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Terrorisme d’État : l’Occident aide les dictateurs du Moyen-Orient à réprimer la dissidence

Dans un extrait de son nouveau livre, Peter Oborne explique comment les opposants des régimes répressifs sont souvent dépeints comme une menace mortelle pour l’Occident
Affiche de Mohamed Morsi dans un camp de ses partisans détruit par l’armée lors du massacre de la place Rabia, en août 2013 (AFP)
Affiche de Mohamed Morsi dans un camp de ses partisans détruit par l’armée lors du massacre de la place Rabia, en août 2013 (AFP)

Après 1945, les États-Unis ont défendu leur liberté et leur démocratie en nouant une série des partenariats paradoxaux avec certains des régimes les plus brutaux que le monde a connus.

Les stratèges américains pensaient qu’une victoire des communistes dans les urnes aboutirait à la suppression de l’opposition démocratique et un État à parti unique. Selon cette théorie, le soutien à des autocrates et à des despotes militaires devenait essentiel pour préserver la liberté et la démocratie.

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Exemple peut être le plus parlant de cette complicité occidentale avec le terrorisme d’État concerne le putsch qui a destitué Salvador Allende, premier marxiste à accéder au pouvoir dans une démocratie libérale sud-américaine lorsqu’il est devenu président du Chili en 1970.

Remplacez l’Amérique latine pendant la guerre froide par le Moyen-Orient d’aujourd’hui. Remplacez Salvador Allende par Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement en Égypte, évincé par un putsch en 2013, un peu plus d’un an après son investiture.

Lorsque je me suis rendu au Caire quelques mois après le coup d’État, j’avais l’impression d’être à des funérailles. L’atmosphère dans la ville était lourde, les rues étaient calmes. Manifester était passible de prison, la torture était la routine et le président par intérim était une marionnette laissant son ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, diriger le pays.

Égypte-Chili : des similarités frappantes

Le portrait de Sissi était partout : dans les magasins, les cafés, les coins de rues, souvent placé de manière significative à côté de ceux de Nasser et Sadate, les deux précédents hommes forts du pays.

Des rumeurs disaient que Sissi avait raconté à des amis avoir eu une série de visions, certaines remontant à plusieurs décennies, dans lesquelles il lui a été révélé qu’il était destiné à émerger comme le sauveur de l’Égypte.

Un garçon tient le portrait de Mohamed Morsi lors d’une prière symbolique en juin 2019 devant l’ambassade d’Égypte à Ankara, en Turquie (AFP/Adem Altan)
Un garçon tient le portrait de Mohamed Morsi lors d’une prière symbolique en juin 2019 devant l’ambassade d’Égypte à Ankara, en Turquie (AFP/Adem Altan)

Et pourtant, à ce jour, aucun ministre britannique des Affaires étrangères n’a prononcé l’expression « coup d’État » en lien avec les événements en Égypte.

Dans une interview surréaliste sur Pakistani TV, le secrétaire d’État américain John Kerry a salué le général Sissi qui a « restauré la démocratie » et évité les violences.

Des différences existent entre l’Égypte et le Chili. L’opposition politique à la présidence conservatrice sur le plan social des Frères musulmans de Morsi venait de la gauche libérale égyptienne ; l’hostilité à l’égard d’Allende venait de la droite. Allende s’est suicidé le jour du coup d’État chilien ; Morsi est mort en prison six ans après son éviction du pouvoir.

Par ailleurs, la CIA n’était probablement pas un élément essentiel du coup d’État égyptien, qui a été soutenu par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis avec le soutien généralisé des dictatures voisines.

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Les similarités n’en sont pas moins frappantes. En Égypte comme au Chili, les mouvements révolutionnaires voulaient une transformation politique pacifique.

En Égypte, les États-Unis et l’Occident se sont contentés de protester officiellement lorsque le nouveau dictateur égyptien a traqué et tué plus d’un millier d’activistes politiques sur la place Rabia et la place al-Nahda au Caire.

Il y aurait eu à peu près autant de victimes tuées par le gouvernement chinois sur la place Tian’anmen, bien que la couverture médiatique occidentale a été bien plus limitée, comme c’est souvent le cas lorsqu’on rapporte des atrocités commises par un allié de l’Occident.

