Algérie. Le directeur du bureau Afrique du Nord de RSF, Souhaieb Khayati, a affirmé que « chercher à orienter la couverture d’événements est illusoire. Les autorités algériennes doivent cesser d’entraver le travail des médias et des correspondants étrangers qui ne font que leur travail d’informer ».

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Près d’une centaine de prisonniers sont détenus en Algérie pour avoir participé aux manifestations pacifiques ou, comme plusieurs leaders politiques ou figures de la société civile, pour avoir exprimé publiquement leur désapprobation de la manière dont l’état-major de l’armée algérienne s’est approprié les pleins pouvoirs depuis la démission du président Bouteflika le 2 avril 2019.

La presse indépendante en Algérie subit de son côté de plus en plus de pressions, le site d’informations le plus populaire du pays, Tout sur l’Algérie, est bloqué par les autorités et n’est accessible aux Algériens qu’à travers VPN.

Les manifestations pacifiques demandant le départ du système qui a régi le pays jusque-là et une transition politique menant à l’avènement d’une vraie démocratie en Algérie secouent le pays de manière régulière, deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, depuis le 22 février 2019.