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« Comme jeter une bonbonne de gaz dans une pièce fermée » : à Gaza, les Palestiniens craignent la propagation du coronavirus

Deux premiers cas de COVID-19 ont été recensés dans la bande de Gaza. La forte densité de population, le taux de pauvreté élevé et des infrastructures sanitaires défaillantes risquent de rendre la propagation du virus incontrôlable
Des volontaires palestiniens pulvérisent un désinfectant dans le camp de réfugiés d’al-Shati, dans la ville de Gaza, le 16 mars 2020, lors d’une campagne pour endiguer la pandémie de coronavirus (AFP)
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GAZA

Deux premiers cas de nouveau coronavirus ont été recensés dans la bande de Gaza, a annoncé dimanche le ministère de la Santé de l’enclave palestinienne.

Les deux personnes, des Palestiniens de retour du Pakistan, n’ont pas quitté le centre de quarantaine situé près de la frontière avec l’Égypte et ne se sont pas mélangés avec la population de l’enclave, a précisé le ministère dans un communiqué.

Il s’agit de deux hommes de 30 et 40 ans qui se trouvent dans un état stable, a précisé le porte-parole du ministère de la Santé Ashraf Al-Qudra.

Alors que les experts estiment qu’une épidémie de coronavirus dans la bande de Gaza serait particulièrement désastreuse en raison de la très forte densité de population, du taux de pauvreté élevé et des infrastructures sanitaires défaillantes, les autorités de l’enclave palestinienne côtière se préparent à contenir toute épidémie potentielle.

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La propagation du coronavirus est devenue le sujet de discussion pour de nombreux Palestiniens, certains ironisant sur le fait que le blocus – la bande de Gaza fait l’objet d’un blocus strict imposé par les Israéliens depuis près de treize ans – les empêchait d’y être exposés. Mais compte tenu de sa situation humanitaire déjà difficile et de sa forte densité de population, la propagation de la pandémie dans la bande de Gaza pourrait s’avérer catastrophique, avertissaient il y a quelques jours les responsables de la santé. 

« Si le virus pénètre à Gaza et se propage, il deviendra incontrôlable », indiquait Majdi Thuhair, porte-parole du ministère de la Santé à Gaza, la semaine dernière à Middle East Eye, en expliquant qu’une grave pénurie de ressources et de personnel rendrait presque impossible la gestion d’une pandémie. « Nous ne disposons pas d’assez d’unités de soins intensifs, de personnel ou de zones de quarantaine », ajoute-t-il. 

Le ministère de la Santé de Gaza a mis en place quelques nouvelles politiques pour empêcher le virus d’entrer sur le territoire. 

Par ailleurs, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Iyad al-Bozom, a annoncé dans un communiqué que 51 personnes arrivées à Gaza dimanche 15 mars avaient été placées en quarantaine pour des raisons de sécurité publique.

Toute personne de retour sur le territoire palestinien après un séjour à l’étranger est désormais tenue de rester en quarantaine ou, si elle revient d’un pays à haut risque, doit être emmenée dans un centre de quarantaine à Rafah, près du poste frontière avec l’Égypte.

Une pénurie de 45 % de fournitures médicales à Gaza 

Avec l’aide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le ministère de la Santé a transformé une école de Rafah en centre, avec une unité de soins intensifs de 36 lits pour les personnes infectées et 30 autres lits pour les patients présentant des symptômes bénins, selon Majdi Thuhair. Le ministère de la Santé a signalé une pénurie de 45 % de fournitures médicales à Gaza depuis le début du blocus israélien. 

Selon le porte-parole du ministère, si l’OMS fournit des fournitures aux médecins de Gaza en prévision des cas de coronavirus, cela ne suffira pas pour faire face à une éventuelle épidémie.

« [L’OMS] offre des dispositifs pour prélever des échantillons, mais pas pour les analyser », précise-t-il. « Quant à Israël, il fournit à Gaza des matériaux qui ne permettent de recueillir que 200 échantillons… Les échantillons sont ensuite analysés dans l’un des centres affiliés au ministère de la Santé du centre al-Remal, à l’ouest de Gaza. »

L’éventualité de l’arrivée du COVID-19 à Gaza serait devenue une source de préoccupation, même pour les forces israéliennes.

Selon Haaretz, si la maladie frappait le territoire palestinien, la situation remettrait sur le devant de la scène la responsabilité d’Israël en tant que puissance occupante, telle qu’elle est décrite en vertu du droit international, de prendre soin des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupée.

Pour la deuxième semaine consécutive, toutes les écoles et universités de Gaza ont suspendu leurs cours, le ministère de l’Éducation ayant lancé à la place des programmes en ligne pour que les étudiants poursuivent leurs études.

« Je perdrai confiance en tout si un de mes enfants était infecté et que personne ne pouvait l’aider »

- Iman Hamed, mère au foyer

L’inquiétude du public est extrêmement forte, car les Palestiniens de Gaza sont déjà confrontés à une grave crise due à la pollution : plus de 90 % de l’eau de l’enclave est imbuvable et l’ONU a déjà averti que la bande de Gaza deviendrait invivable d’ici 2020.

« Que se passe-t-il si nous restons à la maison et si nous sommes infectés par l’eau du robinet ? » demande à MEE Iman Hamed, femme au foyer et mère de six enfants. « Si le virus entre à Gaza, ce sera comme jeter une bonbonne de gaz dans une pièce fermée – tout le monde à l’intérieur le respirera. »

Iman Hamed ajoute que si « l’infection ne signifie pas nécessairement la mort partout, à Gaza, cela pourrait être le cas car les ressources médicales sont très rares ».

Effrayée, cette mère au foyer estime que la meilleure façon de protéger ses enfants est de les garder à la maison jusqu’à ce que la situation soit plus claire.

« Je perdrai confiance en tout si un de mes enfants était infecté et que personne ne pouvait les aider », confie-t-elle. « Seulement parce que nous sommes à Gaza, le territoire assiégé. »

Traduit de l’anglais et actualisé (original) par VECTranslation.