Le Royaume-Uni n’a jamais protesté contre les conditions de détention du président Morsi. En fait, le président Sissi a été chaleureusement accueilli à Downing Street par David Cameron. La vente d’armes britanniques à l’Égypte se poursuit.

« Je crois toujours que les mots sont plus forts que les armes »

Justifiant le massacre de la place Rabia en 2013, un porte-parole de l’armée égyptienne a déclaré : « Face au terrorisme, on ne peut pas prendre en considération les droits civiques et humains. »

Notez l’utilisation du terme « terrorisme » ici. Il était utilisé pour le compte d’un régime militaire illégal, qui s’est emparé du pouvoir dans un putsch, pour décrire les centaines de manifestants prodémocratie qui ont été abattus de sang-froid. Là encore, aucune plainte des États-Unis ou du Royaume-Uni. Tout cela est familier dans le monde musulman : l’implication occidentale et américaine dans le terrorisme d’État et les putschs ou la tolérance envers ces derniers.

Mohammed Ali Harrath dans les bureaux d’Islam Channel en 2017 (BBC/capture d’écran)
Mohammed Ali Harrath dans les bureaux d’Islam Channel en 2017 (BBC/capture d’écran)

L’implication souvent déplacée de l’Occident dans les régimes étrangers a façonné la politique mondiale ces dernières décennies, mais son impact sur les vies de certains individus n’est pas moins important.

Mohammed Ali Harrath est né en 1963, près de la ville tunisienne de Sidi Bouzid, où Mohamed Bouazizi s’est immolé le 17 décembre 2010, acte désespéré qui a représenté littéralement l’étincelle déclenchant le Printemps arabe.

Mohammed Ali Harrath venait d’une famille de la classe moyenne supérieure, qui l’a envoyé dans « un pensionnat strictement conservateur » selon ses termes.

Mohammed Ali Harrath s’est engagé en politique à l’âge de 13 ans. Sa première expérience impliquait la préparation d’informations à afficher sur le mur de la mosquée locale. Bien sûr, j’ai demandé : pourquoi la mosquée ?

L’une des critiques centrales portées par l’Occident laïc contre les soi-disant islamistes est leur absence de distinction entre la religion et la politique. Il a gentiment expliqué que sa mosquée locale était le seul endroit où on pouvait faire campagne dans la dictature tunisienne soutenue par l’Occident. Il n’y avait pas de journaux libres, pas de partis politiques, pas de liberté, pas de démocratie.

Il a été arrêté pour la première fois à l’âge de 18 ans, il étudiait l’ingénierie textile à Tunis, pour « atteinte au statut du président ». Il est devenu un fondateur du Front islamique tunisien (FIT), créé en opposition au régime de Habib Bourguiba.

« J’étais fasciné par le pouvoir des mots », m’a confié Harrath. « Je crois toujours que les mots sont plus forts que les armes. Les armes peuvent parfois réduire les mots au silence, mais alors les mots l’emportent. »

Amnesty International a décrit comment certaines victimes étaient attachées à une chaise pendant une semaine avec un appareil qui perçait leur nuque avec une aiguille dès qu’elles penchaient la tête de fatigue

Sa vingtaine, il l’a passée principalement en cavale ou à entrer/sortir de prison. Il m’a dit : « La prison n’est pas le problème. Aussi terrible soit elle, elle ne peut pas être comparée au moment où vous faites l’objet d’une enquête. »

Cela signifie être sodomisé avec des bâtons et des bouteilles, des matières fécales fourrées dans la bouche. Des simulations de noyade et des chocs électriques sont infligés aux victimes. 

Amnesty International a décrit comment certaines victimes étaient attachées à une chaise pendant une semaine avec un appareil qui perçait leur nuque avec une aiguille dès qu’elles penchaient la tête de fatigue.

« On étaient incapables d’aller aux toilettes par nous-mêmes », se rappelle Harrath, « quatre ou cinq amis nous portaient. » Il connaît une trentaine de personnes mortes sous la torture du gouvernement tunisien.

Marionnettes

Quand Bourguiba a été évincé du pouvoir dans un coup d’État en 1987, Mohammed Ali Harrath était dans le couloir de la mort, attendant son exécution.

Le successeur de Bourguiba, Zine el-Abidine Ben Ali, avait promis des réformes. Au lieu d’être exécuté, Mohammed Ali Harrath a été libéré. Mais ce moment d’espoir a été vite douché. Ben Ali s’est avéré bien plus oppressif que son prédécesseur.

