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Bataille de Mossoul : les attaques de l’Aïd de l’EI montrent que la guerre est loin d’être terminée

Des combattants de l’EI contre-attaquent à Mossoul, éliminant des unités de police, s’emparant d’armes et tuant des habitants qui tentent de rentrer chez eux
Des soldats irakiens surveillent le champ de bataille de Mossoul par drone (Reuters)

MOSSOUL, Irak – Les débris de la grande mosquée al-Nouri, où le califat de l’État islamique (EI) a été proclamé en 2014, ont été repris par l’armée irakienne. Cependant, les offensives de l’Aïd de l’EI montrent que la bataille pour Mossoul est loin d’être terminée.

Au troisième jour de l’Aïd, les rues du district d’al-Jadida, dans l’ouest de Mossoul, auraient dû être relativement animées.

Le quartier a été libéré il y a quelques mois. Au cours des dernières semaines, les habitants de retour ont essayé de reprendre le cours de leur vie au milieu des destructions considérables dans la région.

Les magasins avaient rouvert dans des abris improvisés et des bâtiments partiellement détruits qui ont survécu à une campagne de frappes aériennes – une partie du prix à payer pour être libéré de l’EI.

Quelques jours avant les contre-attaques de l’EI, les habitants du retour commençaient à rouvrir les magasins dans le district d’al-Jadida (Tom Westcott/MEE)

Mais le mardi 27 juin, la zone était bloquée, ses rues abandonnées. Au cours des jours précédents, l’EI a lancé une série de contre-attaques dans les quartiers libérés de l’ouest de Mossoul, se servant de combattants habillés en uniformes militaires ou se présentant comme des civils.

Mohammed, un livreur de nourriture, a déclaré à MEE : « C’était comme une ville fantôme. Il y avait un cadavre accroché par les pieds à un poteau près d’un des principaux carrefours. »

Il a déclaré que les tensions étaient fortes parmi les forces spéciales irakiennes (ISOF) et les soldats de l’armée irakienne après les agressions de l’EI.

« Je n’ai vu qu’un civil marcher dans la rue, un homme âgé. Des soldats lui ont crié de s’arrêter et il l’a fait. Mais ils ont ouvert le feu sur lui, lui ont tiré dans l’abdomen. Il est tombé et je suis sûr qu’il est mort parce qu’il a reçu de nombreux tirs. »

Comment l’offensive a frappé l’Aïd

Au premier jour d’Aïd, qui est tombé dimanche 25 juin, les combattants de l’EI ont attaqué trois quartiers occidentaux de Mossoul – al-Tanak, Rajim Hadid et Yarmouk – tuant et blessant un nombre indéterminé de civils et de forces de sécurité, selon un communiqué publié par le service de presse irakien des Opérations conjointes. Sur les réseaux sociaux, il a été fait état de nombreux civils fuyant à pied et en voiture, terrifiés par une reprise de contrôle de l’EI.

Une cinquantaine de combattants de Daech, rasés et habillés en uniformes policiers, sont venus d’au moins trois directions

Bien que le gouvernement ait assuré que la situation avait été stabilisée, l’EI aurait lancé d’autres attaques sur les positions des ISOF lundi soir – deuxième jour de l’Aïd.

« Un soldat m’a dit qu’il y avait eu des attaques nocturnes dans plusieurs districts, y compris al-Jadida, et que les soldats avaient peur et ne savaient plus à qui ils pouvaient faire confiance », a déclaré Mohammed.

« Ils pensent que Daech a utilisé des tunnels secrets pour se déplacer et il y a désormais des points de contrôle ISOF tous les 100 mètres. »

« Il est interdit aux voitures civiles d’entrer ou de partir. À vrai dire, je ne me sentais vraiment pas en sécurité là-bas et je voulais juste partir le plus tôt possible. »

De la fumée provenant des affrontements s’élève dans la vieille ville de Mossoul le 27 juin (Reuters)

Mardi après-midi, les combattants de l’EI ont ouvert le feu sur un bus rempli de soldats des forces irakiennes des Hashd al-Shaabi (Unités de mobilisation populaire), à 67 km au sud-ouest de Mossoul, tuant quatre personnes et en blessant quatorze autres.

Les soldats étaient en route vers le sud de l’Irak pour célébrer les deux derniers jours de l’Aïd avec leurs familles.

Un membre du service de presse des Hashd al-Shaabi l’a confirmé : « Pendant qu’ils traversaient le village d’Ain al-Gahsh, des membres de l’EI se cachant dans le village ont ouvert le feu sur le bus. »

« Cela s’est produit parce que les familles ont commencé à revenir et nous pensons que les villageois n’ont pas identifié ou signalé les anciens membres de Daech aux forces de sécurité. »

La première contre-attaque

L’EI a lancé sa première contre-attaque majeure à Mossoul, une quinzaine de jours auparavant, peu de temps avant que les forces de sécurité irakiennes ne pénètrent dans la vieille ville.

Les assaillants ont pris pour cible des positions de la police fédérale depuis plusieurs directions vers 23 heures, se cachant parmi les civils qui fuyaient la vieille ville. Deux autres groupes de combattants, portant de faux uniformes militaires, ont utilisé la berge et un tunnel secret pour atteindre les districts libérés il y a quelques mois.