Mohammed Ali Harrath m’a dit qu’à ce point, après dix ans de lutte, il avait réfléchi à sa vie. Il explique qu’il est arrivé un moment où il a réalisé que combattre ce régime à Tunis n’avait plus aucun intérêt parce que Bourguiba et Ben Ali n’étaient que des marionnettes.

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Le véritable ennemi, a-t-il réalisé, était la France, ancienne puissance impériale qui fournissait une aide sécuritaire ainsi qu’un soutien économique et diplomatique (en partie via l’Union européenne) pour maintenir le dictateur en place.

C’est la même chose qui s’est passé avec Oussama Ben Laden dans son cheminement de dissident saoudien à chef des terroristes.

Ben Laden a reconnu que son véritable opposant était l’« ennemi lointain » : les États-Unis. Plutôt que de copier la logique sanguinaire de Ben Laden, Mohammed Ali Harrath a abandonné la lutte politique et a quitté la Tunisie pour de bon.

Pendant cinq ans, il a parcouru la planète à l’aide de faux papiers, « avec un nouveau nom et personnalité chaque semaine ».

Lorsqu’il est arrivé à Londres en 1995, il a passé une licence en politique à l’université de Westminster, rédigeant son mémoire sur Karl Marx (« bonne analyse mais mauvaises solutions » fut son verdict) et s’est essayé aux affaires.

« Je travaillais çà et là, achetant et vendant, j’ai tout fait. » Cette période nomade a été utilisée contre lui par ses détracteurs qui reprenaient les allégations du gouvernement tunisien – comme d’habitude sans preuves – selon lesquelles il travaillait avec al-Qaïda.

Le véritable ennemi, a-t-il réalisé, était la France, ancienne puissance impériale qui fournissait une aide sécuritaire ainsi qu’un soutien économique et diplomatique (en partie via l’Union européenne) pour maintenir le dictateur en place 

Pendant quinze ans, Mohammed Ali Harrath a vécu la vie d’exilé politique. Puis en 2004, il a créé Islam Channel, une chaîne de télévision britannique destinée aux musulmans. C’est alors, dit-il, que le harcèlement a commencé : « On m’a calomnié. »

La première visite, m’a-t-il dit, fut le fisc. « Ils sont venus et sont restés près d’un mois à éplucher chaque reçu, chaque document. Ce qui m’a stupéfait, c’est qu’ils me posaient des questions aux motivations politiques. Ils m’interrogeaient à propos de notre contenu, des programmes. Ce sont des percepteurs, leur travail était de vérifier si nous payions nos taxes ou pas. Mais ils sont allés bien plus loin que cela. »

Cela signifie que les journalistes ne risquaient rien sur le plan juridique à relier Mohammed Ali Harrath au terrorisme.

Interpol, organisation internationale et respectée de maintien de l’ordre, avait fait le travail pour eux. Et aucun journaliste n’a pris la peine de regarder au-delà de cette inscription par Interpol et de s’intéresser au régime qui l’avait demandée.

« Les liens terroristes de Boris »

À partir de ce moment, Harrath s’est retrouvé à combattre sur deux fronts. Le gouvernement tunisien et les médias londoniens avaient un intérêt commun à le désigner comme terroriste et extrémiste. En 2009, il s’est exprimé lors d’un événement financé par la mairie de Londres. Le Sunday Express a réagi par un article titré : « Les liens terroristes de Boris ».

Puis les attaques dans la presse ont commencé. Les médias britanniques ont eu la tâche aisée. Lorsque Mohammed Ali Harrath a fui la Tunisie, le régime de Ben Ali l’a accusé « de contrefaçon, de faux, de crimes impliquant l’utilisation d’armes/explosifs et de terrorisme ».

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Ceux qui l’avaient torturé ont demandé que son nom soit ajouté à la liste des notices rouges d’Interpol, système d’alerte internationale visant à détecter les criminels ou terroristes présumés. Cette agence de police internationale l’a fait.

Le Times a lancé une campagne regorgeant d’insinuations, faisant le travail du dictateur tunisien Ben Ali en soulignant les liens allégués de Mohammed Ali Harrath avec le terrorisme, tout en affirmant qu’il était un conseiller de la police métropolitaine.

« [Cela] faisait partie de la calomnie », indique-t-il. « Cela visait à me nuire au sein de la communauté. » Mohammed Ali Harrath insiste sur le fait qu’il n’a jamais conseillé la police et que cette allégation reposait sur le fait d’avoir parlé de temps à autre, comme de nombreux musulmans, à la Muslim Contact Unit de la Metropolitan Police.

Cela n’a pas arrêté la ministre shadow de la Sécurité du parti conservateur, la baronne Neville-Jones, de demander en 2008 qu’il soit renvoyé de son poste non-existant. Complaisante envers le régime de Ben Ali, Neville-Jones a déclaré que « le gouvernement tunisien, allié dans la lutte contre le terrorisme, avait demandé l’extradition de cet homme ».

Interpol doit répondre à certaines questions. Pendant près de vingt ans, son système de notice rouge a été utilisé par la Tunisie de Ben Ali pour harceler et tourmenter un important dissident

Les conservateurs, alors dans l’opposition, s’affichaient de manière choquante tout à fait disposés à agir dans le cadre préparé par une dictature nord-africaine. Ben Ali était alors l’un des plus célèbres dirigeants d’Afrique. Mohammed Ali Harrath avait fui le pays pour lui échapper.

En avril 2011, très peu de temps après la chute de Ben Ali, Interpol a supprimé sa notice rouge, indiquant à Mohammed Ali Harrath qu’« après réexamen de toutes les informations figurant dans le dossier », l’organisation avait « considéré la procédure à [son] égard comme étant principalement de nature politique ».

Interpol doit répondre à certaines questions. Pendant près de vingt ans, son système de notice rouge a été utilisé par la Tunisie de Ben Ali pour harceler et tourmenter un important dissident.

Le cadre prêt à l’emploi fourni par une dictature

Dans les quelques mois suivant la chute de Ben Ali, la notice rouge a été supprimée. Le but de l’agence devrait être d’aider les polices nationales à traquer les criminels, et non à arrêter les opposants des dictatures.

Il existait d’excellentes raisons de critiquer Mohammed Ali Harrath. Sa chaîne a brisé les règles d’impartialité de l’OFCOM (l’équivalent britannique de l’Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) et l’un de ses employés a remporté un recours pour licenciement abusif et discrimination sexuelle.

Plus sérieusement, il a brisé le code de la diffusion en laissant un présentateur cautionner le viol conjugal et les violences contre les femmes.

Exemple de la couverture des tabloïds en lien avec les musulmans au Royaume-Uni : « Nos journaux répandent des mensonges et agissent comme des outils de propagande » (Creative Commons)
Exemple de la couverture des tabloïds en lien avec les musulmans au Royaume-Uni : « Nos journaux répandent des mensonges et agissent comme des outils de propagande » (Creative Commons)

Mais pas un seul des journaux prompts à attirer l’attention sur le passé présumé terroriste de Mohammed Ali Harrath ne s’est excusé, ou n’a ne serait-ce que signalé qu’Interpol avait levé la notice rouge le concernant.

Comme le parti conservateur, ils étaient ravis d’agir dans le cadre prêt à l’emploi fourni par une dictature. Il y avait là un homme arrivé au Royaume-Uni en tant que réfugié de la tyrannie.

Au lieu d’être accueilli, il a été traité comme un criminel. Pendant des années, il n’a pas pu voyager sans risquer l’arrestation et l’extradition. Après la création d’Islam Channel, une chaîne populaire chez les deux millions de musulmans britanniques, le statut de fugitif de Mohammed Ali Harrath a été sans relâche utilisé contre lui par de nouveaux persécuteurs : les détracteurs de l’islam dans l’establishment médiatique et politique britannique.

Des millions de musulmans innocents (et de nombreux non-musulmans) sont catégorisés de la sorte. Dans une grande partie du monde, il est difficile pour tout partisan de la liberté politique d’éviter le qualificatif de terroriste. Harrath, qui arbore une barbe noire broussailleuse, a plaisanté : « J’ai été qualifié d’extrémiste, d’islamiste et de terroriste, tous les -istes. » Ce n’était pas vraiment une plaisanterie.