Selon un soldat, l’EI a tué près d’une unité entière de la police fédérale (lesquelles comptent généralement jusqu’à 90 hommes), a incendié de véhicules militaires, s’est emparé d’armes et est allé de maison en maison, exécutant des civils qui étaient rentrés dans leurs maisons libérées.

Un soldat irakien se dirige vers un poste avancé à la périphérie de la vieille ville de Mossoul (Tom Westcott/MEE)

L’attaque a été si dure que les unités qui tiennent les lignes de l’autre côté de la vieille ville ont été enrôlées pour prêter assistance.

Jabar Shunni, un soldat de l’armée irakienne, a déclaré : « Il s’agissait de 40 à 50 combattants de Daech, rasés et habillés en uniformes de la police fédérale, et ils provenaient d’au moins trois directions différentes, principalement par l’arrière, et non par la ligne de front. »

« Certains se sont glissés le long de la berge et certains sont sortis d’un tunnel plus loin. Ils connaissent tout, les routes, les chemins secrets. Nous en avons tué, mais d’autres se sont échappés. »

Alors que les combats faisaient rage, une unité de combattants des Hashd al-Shaabi stationnée à plusieurs kilomètres de distance a également pris les armes et est venue en renfort.

Traduction : « Un plan animé de la bataille de Mossoul »

« Au moment où nous sommes arrivés, Daech avait le contrôle du district de Dawasa et avait atteint le district de Danadan, loin de la ligne de front », a déclaré un soldat.

 « Nous avons maîtrisé la situation vers 10 heures du matin, mais ils ont tué beaucoup de policiers fédéraux et de civils aussi. Ensuite, nous avons chargé beaucoup de cadavres à l’arrière des voitures. »

Pourquoi les habitants avaient-ils été autorisés à revenir ?

Les habitants de Mossoul avaient averti les soldats des menaces de l’EI après la libération. En février, des habitants de l’est de Mossoul ont déclaré à MEE qu’ils craignaient que le vaste réseau de tunnels de l’EI, que le groupe creusait sous la ville pour se déplacer sans entrave, n’ait pas été totalement découvert et sécurisé.

Des hommes de deux districts différents de l’est de Mossoul ont déclaré entendre et ressentir les vibrations dues à un forage souterrain pendant la nuit, même après la libération.

D’autres ont déclaré qu’ils avaient l’impression que les districts libérés n’avaient pas été suffisamment sécurisés. « Nous avons confiance en l’armée, mais ils n’ont pas vérifié chaque maison ou l’identité de tout le monde dans l’est de Mossoul », s’est plaint un résident. « Pour commencer, ils n’ont pas vérifié la mienne ou celle de mes voisins. »

« Nous sommes extrêmement préoccupés par la menace de cellules dormantes de l’EI, même dans notre quartier, et l’armée locale et la police assurant maintenant la sécurité n’ont pas l’expérience et l’expertise des forces spéciales. »

Une petite fille irakienne blessée, qui a fui des affrontements, dans la vieille ville de Mossoul le 24 juin 2017 (Reuters)

Ces inquiétudes semblent bien fondées. L’est de Mossoul a subi un certain nombre d’attaques terroristes de l’EI, notamment le 23 juin, deux jours avant l’Aïd, lorsque trois kamikazes de l’EI ont ciblé les citoyens qui faisaient leurs courses pour la fête à venir.

Deux combattants ont déclenché leurs ceintures explosives dans des zones de marché bondées, tuant cinq civils et trois policiers, et blessant 18 autres civils. Un troisième aurait été abattu par la police avant qu’il ne puisse se faire sauter.

Les autorités ont adopté une approche différente à l’égard des civils au cours de l’offensive de Mossoul, par rapport à certaines autres villes que les forces irakiennes ont libérées des mains de l’EI.

Baïji a été libérée à la fin de l’année 2015, mais est toujours classée comme une zone militaire dans un contexte d’attaques répétées de l’EI contre les forces des Hashd al-Shaabi qui sécurisent la périphérie.

Aucun ancien habitant n’a encore pu revenir. Mais à Mossoul, les forces armées ont encouragé les civils à rester dans leurs maisons pendant les combats.

Ils ont ensuite aidé les habitants qui ont fui à rentrer chez eux dès que leurs quartiers ont été sécurisés.

À LIRE : À Mossoul, la bataille pour la vieille ville se joue dans les ruelles du souk

Bien que les forces irakiennes suivent des procédures de contrôle strictes pour tous les hommes et les garçons de Mossoul, celles-ci ne sont pas parfaites. Elles s’appuient en partie sur les habitants qui identifient les membres de l’EI dont les noms ne figurent pas sur une grande base de données tenue par l’armée.

Saif, un commerçant âgé d’une vingtaine d’années, avait déclaré avant Aïd : « Nous craignons qu’il puisse y avoir à l’avenir un problème avec les familles appartenant à l’EI. »

« Certains de mes amis ont rejoint Daech, ils sont probablement morts à l’heure actuelle ou seront pris dans les points de contrôle ou les centres de contrôle mais, si je vois que l’un d’entre eux revient, je le signalerai sans aucun doute. »

Un client, s’arrêtant pour acheter des cigarettes, a déclaré : « Nous avons tellement peur de Daech que, même si mon propre père avait appartenu à l’EI, je le signalerais. »

« Je le jure, si Daech revient, il en est fini de nous. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.