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Même s’ils manifestent pacifiquement, ils risquent l’arrestation et la torture, ou d’être abattus par des policiers armés dans les rues. S’ils fuient leur pays, ils peuvent se retrouver sur la liste des terroristes ou traqués.

J’ai parlé à des dizaines de ces « islamistes » au cours des quelque vingt années que j’ai passées à effectuer des recherches pour ce livre. Ils sont courageux et ont des principes et le sens du sacrifice, ce qu’aujourd’hui on trouve rarement en Occident, avec des standards élevés d’intégrité personnelle et de comportement public. Autrement, ils ne seraient pas capables d’endurer la torture et l’exil forcé pour leurs croyances.

Nous ne chérissons pas assez nos valeurs

Mais, selon le discours normal en Occident, ces islamistes sont des fanatiques déterminés voulant à tout prix la destruction de « tout ce que nous représentons » (pour reprendre la phrase préférée des dirigeants britanniques et américains). C’est faux, insultant et par-dessous tout idiot.

J’ai découvert encore et encore que les partisans d’un islam politique vénèrent le Royaume-Uni et encore plus nos institutions : le Parlement, l’État de droit, la liberté de la presse.

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En effet, ils les admirent d’autant plus que ces institutions n’existent pas véritablement dans leurs propres pays et qu’ils comprennent généralement mieux que nous ne ne faisons leur importance.

Il est vrai qu’ils critiquent le Royaume-Uni (et l’Occident), mais ce n’est pas parce qu’ils veulent détruire nos valeurs, malgré ce que nos politiciens et faiseurs d’opinion assènent sans cesse.

Ils nous critiquent principalement parce que nous ne chérissons pas assez nos valeurs. Nos journaux répandent des mensonges et agissent comme des outils de propagande. Nos gouvernements enfreignent la loi.

Les services de renseignement occidentaux encouragent la détention illégale et la torture. Nos forces armées tuent et mutilent en toute impunité et, de façon extrêmement lâche, via l’utilisation de drones et la puissance aérienne.

Pire que tout, le Royaume-Uni fait partie de l’appareil répressif en Arabie saoudite, en Égypte, aux Émirats arabes unis et ailleurs. Nous fournissons des armes et conseils, ainsi qu’une formation à la police et aux forces de sécurité dans des régimes qui s’emploient à réprimer la démocratie et la liberté. Cela signifie que leur opposition devient notre opposition également.

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Cela explique une des raisons de l’hostilité envers l’islam au Royaume-Uni.

Les régimes des États musulmans tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis consacrent du temps, de l’influence et, surtout, de l’argent à discréditer les mouvements politiques qui les défient.

Ils ont réussi en particulier à dépeindre l’islamisme comme une menace mortelle pour l’Occident, qualifiant souvent les islamistes de terroristes, se rapprochant ainsi de leurs alliés occidentaux au travers d’un ennemi commun.

The Fate of Abraham: Why the West is Wrong about Islam est sorti le 12 mai aux éditions Simon & Schuster. 

Peter Oborne a été élu meilleur commentateur/blogueur en 2022 et 2017 à l’occasion des Drum Online Media Awards pour des articles qu’il a rédigés pour Middle East Eye. Il a reçu le prix de Chroniqueur britannique de l’année lors des British Press Awards de 2013. En 2015, il a démissionné de son poste de chroniqueur politique du quotidien The Daily Telegraph. His latest book, The Assault on Truth: Boris Johnson, Donald Trump and the Emergence of a New Moral Barbarism, est sorti en février 2021 et a figuré dans le top 10 des bestsellers du Sunday Times. Parmi ses précédents ouvrages figurent Le Triomphe de la classe politique anglaise, The Rise of Political Lying et Why the West is Wrong about Nuclear Iran.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Peter Oborne won best commentary/blogging in both 2022 and 2017, and was also named freelancer of the year in 2016 at the Drum Online Media Awards for articles he wrote for Middle East Eye. He was also named as British Press Awards Columnist of the Year in 2013. He resigned as chief political columnist of the Daily Telegraph in 2015. His latest book, The Assault on Truth: Boris Johnson, Donald Trump and the Emergence of a New Moral Barbarism, was published in February 2021 and was a Sunday Times Top Ten Bestseller. His previous books include The Triumph of the Political Class, The Rise of Political Lying, and Why the West is Wrong about Nuclear Iran.